Rejoignez nous à 12h (départ 13h) au square René Bristol à Thiviers pour une Marche Festive jusqu’à Pierrefiche pour défendre les bois de Razac et le bassin de la Côle de l’exploitation du quartz par Imerys.
SAMEDI 29 MARS – GARDAREMRAZAC
Appel régional à une marche festive de Thiviers à Pierrefiche pour défendre le bassin de la Côle de l’exploitation du quartz par Imerys
⚠️Depuis quelques temps vous avez peut être entendu parler de la multinationale IMERYS. Spécialisée dans l’extraction et la transformation des « minéraux de spécialités », ses activités ne datent pourtant pas d’hier. Sous ce nom, elle exploite depuis une vingtaine d’années plus de 200 sites sur toute la planète. Non sans scandales écologiques et sociaux comme aux USA, au Brésil et en Afghanistan. Avec plus de 14000 employé.es elle a réalisé 4,3 milliards de chiffre d’affaires en 2022. Mais son histoire d’exploitation minière date du 19e siècle impérial et de la société Pennaroya, dont elle est une héritière directe. Un peu partout en France, Imerys semble dotée d’un appétit insatiable pour les minéraux dont les sols de nos régions regorgent.
💧Comme à la Narse de Nouvialle dans le Cantal, à Luzenac en Ariège, à Glomel en Bretagne, à Echassières dans l’Allier et à Thédirac dans le Lot, chez nous, à Lempzours, Saint Jean de Côle et Thiviers, dans la partie limousine du nord de la Dordogne, Imerys ne cesse de s’étendre pour extraire les minerais de nos sols. Dans notre région Imerys extrait des galets de quartz qui servent à fabriquer du silicium métal dont les applications industrielles sont multiples, notamment pour l’électronique et les semi-conducteurs qui équipent nos appareils numériques. Mis devant le fait accompli d’une enquête publique surgie de nulle part l’été dernier, l’urgence pour nous se situe entre Razac et Pierrefiche au nord de Thiviers, où Imerys compte détruire des bois très anciens sur le bassin de la rivière Côle. Alors que l’exploitation risque de commencer en 2025, nous, riveraines et riverains, sommes très inquiets de la destruction de nos sols et de nos ruisseaux ainsi que des dangers liés aux camions sur la route sinueuse qui nous relie au reste de notre territoire dont l’avenir est menacé : partout dans notre secteur on trouve des cailloux de quartz à même les sols.
✊C’est pourquoi le 29 Mars prochain – tandis que le sud-est de la France convergera vers Grenoble à l’appel du collectif StopMicro pour empêcher l’extension de la méga-usine de semi-conducteurs de STMicroelectronics – nous, habitantes et habitants du Périgord-Limousin, en écho à l’appel du Grésivaudan contre la numérisation du monde, appelons les habitantes et les habitants des régions alentours à converger ici à Thiviers pour une marche festive qui se terminera par le procès du représentant d’Imerys : « Peltassou l’extractiviste » !
🤝Des personnes de l’ensemble des collectifs résistant aux extensions et aux impacts des activités d’Imerys seront présentes pour témoigner et partager avec nous la réalité de l’extractivisme ordinaire que nous subissons quotidiennement toutes et tous sur nos territoires.
GARDAREMRAZAC – VOLEMVIUREALPAIS Nous Garderons Razac – Nous voulons vivre au pays ! 💫💫💫
Thiviers 9 mars 2025
L’association Sauvegardons Razac et le bassin de la Côle.
Le début des forages par la société FORACO , sous traitante de la Compagnie des Mines Arédiennes (CMA), ayant été annoncé pour mars 2025 sur plusieurs anciennes concessions minières de Haute-Vienne et Dordogne, une assemblée à eu lieu le 6 mars 2025 pour discuter des suites à donner à la mobilisation.
Save the date : entre autres, le samedi 19 avril sera jour de fête et de lutte !
Publié dansHaute-vienne / Dordogne|Commentaires fermés sur Début des forages et choses à venir
Alors que la construction d’une mine de lithium est en projet dans le centre de la France, Imerys est poursuivi devant le tribunal de commerce de Paris pour ses activités… au Brésil.
En France, Imerys se positionne comme faisant partie des « leaders du secteur minier en matière de durabilité ». Avec le projet d’ouverture d’une mine de lithium destinée à la production de batteries électriques, dans le sud du département de l’Allier, la multinationale, héritière de la branche métal du groupe Rothschild fondée en 1880, est devenue la vitrine de la relance minière dans l’Hexagone.
Au moment où débute l’enquête publique sur l’ouverture de cette mégamine française, le scandale entourant un complexe minier amazonien rattrape la multinationale. Depuis début février, a révélé le magazine Challenges, Imerys est poursuivi par un fonds d’investissement étasunien, le groupe Flacks, pour « dissimulation frauduleuse ». Selon Flacks, contacté par Reporterre, l’entreprise aurait vendu ses exploitations de kaolin en dissimulant qu’elles seraient à l’origine d’un « désastre humanitaire » dû aux « mauvaises pratiques de l’entreprise minière ». La première audience se tiendra le 3 avril au tribunal de commerce de Paris.
L’affaire nous emmène en Amazonie, dans l’État du Pará, dans le nord-est du Brésil. Depuis 1996, Imerys y exploite des mines de kaolin — un minéral blanc utilisé entre autres pour produire des pigments qui font briller le papier et les emballages — dans la forêt tropicale. Deux pipelines de 200 kilomètres l’acheminent jusqu’à Barcarena, une ville de 125 000 habitants à l’embouchure du fleuve Amazone, où l’entreprise exploitait encore il y a peu un terminal portuaire et deux usines de transformation.
« On veut la justice, Imerys dehors ! » Rencontre d’habitants à Barcarena juste après l’incendie de l’entrepôt d’Imerys en décembre 2021. Rapport de l’assemblée législative du Pará
Imerys cherche-t-il à échapper aux conséquences de sa pollution ?
En juillet 2024, Imerys a vendu à Flacks ces sites de production regroupés au sein d’une nouvelle filiale baptisée Artemyn. Une semaine après la signature, le 12 juillet, les autorités de l’État ont informé Flacks qu’elles venaient de faire fermer les mines de kaolin : Imerys n’a pas respecté les droits des populations amazoniennes et n’avait plus d’autorisation environnementale.
Le fonds d’investissement accuse Imerys de l’avoir « floué de bout en bout » en dissimulant la situation. Ce dernier affirme avoir cédé ces actifs pour « concentrer sa stratégie sur des marchés de spécialité comme la transition énergétique ». Mais le groupe Flacks se dit « totalement convaincu » qu’Imerys cherche en fait à échapper aux conséquences de ses trente ans d’activité au nord-est du Brésil.
« Toute vie aquatique a disparu »
« Ce qui est surprenant, c’est que les installations d’Imerys n’aient pas été mises à l’arrêt plus tôt », dit Marcel Hazeu, chercheur en sciences de l’environnement, interrogé par Reporterre. Responsable du groupe de recherche Société, territoire et résistance en Amazonie, rattaché à l’Université fédérale de Pará, il documente depuis douze ans avec son équipe les « crimes socio-environnementaux » de l’entreprise. Imerys a causé plus de vingt accidents en vingt ans. L’entreprise est visée par 169 plaintes pour pollution, infraction au droit du travail ou non-respect des droits des peuples autochtones.
Pollution des eaux après la rupture d’un oléoduc qui transporte du kaolin vers l’usine de traitement, en 2011. Laquanam / Université fédérale du Pará
À Barcarena, le quartier de Vila do Condé est traversé de toutes parts par les rivières et habité depuis des siècles par des ribeirinhos, des communautés traditionnelles de pêcheurs installées dans des maisons sur pilotis sur les rives. Certaines sont des quilombos, fondées par d’anciens esclaves africains qui ont combattu et fui les plantations. D’autres sont habitées par des peuples autochtones. Depuis l’arrivée d’Imerys, ces communautés vivent parfois à quelques centaines de mètres d’immenses barrages où ses deux usines — Rio Capim Caulim et Pará Pigmentos — déversent leurs déchets, des résidus semi-liquides issus de la transformation du kaolin.
Régulièrement, les rivières et les fleuves de Barcarena deviennent blancs et des poissons flottent à la surface. Aux fuites et débordements peuvent s’ajouter des ruptures de barrages : en 2007, quand l’une des digues retenant les résidus s’est rompue, ce sont plus de 200 000 m3 d’eaux contaminées ont déferlé dans les cours d’eau. En mai 2014, le ministère public de l’État a recensé cinq déversements accidentels en moins de quinze jours.
Des « éléments toxiques » dans les rivières
« Étant donnés tous les accidents d’Imerys, on peut considérer les rivières Dendê et Curuperé comme impropres à toute activité humaine », a résumé Simone Pereira, chimiste à l’Université fédérale du Pará, interviewée par Reporterre. Son laboratoire de chimie environnementale (Laquanam) a été appelé à plusieurs reprises pour analyser l’eau après des déversements.
« Imerys nie ses dégâts en répétant que le kaolin est “inerte” [il ne subit aucune modification dans le temps] et “non dangereux”, explique-t-elle. Mais à cause de l’acide sulfurique utilisé dans le traitement, ces effluents sont très acides, ce qui fait disparaître toute vie aquatique. Ils contiennent aussi des éléments toxiques, comme le baryum », dont l’exposition chronique peut provoquer des maladies respiratoires et artérielles.
Une coulée de résidus toxiques causée par la rupture de la digue d’un bassin, en 2007.
Depuis 2007, après chaque accident, le ministère public de l’État du Pará ordonne à Imerys de prendre des mesures immédiates pour sécuriser ses installations et de fournir de l’eau et de la nourriture aux communautés. En 2007, selon Simone Pereira, Imerys s’est contenté de forer un puits — sans traiter l’eau. « Après analyse, nous avons constaté que l’eau fournie par l’entreprise n’était pas potable », dit la chimiste. Qui a signalé plusieurs fois qu’Imerys n’a jamais installé de système pour traiter les métaux lourds dans ses rejets, déversés directement dans le fleuve Pará.
En octobre 2016, quand les rivières ont de nouveau viré au blanc, le ministère public de l’État a constaté qu’Imerys avait tenté de dissimuler l’accident, en ne communiquant qu’après y avoir été obligé par l’alerte donnée par les habitants. Il notait aussi, qu’« à nouveau, la société Imerys a présenté de fausses informations sur les causes et les conséquences de la fuite, ce qui aggrave le problème du manque de fiabilité de son fonctionnement » [1].
D’après une enquête de l’Observatoire des mines, à la suite de ce nouvel accident, le procureur de l’État a demandé la suspension de ses activités, sans l’obtenir.
Catastrophe chimique
Le 6 décembre 2021, vers 20 heures, les habitants de Barcarena ont entendu une détonation provenant du quartier de Vila do Conde et observé une colonne de fumée noire monter d’un entrepôt de l’usine Imerys Rio Capim Caulim. Pendant toute la nuit, la ville s’est retrouvée prisonnière d’un nuage de fumée toxique. « Nous ne pouvions pas respirer, nous avions très mal à la tête, nous ne savions pas où nous réfugier », a témoigné un habitant cité par l’ONG d’investigation Sumaúma lors d’un procès en octobre 2023.
Une trentaine de personnes ont été hospitalisées, une centaine a reçu des soins médicaux. L’incendie aurait été causé par les mauvaises conditions de stockage d’un produit chimique utilisé pour purifier le kaolin : l’hydrosulfite de sodium. Il s’enflamme au contact de l’air humide, explose au contact de la chaleur et dégage un gaz toxique.
Imerys n’a pas reconnu sa responsabilité pour les conséquences de ce qu’elle a qualifié de « début d’incendie ». Ainsi se conclut l’enquête parlementaire menée après l’accident par l’Assemblée législative de l’État du Pará : « Nous pouvons affirmer sans crainte que l’entreprise Imerys Rio Capim Caulim S/A est absolument incapable de respecter la réglementation. » Elle ne disposait d’aucun plan d’urgence pour un accident chimique et n’avait pas prévu, « ne serait-ce qu’en une ligne, de mesures de prévention, de protection, de communication et de sauvetage pour les populations environnantes », notent les députés, qui recommandent la suspension de toutes les activités de l’entreprise. Quarante-trois plaintes ont été déposées par des habitants et le ministère public de l’État a engagé des poursuites.
Imerys préparait discrètement son départ
Avant même l’incendie, Imerys avait commencé à préparer son départ. Fin décembre 2021, l’avocat Ismael Moraes, spécialisé en droit de l’environnement, révélait dans le journal Ver o Fato qu’Imerys avait, dès septembre, « discrètement fermé » l’une de ses deux mines de kaolin et débranché son pipeline. Quelques mois plus tôt, le secrétariat d’État à l’environnement avait suspendu l’autorisation de cette même mine, en raison « de l’énorme dévastation environnementale dans les municipalités d’Ipixuna et de Paragominas, où des dizaines de gigantesques fosses d’extraction abandonnées n’ont toujours pas été réhabilitées ».
Fin janvier 2022, des dirigeants français du groupe étaient allés à Barcarena pour négocier la vente du terminal portuaire avec « un grand groupe européen ». Ismael Moraes a lancé une action civile contre l’État du Pará pour qu’il empêche Imerys de partir en laissant une « importante dette fiscale » et « tout le passif de la déforestation, des fuites, de la contamination des rivières et de la destruction des sources dans les communautés indigènes et quilombolas ».
L’eau des puits après un déversement accidentel de kaolin. Laquanam / Université fédérale du Pará
La chercheuse Simone Pereira s’inquiète pour la sécurité de la dizaine de bassins de résidus qui resteront au milieu de l’agglomération de Barcarena : « Il y a déjà eu de graves accidents alors que le site était sous surveillance, alors imaginez ce que ce serait sans entretien. » Les habitants craignent une tragédie comme à Mariana (2015) puis à Brumadinho (2019), où des ruptures de digues minières ont entraîné des centaines de morts et détruit des écosystèmes entiers. « La solution au problème serait de retirer ce matériau du sol de l’Amazonie, peut-être en l’envoyant quelque part en France », suggère Pereira.
Contacté par Reporterre, le groupe Imerys a répondu qu’il « n’entend pas s’engager dans un dialogue improductif et alimenter des polémiques stériles ». En mars 2024, il s’est expliqué sur ses activités amazoniennes lors du tout premier débat public organisé autour du projet de lithium en France. Répondant à une habitante qui s’interrogeait sur la « pollution au Brésil », Guillaume Delacroix, directeur général d’Imerys Europe, a déclaré : « Effectivement, il y a une dizaine d’années, un de nos bassins de décantation contenant du kaolin, une substance inerte, a débordé dans les ruisseaux. Ce que je peux vous dire, madame, c’est que nous avons pour chacun des incidents environnementaux un plan d’action proportionné, et des moyens derrière pour que cela ne se reproduise pas. »
Imerys lance une enquête publique pour l’étape pilote de son projet lithium dans l’Allier. Les personnes qui le souhaitent peuvent participer pendant un mois, jusqu’au 31 mars 2025.
Lancée officiellement ce 27 février, l’enquête publique autour de l’étape pilote du projet lithium dans l’Allier vise à éclairer la décision du préfet sur les autorisations environnementales et les permis de construire sollicités par Imerys. Les citoyens peuvent participer pendant un mois, jusqu’au 31 mars. Les personnes qui le souhaitent peuvent apporter une contribution sur les registres ouverts à cet effet sur les lieux d’enquête ainsi que par courrier, courriel et par voie numérique. Elles peuvent aussi dialoguer avec la commission d’enquête, lors de ses permanences.
Treize permanences
Le calendrier prévoit treize permanences, dont deux en visio, avec des créneaux réservables en ligne via le site internet lancé à cet effet. Les associations opposées au projet devraient profiter de ces rendez-vous pour faire remonter leurs arguments.
Plusieurs commissaires conduisent cette enquête. « Personnalités neutres et indépendantes, inscrites sur les listes d’aptitude au titre de l’année, les commissaires enquêteurs sont désignés par le président du tribunal administratif ou dans certains cas par le préfet », précisent les services de la société minière.
Début possiblement en 2025
« Sous réserve de l’obtention des autorisations administratives, les aménagements de l’étape pilote pourraient débuter courant 2025 », poursuit Imerys. « Ces installations auraient ensuite vocation à fonctionner jusqu’à la mise en service des installations industrielles soit pendant environ trois ans. »
L’entreprise envisage deux usines pilotes : une dite de concentration, sur le site de Beauvoir (commune d’Échassières), qui produirait 2.000 tonnes de concentré de mica par an ; une autre de conversion, sur le site de La Loue près de Montluçon, qui produirait 200 tonnes d’hydroxyde de lithium monohydraté annuellement.
« La phase pilote comprend également la réalisation d’une galerie d’exploration », précise la société. Avec l’objectif d’extraire 93.000 tonnes de granite par an du site – contre 2,1 millions de tonnes pour l’étape industrielle.
Publié dansAllier, General|Commentaires fermés sur Projet lithium dans l’Allier : une enquête publique lancée pour l’étape pilote
L’enquête publique sur les usines-pilotes d’Echassières (mine de lithium) et Saint-Victor (usine chimique de conversion) s’est ouverte ce jeudi 27 février et sera close dès le 30 mars. Vous pouvez télécharger le dossier d’enquête avec le lien suivant : https://www.registre-numerique.fr/pilotes-emili Vous pouvez télécharger tout le dossier (onglet DOSSIER COMPLET), ou seulement certaines parties (DOSSIER D’ENQUÊTE/ tout déployer).
Ne vous laissez pas effrayer par ces plus de 3000 pages ! Installez vous tranquillement et regardez le sommaire, et dirigez-vous vers ce qui vous semble important, ce qui vous concerne, ce qui vous tient à cœur, ce qui vous inquiète, et répondez à cette enquête publique.
Vous n’avez qu’un petit mois pour réagir face à cet énorme projet qui détruira la biodiversité de notre environnement régional.
Plus nous serons nombreux à participer, même un tout petit peu, et plus nous aurons une chance d’être entendus. Montrons que non, il n’y a pas « personne ici », comme le disait de façon déplacée une certaine dame — heureusement partie sous d’autres cieux.
L’enquête se fera
— en ligne : https://www.registre-numerique.fr/pilotes-emili/deposer-son-observation
— en présence des commissaires enquêteurs dans les mairies de Echassières, Servant, Nades, Lalizolle, St Victor, Montluçon. Attention, il y a très peu de créneaux de rendez-vous proposés pour le moment. Vous pouvez aussi simplement consigner vos observations sur les registres dans ces mairies. Le lien vers le détail des jours et horaires est ici : https://www.registre-numerique.fr/pilotes-emili/permanences
— Le dossier d’enquête est également consultable dans les mairies de Coutansouze, Louroux-de-Bouble, Durmignat et Moureuille.
— Il vous est aussi possible d’adresser vos observations ou propositions par courrier à Madame Chetot, présidente de la commission d’enquête, à la Mairie d’Echassières, 16 rue Jouhet Duranthon, le Bourg, 03330 ECHASSIERES, ou la Mairie de Saint-Victor, 7 rue André Gide, 03410 ST VICTOR.
L’état fRançais, main dans la main avec les grandes entreprises extractivistes telles qu’Imerys, envisage la création de plusieurs mines sur son territoire. Son ambition phare : une mine d’extraction de lithium à Echassières dans l’Allier. Un métal rare essentiel dans la fabrication de batteries électrique. Elle débuterait par un projet pilote annoncé pour 2025, avec mise en place définitive pour 2028. Dans un contexte d’épuisement des énergies fossiles et de militarisation mondiale, l’état continue son entreprise de destruction du vivant.
Les défenseurs de ce projet ne manquent pas d’arguments, « nos » renault seront bientôt écolo. Le capitalisme vert a de beaux jours devant lui puisque le cumul des productions d’énergies et la recherche d’une croissance sans fin sont renommées « transition écologique ». On entend des experts nous conter qu’en Europe les normes permettent une extraction plus propre qu’ailleurs, qu’extraire en fRance serait un geste décolonial. Lol. Que ce soit clair, une nouvelle mine en fRance ne fermera aucune mine en Amérique du Sud. Une mine reste une mine. Qu’adviendra t’il alors des forêts environnantes comme la charmante forêt des Colettes située dans et aux alentours du projet Emili ?
Dans un climat de guerre généralisée, l’état fRançais a tout intérêt a mettre la main sur l’enjeu stratégique que représente le lithium. La monopolisation de l’eau, sa pollution, l’accumulation de déchets toxiques et radioactif ainsi que tous les ravages inhérents à cette industrie sont visiblement des sacrifices admissibles afin de préserver la souveraineté nationale. Les responsables de ces projets ont des noms, des adresses, des bureaux… Iels sont attaquables. En tant qu’anarchistes, nous nous opposons non seulement à ce projet de mine, mais aussi à l’existence même de toutes mines et d’une forme de société qui en dépend. Une société basée sur la domination et l’autorité.
Une lutte contre la mine d’Echassières est déjà en cours. Ailleurs, d’autres révolté•e•s se bougent contre l’extractivisme. On peux faire écho à leurs révoltes en s’attaquant ici aux entreprises responsables des ravages là-bas. On peux s’en prendre directement aux acteurs impliqués dans la construction de cette nouvelle mine de lithium. Le fait que ce projet soit tentaculaire le rend fragile. Ciblons l’état (BRGM, mairies, bureau des collectivités territoriales, et autres) et ses sous fifres (Iris, Géoderis, ou chercheur.euses collabos), l’industrie extractive (Imerys, Eramet pour les mines de lithium au Chili, ou de nickel en Kanaky ou en Indonésie…) et toutes les entreprises de production qui en découlent. De l’automobile à l’armement. Il est possible de nuire à la bonne marche de ce projet. Du tag au sabotage, du blocage à l’émeute, unissons-nous de toutes nos rages contre ce monde de mines et de cages.
Publié dansAgitation, Diffusion|Commentaires fermés sur Saccage de mines
Nous voulons que les collines de Penco soient exemptes d’extractivisme.
Les communautés de Penco, Lirqué, Tomé et des environs luttent contre un projet d’exploitation minière de terres rares depuis plus de dix ans. Elle s’appelait d’abord Biolantánidos, aujourd’hui Minera Aclara. Nous avons l’intention de revitaliser cette lutte contre ces centres de mort, d’informer les communautés de ses dangers et de ses conséquences, et de tisser des réseaux actifs. Pour cette raison, avec des collectifs et des mouvements de défense des collines de Penco, nous avons créé la campagne #FueraMineraAclara, qui circule dans les médias alternatifs, les radios libres et les nouveaux sites d’Abya Yala (le soi-disant continent américain) et de la planète.
Contre une forte intervention de cette société sur Penco, la résistance se poursuit au sein d’une communauté qui aime, valorise et coexiste avec l’environnement naturel, générant une défense terrestre continue, contre les intérêts militaires et technologiques des entreprises mondiales de puissance et de dévastation. Actuellement, Penco est dans la ligne de mire de l’extractivisme mondial. La société Aclara Resource, cotée en bourse à Toronto, offrirait aux États-Unis et au Canada des niveaux de production de terres rares compétitifs par rapport à la Chine, après la construction de deux installations d’extraction, l’une à Penco (Chili) et l’autre à Goiás (Brésil). Nous appelons tout le monde à se joindre à cette campagne avec des activités, de la propagande, des discussions, des graffitis, des rassemblements et tout ce qui est dans notre imagination, pour arrêter la destruction des collines de Penco. Ce n’est que le début d’une avant-garde extractiviste à la recherche de terres rares au Sud. Rejoignez-nous et ensemble, nous défendrons les forêts et les collines de Penco.
#FueraMineraAclara
Nous voulons que les collines de Penco soient exemptes d’extractivisme.
Sabotage d’une ligne de train et d’une antenne-relais
Traduit de l’allemand de de.indymedia, 12 février 2025
Il y a très exactement un an, la forêt de Grünheide a été occupée près de Berlin afin d’empêcher l’extension de la Gigafactory de Tesla. Après à peine neuf mois d’existence, l’occupation a été expulsée en novembre dernier, au prétexte fallacieux d’une enquête pour possession d’armes. C’est dès ce moment-là que des pelleteuses aux ordres de la compagnie ferroviaire Deutsche Bahn, ont commencé à creuser un sillon de désolation à travers la forêt, afin de construire des voies ferrées et une gare de marchandises destinées à l’extension de la Gigafactory. Entre-temps, contre la volonté de la population du coin, Tesla avait obtenu l’autorisation d’agrandir son usine mais aussi un nouveau contrat sur l’eau, lui permettant de rejeter encore plus de déchets toxiques dans les eaux usées.
En bref : tout roule pour le techno-fasciste et fan du parti d’extrême-droite AfD, Elon Musk.
Mais nous n’allions pas non plus rester les bras croisés face à ces faits. La lutte contre Tesla a déjà donné lieu à de nombreux et merveilleux moments de résistance, et a montré qu’en combinant différentes méthodes, même l’une des entreprises les plus puissantes du monde peut être mise à genoux, au moins temporairement. Nous voulons continuer dans cette voie.
Ce matin, nous avons interrompu la ligne de chemin de fer par laquelle transitent chaque jour des milliers d’ouvriers et d’ouvrières de Tesla entre la capitale et la zone de Grünheide [où est située l’usine Tesla], mais aussi des marchandises comme le pétrole et le gaz d’Est en Ouest, et nous avons mis le feu à une antenne-relais située à proximité immédiate du puits de câbles ferroviaires. Ce sabotage a pour cible la Deutsche Bahn et Tesla, les deux principaux responsables de l’expulsion et du défrichage de la forêt, ainsi que l’infrastructure qui constitue l’épine dorsale de la domination numérique et du contrôle.
Nous sommes conscients que les atteintes à la nature causées par ces entreprises à Grünheide ne sont qu’une petite partie de ce que le complexe technologique et industriel et la production de véhicules électriques qui en découle provoquent comme destruction dans le monde entier. L’accaparement des terres, la surexploitation, la pollution de l’environnement et l’exploitation brutale de la main-d’œuvre humaine vont toujours de pair avec l’extraction de matières premières et les infrastructures de transport nécessaires. Les minéraux comme le lithium, le cobalt, le cuivre, etc., dont ils ont énormément besoin pour fabriquer batteries de voiture et autres technologies-clés de la transition énergétique qui nous font miroiter un développement durable, ne sont pourtant disponibles qu’en quantité limitée, et leur accès est bien entendu disputé. Il en va de même pour les produits high-tech comme les puces électroniques, qui sont intégrées dans tous les appareils techniques imaginables et ne sont produites que par une poignée d’entreprises dans le monde. Les tensions géopolitiques qui en résultent pourraient bientôt transformer les guerres commerciales actuelles en de sérieux conflits armés. La transformation « verte » tant vantée, qui suit imperturbablement le mantra capitaliste du « plus vite, plus haut, plus loin », ne fait donc pas qu’attiser le réchauffement climatique et les catastrophes qui y sont liées, mais possède également, en interaction avec d’autres facteurs, le potentiel de conduire à nouveau l’humanité au bord du gouffre d’une guerre mondiale. Celle-ci menace pourtant de devenir aussi durable que les crises capitalistes elles-mêmes.
Les techno-fascistes comme Elon Musk profitent de ces développements et, de manière étonnante, servent de charnière idéologique entre la foule raciste de la rue, l’extrême droite des parlements et les élites économiques qui croient au progrès et vénèrent la technologie comme la panacée qui sauvera la civilisation. Face à la guerre et à la crise, le (néo)fascisme et le capital se donnent à nouveau la main et forment une alliance dangereuse qui rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire.
La Deutsche Bahn et Tesla/SpaceX font partie des nombreuses entreprises qui profitent à la fois de la catastrophe écologique et d’un scénario de guerre imminent. D’une part, parce que la fable d’une « économie verte » demeure malgré tout tenace, et sert de booster à leurs affaires au nom d’une prétendue durabilité possible. D’autre part, parce que ces deux entreprises jouent, avec leurs infrastructures et avec leurs applications technologiques, un rôle important dans la logistique de guerre des États-membres de l’OTAN, qui tournent sans cesse la roue de l’escalade dans le bras de fer mondial, afin de défendre la suprématie occidentale et de pouvoir poursuivre sans encombre l’asservissement colonial du Sud global. Si besoin par la guerre.
Pas avec nous – Pas de repos pour les profiteurs de la guerre et de l’écocide ! Salutations aux anti-fascistes qui mettent le feu à Tesla, des États-Unis jusqu’à Dresde ! Amour et force pour les prisonnier.es et celleux en cavale !
PS.: D’autres entreprises qui ont participé à l’expulsion en louant des engins de construction ou qui s’enrichissent grâce à l’extension de la Giga-Factory seront certainement heureuses de recevoir votre visite : Matthäis Bauunternehmen GmbH & Co STRABAG Boels HKL Baumaschinen
Publié dansSabotage, Tesla, Voiture électrique|Commentaires fermés sur Berlin (Allemagne) : saboter le transport des travailleurs de Tesla
Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un métal lourd radioactif est trouvé en quantité dans le nord de la Haute-Vienne : l’uranium. À l’époque, l’évènement passe presque inaperçu, pourtant cette découverte va bouleverser les hommes et le territoire. Retour sur l’aventure de l’uranium en Limousin avec les archives de la télévision régionale.
Soixante-seize ans après la découverte d’uranium à Saint-Sylvestre, en Haute-Vienne, les traces du premier gisement français sont toujours visibles, au bord du lac de la Crouzille.
C’est d’abord pour produire de l’uranium à des fins militaires. Ce ne sont pas de très grandes quantités. On ne savait pas trop ce qu’allait être ce gisement. Ce n’est qu’après, quand s’est développée une filière d’uranium civil, que ça a pris toute son importance.
Philippe Grandcoing, Historien
À partir des années 70, avec le développement à marche forcée de l’électricité nucléaire, les mines d’uranium se sont multipliées dans le nord de la Haute-Vienne. De nombreux agriculteurs sont devenus des mineurs. Un travail dur dont ils ignoraient les conséquences. « On n’en avait pas conscience à l’époque, précise l’historien Philippe Grandcoing. C’est le même problème que pour l’amiante. Il y avait une ignorance complète, à l’époque, des risques liés à la radioactivité. Oui, c’était dangereux, mais on n’avait pas la perception du danger. »
Les mineurs quand ils travaillaient avaient des dosimètres, relevés chaque mois pour analyses. Des appareils qu’ils ne portaient pas toujours sur eux. En outre, ces hommes qui œuvraient au fond des mines n’avaient pas forcément connaissance des résultats.
Le temps efface les traces
Aujourd’hui, les traces des anciennes mines d’uranium s’effacent peu à peu, recouvertes par la végétation. Cependant, les conditions de leur fermeture définitive, dans les années 2000, auront suscité de nombreuses polémiques.
À Bessines, au nord de Limoges, personne ne savait qu’entre 1968 et 1989, 200 000 fûts ayant contenu des déchets radioactifs avaient été enfouis dans les mines d’uranium de la Cogema (Compagnie générale des matières nucléaires). 88% étaient vides, mais portaient encore des traces de radioactivité, 12% contenaient de l’uranium faiblement enrichi de l’usine de Pierrelatte et de celle du Bouchet dans la région parisienne.
Ça s’y prêtait d’une certaine manière, les sites étaient déjà en profondeur. On allait enfouir, fermer ces mines. Donc, on en a profité pour enterrer des déchets.
Philippe Grandcoing, Historien
Est-ce que cela s’est fait en toute transparence ? « Non, ajoute Philippe Grandcoing, à l’époque, il n’y avait pas cette exigence-là. Cela relevait, si j’ose dire, du secret-défense qui était autour du nucléaire. »
De la radioactivité dans l’eau
Dans les années 80 et 90, la radioactivité relevée dans les sédiments des lacs de loisirs ou des réserves d’eau proches des anciennes mines d’uranium ont contraint la Cogema à curer les boues contaminées. Pour l’image de la région, le mal était fait.
C’est comparable à l’exploitation des richesses du tiers monde, puisque le Limousin n’en tire pas profit. On vient prendre une richesse que l’on va exploiter ailleurs, dont on va éventuellement tirer les bénéfices pour d’autres. Mais finalement, les intérêts locaux ne sont pas forcément beaucoup pris en compte.
Philippe grandcoing, historien
Pour la première fois, 75 ans après sa première exploitation, l’uranium va être transformé et valorisé, sur place, en Limousin.
Publié dansGeneral, Haute-vienne / Dordogne|Commentaires fermés sur « On n’avait pas la perception du danger. » L’histoire, en images, de l’exploitation de l’uranium en Limousin
Autour du 5 février 2025, la Compagnie des Mines Arédiennes a informé les riverains des anciens sites miniers de Laurieras (Saint-Yrieix-la-Perche, La Roche l’Abeille) et Moulin de Chéni (Le Chalard et St-Yrieix-la-Perche) des futurs travaux de sondages de reconnaissance géologique.
Selon les mots de l’entreprise, la durée prévue des travaux est de 6 mois, pour un démarrage prévu fin février 2025.
La plage horaire autorisée est de 6h à 22h, du lundi au samedi, pour réaliser « 44 sondages et 29 plateformes » !
Stop Mines 87-24 a déjà relevé dans le dossier de candidature de la Compagnie des Mines Arédiennes pour ce secteur, déposé en Préfecture de Haute-Vienne, que les sondages sont des forages destructifs, qui creusent environ 100m par jour et auront une profondeur estimée entre 20 et 600 m de profondeur !
QUE FAIRE ?
> Stop Mines rappelle que les habitants ont le droit de refuser l’accès à leur terrain. Des lettres types sont disponibles : http://stopmines87.fr/2024/04/prudence/
> Faire circuler l’info, échanger avec ses élu·es, s’informer pour connaître les procédés, les impacts et les stratégies des compagnies minières afin de lutter contre la désinformation, adhérer à Stop Mines 87-24 et partager les posts FB !
> Rejoindre StopMines 87-24 : nous nous sommes réorganisé·es en commissions thématiques pour que tout le monde trouve sa place et son rythme. Il est possible de faire du « télé-bénévolat », il est possible de faire des petites missions, comme d’être partout ! C’est maintenant !
Menacé en Colombie à cause de son engagement contre l’exploitation minière et pour les droits des peuples autochtones (il a échappé à deux tentatives d’assassinat), Juan Pablo Gutierrez a dû s’exiler en France il y a quelques années. Partisan de « l’union des résistances contre la destruction », c’est aux rencontres internationalistes Peoples’ Platform Europe que nous faisons sa connaissance. L’occasion de faire entendre sa voix et celles des peuples autochtones. Entretien.
Peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours d’activiste depuis la Colombie jusqu’à aujourd’hui en France ?
Je m’appelle Juan Pablo Gutierrez, défenseur de la mère terre et de la vie, délégué international du peuple autochtone Yukpa et père de Inti. Je suis exilé en France depuis un peu plus de 5 ans, à cause du danger que représentait l’exercice de mon travail de défense des droits et des territoires des peuples autochtones, et du fait d’avoir dénoncé les différents acteurs impliqués dans les problématiques de ces peuples en Colombie, à savoir les entreprises multinationales et leurs pays d’origine, les groupes paramilitaires, les politiques des anciens gouvernements colombiens etc.
J’ai dû quitter la Colombie parce qu’on a essayé de m’assassiner, et je milite actuellement depuis l’Europe, toujours dans la même perspective, en essayant de positionner les peuples autochtones en tant que le nouveau sujet révolutionnaire de la page de l’histoire contemporaine. Je tente de démontrer à travers l’exemple d’organisation historique des peuples autochtones, dans leur diversité, qu’il est aussi possible de s’organiser à l’échelle européenne, aujourd’hui plus que jamais dans ce contexte de renaissance du fascisme.
En 2009, la cour constitutionnelle de Colombie déclarait qu’il y avait «un risque imminent d’extinction culturelle, mais aussi physique du peuple Yukpa». 16 ans plus tard, comment la situation a évolué ?
Oui c’est en 2009 que la cour constitutionnelle a émis cette sentence, dans laquelle elle disait que le peuple Yukpa et 34 autres peuples autochtones (soit 35 des 115 peuples autochtones de Colombie) faisaient face à un risque d’extinction culturelle et physique à cause de la destruction des territoires, en d’autres termes de la logique coloniale et capitaliste qui nous a été imposée par la force depuis plus de cinq siècles au nom du «progrès».
La situation n’a pas évolué jusqu’à aujourd’hui, parce que les différents gouvernements colombiens qui se sont succédés depuis lors n’ont rien fait et ont fait perdurer ces politiques néo-libérales, jusqu’au gouvernement actuel qui est le premier qui représente les intérêts des mouvements sociaux et populaires.
Il faut néanmoins savoir que les gouvernements précédents en Colombie ne sont pas les seuls responsables. Surtout, à l’échelle globale, il existe une pression énorme des pays du nord et des multinationales pour exploiter les ressources qui se trouvent dans nos territoires. Cette pression ne cesse de s’accroître, et ce même dans le contexte actuel de crise climatique. À titre d’exemple, il y a toujours sur le territoire Yukpa une mine de charbon à ciel ouvert, qui fait presque 3 fois la taille de la ville de Paris, malgré une crise climatique sans précédent qui risque même d’exterminer aujourd’hui l’humanité entière.
Tu as évoqué les multinationales, ainsi que les groupes armés. Est-ce a dire qu’il y a une forme d’alliance en Colombie entre ces entreprises et les groupes paramilitaire pour s’approprier les ressources et les territoires des peuples autochtones ?
Oui, contre ceux et celles qui osent s’opposer aux politiques de «développement» et de «progrès», qui en réalité sont des politiques de destruction de nos territoires, les multinationales ont recours aux groupes paramilitaires. C’est un modus operandi bien connu en Colombie (mais aussi ailleurs dans le monde) : ce qui ne peut être obtenu par voie légale ou par le consentement des peuples concernés, ils essayent de l’obtenir par une politique de terreur.
En Colombie il y a ce que l’on appelle des groupes paramilitaires : ce sont des milices armées illégales qui travaillent au service de n’importe qui contre rétribution financière. Elles arrivent pour menacer les communautés en les obligeant à se déplacer, sinon ils tuent et commettent des massacres, coupent les têtes des habitant-es, pour terroriser les populations sans distinction entre hommes, femmes et enfants. Et c’est quasiment impossible de s’y opposer… La situation du peuple Yukpa n’est pas exceptionnelle, c’est la règle pour l’ensemble des peuples autochtones, habitant les territoires les plus riches, ceux dont le nord global dépend pour maintenir leur mode de vie et leurs privilèges.
Est-ce c’est déjà arrivé en Colombie que les peuples autochtones engagent une riposte armée face à ces groupes paramilitaires et ces politiques de la terreur ? Est-ce que la lutte armée est une forme de résistance qui est envisagée par les peuples autochtones ?
À une époque, et face au poids des menaces, les peuples autochtones en Colombie ont créé une guérilla propre qui s’appelait Quintin Lame. Cela s’est terminé par un processus de paix en 1991 suite à un accord de paix. Depuis la lutte continue, c’est une lutte directe mais qui n’est plus armée.
À chaque fois, je dis qu’ici en Europe, la solution c’est de commencer à lutter pour de vrai, de faire une révolution. Les gens me demandent si je suis en train de leur dire de s’armer, et je réponds «oui», il faut s’armer de l’arme la plus puissante qui existe pour un peuple : la détermination !
La détermination d’un peuple mobilisé est telle un fleuve inarrêtable. C’est avec cette détermination que les peuples autochtones ont réussi à devenir une vraie force d’opposition. Mêmes les armes des groupes paramilitaires sont impuissantes face à la détermination d’un peuple dont les membres sont prêts à se faire tuer pour défendre leurs droits.
Tu es un partisan de «l’union des résistance face à la destruction du vivant». Aujourd’hui on se rencontre dans le cadre de la Peoples Platform Europe à Vienne. Quels sont les messages que tu viens transmettre aux organisations européennes qui sont présentes ici ?
La page actuelle de l’histoire est très particulière pour l’Europe, parce que le fascisme est en train de sortir d’une petite sieste de quelques décennies, et il s’est réveillé avec encore plus de force qu’avant. On en voit maintenant les effets dans les principaux pays d’Europe, notamment en France et en Allemagne, Dans cette situation, la seule solution pour moi doit venir de la mobilisation des masses et de l’union des multitudes des secteurs sociaux et populaires. Peoples’ Platform englobe une bonne partie des mouvements sociaux à l’échelle de l’Europe, et selon moi ces organisations doivent faire face à un choix crucial : soit elles s’unissent dès maintenant, soit elles acceptent l’idée qu’elles sont incapables de répondre à la hauteur de la gravité de ce moment historique pour l’Europe.
À travers l’exemple de la mobilisation des peuples autochtones pour leur survie, nous voulons montrer que nous avons perdu beaucoup, mais nous n’avons jamais perdu l’espoir ni la détermination, et ce après 5 siècles de résistance !
On est là pour leur dire que s’il ne tissent pas une véritable communauté de résistance sans frontières, et s’ils ne deviennent pas des multitudes profondément conscientes de leur pouvoir transformateur, ils n’arriveront jamais à devenir un contre-pouvoir qui puisse faire face à ce monstre. C’est ce message d’espoir que nous venons transmettre, pour secouer ces mouvements sociaux, parce que c’est aujourd’hui ou jamais.
Est-ce qu’il existe en Amérique Latine une dynamique d’union transfrontalière et de coordination entre les différents mouvements de libération des peuples autochtones ?
Les gens ont tendance à penser que lorsqu’on parle des peuples autochtones, on les imagine comme étant tous pareils. Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les peuples autochtones, c’est la diversité. Tous les peuples sont différents, avec des langues différentes, des cosmovisions différentes, des manières différentes d’interpréter les phénomènes du monde, etc. Mais malgré cette diversité, à l’échelle de la Colombie, les peuples autochtones ont réussi à s’organiser et à converger vers un agenda collectif. Les luttes ont été inefficaces quand elles étaient seulement locales et réduites dans leurs territoires respectifs. C’est seulement à partir du moment où les peuples se sont unis à l’échelle du pays, dans une organisation nationale indigène, que les peuples autochtones sont devenus un contre pouvoir.
La MINGA, par exemple, dans un contexte de mobilisation, c’est l’organisation des peuples autochtones de toute la géographie colombienne pour exiger le respect des droits fondamentaux. Aujourd’hui, la MINGA a la capacité d’engager un vrai rapport de force avec le gouvernement, et de demander des réunions avec ses représentants lorsqu’il y a des sujets problématiques. Le gouvernement colombien sait bien désormais que si la MINGA se mobilise, c’est un fleuve inarrêtable qui va converger, depuis les Caraïbes jusqu’à l’Amazone en passant par la zone des Andes, et qui peut facilement bloquer tout le pays.
C’est cette diversité organisée, devenue une multitude, qui a réussi çà à l’échelle colombienne. Mais il y a aussi d’autres pays en Amérique Latine où les peuples se sont organisés de la même manière, et dans lesquels se trouvent également des organisations nationales des peuples autochtones, comme par exemple en Équateur, au Pérou ou au Brésil.
Enfin, ces peuples ont réussi à se coordonner et à articuler les luttes nationales de chacun de ces pays pour créer des organisations continentales. Il y en a deux : une qui couvre la zone recouverte par les Andes (9 pays) ; et une autre qui couvre les 12 pays de la zone amazonienne.
Il existe aussi des mouvements de libération des peuples autochtones ailleurs dans le monde, notamment en Kanaky – Nouvelle Calédonie, où la révolte de l’année dernière nous a rappelé que le mouvement de libération Kanak est toujours très vivant. Mais aussi ailleurs dans le Pacifique, en Afrique, en Asie… Avez-vous des contacts avec ces différents mouvements dans le monde ?
Oui en effet. Par exemple la Guyane «Française», c’est un cas qui nous interpelle beaucoup parce que ce sont nos frères et nos sœurs, nos voisins, mais on leur a inculqué qu’iels étaient des «français-es», et donc des «européen-nes». Une histoire aussi absurde qu’irrationnelle, impossible à croire. En Guyane, Il y a des peuples autochtones qui vivent aujourd’hui dans la forêt amazonienne, qui sont semi-nomades, chasseurs-cueilleurs et avec des langues propres vivantes.
Néanmoins, depuis la perspective légale de la République Française, iels ne sont pas considéré-es en tant que PEUPLES AUTOCHTONES mais comme de citoyen-nes de la République, comme un parisien, parce qu’en France il ne peut y avoir qu’un Peuple : le Peuple Français. Une histoire vétuste et archaïque qui ne s’adapte pas du tout aux réalités locales ni aux conditions du monde réel : divers et pluriversel. Rien à voir avec des états qui n’ont pas eu peur de regarder la diversité de face, de reconnaître leur force et de l’intégrer dans le corpus constitutionnel tels la Colombie, la Bolivie ou l’équateur.
En France, il n’y a pas de reconnaissance des particularismes de ces PEUPLES autochtones et ce au nom de «l’égalité» – terme manipulé de manière magistrale historiquement par la France pour écraser la force de la diversité des peuples au nom d’un projet national aujourd’hui obsolète et ancré dans une réalité d’il y a 3 siècles.
Avec ces peuples, on essai d’échanger, de se coordonner, car ce sont des peuples frères et sœurs qui pour moi n’ont pas d’autre horizon que leur libération. C’est la même chose pour les frères et sœurs du peuple Kanak. C’est très éloigné en effet, mais nous avons des contacts à Paris : on échange sur nos situations respectives, et sur leur entreprise libératrice.
Ton parcours t’a amené à côtoyer des organisations d’écologie radicale, comme les Soulèvements de la Terre en France. Quelles connexions fais-tu entre les luttes des peuples autochtones en Amérique Latine et avec ces mouvements d’écologie radicale en France ou en Europe ? Il y a des parallèles mais aussi des distinctions non ?
Un sage du peuple Yukpa disait que «n’importe qui – n’importe où dans le monde, qui lutte pour la défense de la Terre-Mère, sera toujours un frère ou une sœur de lutte». La Terre-Mère ne connaît pas de frontières, il n’y a pas de France ni de Colombie, çà c’est une conception moderne à l’échelle de l’humanité.
Au départ, en Europe, quand on me disait que l’on faisait partie d’une même lutte, j’y croyais. Mais je me suis rendu compte que ce n’est pas encore équivalent ou comparable. Ici en France, ce n’est pas une lutte dans un contexte de survie existentielle… Il y a pour moi une brèche éthique, politique et morale énorme, entre lutter pour la protection de la planète, d’un côté, juste pour réduire les émissions de CO2 pour que la planète ne se réchauffe pas, et le fait par ailleurs de lutter pour la défense de la Terre-Mère parce qu’on est profondément conscient que c’est notre Mère, et que la mère on la défend et on lutte pour la protéger.
On lutte depuis des siècles au sud global contre ce système capitaliste, et aujourd’hui ce monstre capitaliste s’est retourné contre ceux qui l’ont créé ici, et qui n’était pas destiné à la base contre les peuples «racialement supérieurs». Cette dynamique se retourne aujourd’hui contre les peuples des pays développés, et c’est maintenant qu’on commence à lutter ici.
Il faut se soutenir dans les luttes, et on est là pour le faire, mais malheureusement il ne s’agit pas encore de la même lutte. Il y a une brèche énorme.
Un dernier message que tu souhaiterais transmettre ?
Partout où je vais, je parle de l’importance – plus que jamais, de faire une révolution ici en Europe ! C’est un mot dont la plupart des gens ont peur, même simplement d’en parler publiquement. Pour moi je pense que c’est le mot dont tout le monde devrait, au contraire, être en train de parler partout actuellement du fait de la gravité de la situation.
Il faut que les gens n’oublient pas que les Républiques sont le fruit des révolutions, et donc aujourd’hui plus que jamais, il faut Révolutionner les Démocraties, et surtout Démocratiser les Révolutions !
À présent, nous sommes en train de vivre le moment le plus grave de notre histoire, compte tenu de la menace sur l’humanité à cause de cette crise systémique, il ne faut pas être un génie pour comprendre la nécessité vitale d’une révolution pour défendre le droit le plus important que nous avons qui est le droit de vivre
Publié dansLuttes internationales|Commentaires fermés sur Entretien : Juan Pablo Gutierrez, autochtone colombien réfugié en France pour avoir résisté à l’industrie minière
L’Actu des Oublié’es consacre en ce mois d’avril deux épisodes aux luttes contre l’industrie minière, alors que les menaces comme les résistances se multiplien.
Premier épisode au Panama, où le peuple a déferlé dans les rues contre la plus grande mine de cuivre du continent latinoaméricain… avec l’enjeu de bannir l’industrie minière du pays.
En Equateur, les projets miniers se multiplient : 8 % du territoire national est concerné. Le gouvernement du président Noboa mène l’offensive en faisant appel à la police, à l’armée et même à des paramilitaires financés par les multinationales pour imposer des consultations aux populations. Pourtant, fort d’une constitution qui le protège (un peu), organisé et solidaire, le peuple équatorien résiste et maintient vivaces les flammes de la résistance.
Focus sur le dernier chapitre de cet autre conflit intérieur à Palo Quemado, avec Luis Corral, porte parole du Front contre l’industrie minière.
En ces temps obscurs l’horizon semble bouché par l’asservissement techno-industriel, la guerre, la montée en puissance du fascisme avec le renforcement du patriarcat à ses côtés.
Là où le désespoir règne une proposition offensive est précieuse. Une proposition pour attaquer une cible à la croisée de nos luttes déjà existantes, une tentative pour donner du souffle à nos combats.
Cette proposition c’est celle d’attaquer Tesla. Nous entendons par là les voitures électriques de cette entreprise qui pullulent de plus en plus dans les rues et qui n’attendent que toi.
Nous t’invitons à te préparer et à frapper dès que possible pour accueillir le printemps comme il se doit !
Si d’autres cibles sont plus stratégiques le choix de Tesla n’est pas un hasard.
Les voitures électriques sont l’un des maillons de l’électrification à marche forcée qui a lieu dans le monde au nom d’un mythe nommé “transition énergétique” ou “transition écologique”. Ce mythe c’est celui d’une société technologique qui serait moins polluante, d’un capitalisme plus vert, quand la réalité est celle d’une accentuation du désastre industriel qui ravage aujourd’hui notre planète. Loin de remplacer l’énergie fossile les énergies dites “renouvelables” viennent s’y superposer pour intensifier la production et la course du progrès. Les éoliennes, les panneaux photovoltaïques, le nucléaire ne font qu’augmenter les besoins en minéraux et donc l’exploitation et la pollution de la terre à travers l’existence des mines. Les voitures électriques n’échappent pas à cette logique puisque leurs batteries nécessitent du lithium. Ce n’est pas un hasard si les Etats se battent actuellement pour la souveraineté de leur chaîne d’approvisionnement en métaux stratégiques, ce qui passe autant par des conflits mondiaux que par la relance minière à l’intérieur du territoire comme par exemple le projet controversé d’une mine de lithium dans l’Allier en france qui suscite de nombreuses oppositions.
Les voitures électriques c’est aussi un des symboles du “monde” connecté. Caméras, capteurs, téléphones, montres, frigo et lampadaires connectés: c’est à l’heure actuelle tout un internet des objets qui se déploie. Il nous dépossède d’un rapport direct au monde qui nous entoure tout en intensifiant encore la surveillance et le contrôle. Chaque Tesla comporte 8 caméras et représente l’idéal de la smart city: un obstacle supplémentaire à la liberté.
Tesla c’est aussi l’empire bâti par Elon Musk, célèbre géant de la tech qui oeuvre aux côtés de Donald Trump dans son offensive fasciste et patriarcale qui est loin de se limiter aux frontières des Etats-Unis.
Combattre le système techno-industiel, combattre le patriarcat, combattre la dévastation de la nature et la misère sociale qui en découle, combattre le fascisme, aspirer à une vie plus libre sont autant de raisons d’attaquer Tesla.
Réunis tes ami.es de confiance ou ta seule motivation et prépare ta cible dès maintenant !
Accueille le printemps, crame une tesla !
Important si tu te lances:
-En plus de celles de la rue une tesla comporte 8 caméras: n’oublie pas de te masquer !
-Attention à ne laisser aucune empreinte digitale ou trace ADN.
-Un feu de véhicule électrique est particulièrement dur à éteindre. Cela peut être un avantage comme un risque de sécurité si tu ne veux pas que l’incendie s’étende à l’environnement proche.
-Allume-feu ou essence, retardateur ou non, à te voir… mais surtout: prends soin de toi et amuse toi bien !
Aujourd’hui à Salau et à Eylie, plus de 900 000 m³ de résidus minier
s’infusent dans les sols et les eaux : amiante, arsenic, plomb, cadmium,
antimoine, molybdène, fluor, associés à tout un tas d’autres métaux
lourds et substances toxiques.
Le nouveau projet empoisonné que concocte en souterrain l’État et la
société Néometal, pourrait à terme, multiplier les stocks de déchets
pollués par trois, quatre, ou beaucoup plus…
Pour nous même et les générations futures, pas besoin d’être
spécialistes ou géologues pour comprendre qu’il faut impérativement s’y
opposer.
Tout le monde est concerné, tout le monde est donc bienvenue !
Suite à la dernière réunion d’information tenue à Salau en présence de
nombreuses personnes venues pour s’opposer au nouveau dépôt de Permis
Exclusif de Recherche de Mine (PERM) qui concerne, aujourd’hui, les
communes de Couflens, Ustou, Aulus-les-Bains et Auzat, nous appelons à
la création d’une Assemblée de Lutte.
Nous appelons toutes les personnes, collectifs ou organisations à venir
se rencontrer pour s’organiser et riposter contre ce projet minier aussi
nocif pour la nature que mortifère pour l’humain !
Ne les laissons pas faire !
Aucun déchet minier ne doit plus sortir de terre en Ariège ou ailleurs !
Rendez vous le samedi 1er Mars 14h salle Jean Jaurès, Mairie de Foix
Parlez-en autour de vous.
Des membres de Stop Mine Salau, XR Ariège et autres individu.e.s en
colère
Au cours de la nuit passée, nous sommes allées fracker à la porte des collabos du projet de Géothermie profonde : l’entreprise GEO2X, à Yverdon-les-Bains. Personne n’a répondu… Nous leur avons donc laissé quelques mots doux au spray pour les convaincre de lâcher le sale projet expérimental de Géothermie profonde à Glovelier. Et on en a profité pour effectuer, nous aussi, des mesures géophysiques contre toutes les vitres de l’entreprise. Les résultats sont navrants…
Quand tous les moyens légaux arrivent à bout de souffle, et que la confédération suisse et ses technocrates en viennent à imposer par la force leur projet expérimental dangereux, nous considérons que le passage à des actes d’autodéfense est complètement légitime ! Personne ne veut de leurs merdes qui vont créer des tremblements de terres et provoquer des dégâts environnementaux notamment dans l’eau recrachée.
Nous souhaitons juste pourvoir décider par nous-même de nos moyens de production énergétique. Nous, jurassien.nes, nous ne sommes pas des rats de laboratoire !
Par ce geste, nous nous inscrivons dans la lancée des courageu.ses qui ont tout récemment incendié quelques voitures à l’entreprise « Sitadel Sarl » à Delémont.
Geo-Energie Suisse SA, ni dans le Jura, ni ailleurs ! Laissons s’exprimer notre colère contre tout celleux qui participe à ce projet de GPP. Que ça s’intensifie et qu’ils reculent !
Soutenons la résistance !
Afin de mieux comprendre les enjeux et l’historique autour de ce projet nous te conseillons de lire ces articles suivants :
Cette contribution traite des dernières formes d’extraction de pétrole et de gaz dans la région de Kharkiv, mettant en lumière les tentatives des habitants de s’y opposer. Elle est intéressante à la lumière du scénario de dévastation et de pillage qui se dessine pour la future phase de « reconstruction d’après-guerre » sur le sol actuellement contrôlé par l’État ukrainien. Une affaire de plusieurs milliards dans laquelle l’État et les entreprises italiennes auront un rôle de premier plan. Ceci est explicitement confirmé par le communiqué du palais Chigi [siège de Meloni, ndtFr] diffusé en marge de la réunion bilatérale entre Giorgia Meloni et Volodymyr Zelensky au Forum de Cernobbio du 7 septembre : « Enfin, une attention particulière a été accordée au thème de la reconstruction, notamment en vue de la tenue en 2025 en Italie de la prochaine Ukraine Recovery Conference ». Zelensky lui-même a déclaré sur X : « L’un des thèmes clés dont nous avons discuté est la reprise et la reconstruction de l’Ukraine, en mettant l’accent sur la restauration de notre système énergétique ».
Sans aucune idéalisation des activités productives locales historiques, il faut souligner combien le dispositif de la soi-disante « transition écologique » est centrale dans la guerre en cours, où s’entrecroisent les intérêts du capitalisme fossile et du « capitalisme vert ». Il convient de rappeler que l’État ukrainien avait adhéré en 2021 à l’Alliance européenne des batteries et des matières premières, ainsi qu’a signé un partenariat stratégique et lancé un projet commun pour l’extraction du lithium de deux dépôts de Dobra, à Chevtchenko, dans les régions de Kirovohrad et Donetsk. Le sous-sol actuellement contrôlé par l’Etat ukrainien est riche en gisements de lithium (fondamental pour les batteries et la mobilité « green ») et des soi-disantes « terres rares » (essentielles pour les moteurs électriques, les appareils smarts, la filière éolienne, la fibre optique, le diagnostic médical) et y sont présents environ un tiers des réserves minières continentales (fer, manganèse, uranium, titane, zirconium, …), le soi-disant « bouclier ukrainien ». Matières premières essentielles également pour les activités des centrales nucléaires. En outre, l’Ukraine orientale est la deuxième plus grande réserve d’Europe en gaz naturel.
La population de Kolomak s’oppose s’oppose à la transformation du village en décharge à cause du forage des puits dans la région de Kharkiv
Il y a six mois que le groupe « Assemblée » a publié un article sur la dévastation de l’environnement par le secteur pétrolier et gazier dans les régions de Poltava et de Kharkiv, ainsi que sur les tentatives d’opposition de la population locale. Le 25 septembre à Novoivanivka, près de la frontière de ces régions [district autonome de Kolomak, ndtIt], une autre assemblée collective a eu lieu contre la construction d’une entreprise pour le traitement des déchets provenant du forage de pétrole et de gaz sur le territoire de la communauté.
Il y a environ trois ans, les représentant·e·s de « l’Agence pour la sécurité écologique » S.A.R.L. de Kharkiv se sont adressé·e·s aux autorités municipales. Iels ont proposé d’ouvrir une entreprise sur le territoire pour la culture d’arbres à croissance rapide de la variété Paulownia. À cette fin, les entrepreneur·e·s ont demandé à la communauté de mettre à disposition un terrain de 28,5 hectares sur le territoire de l’ancienne sucrerie Novoivanovsky, dans le village de Kolomak. De leur côté, iels ont promis d’améliorer [réaménager, ndtIt] les environs, de fournir des emplois à la population locale et d’installer une activité productive stable.
Le chef du raïon de Kolomak, Vladimirr Gurtovoy, déclare :
« L’étude de l’activité de la société « Agence de sécurité écologique » S.A.R.L. a montré que leur profil principal est la gestion des déchets de forage, pas l’agriculture. En conséquence, les habitants de Kolomak ont catégoriquement refusé leur offre. »
Plus tard, la société a acheté un bâtiment de seulement 2 mètres carrés sur le territoire du village et, avec l’aide d’un notaire, a enregistré la propriété du terrain qu’iels avaient l’intention d’utiliser. Ils ont demandé à la communauté locale de leur accorder l’accès à 28,5 hectares de terrain, mais les habitants ont refusé, comme le rapporte le directeur du district de Kolomak. Mécontents de la décision de la communauté, les entrepreneurs ont porté plainte devant le tribunal administratif de la région de Kharkiv. Après deux ans de litige, le tribunal a statué en leur faveur, obligeant la communauté à céder le terrain demandé. Malgré le recours des habitants de Kolomak à la Cour suprême, le verdict est resté inchangé (décision du 20.02.2023).
Récemment, la communauté a reçu un avis du Ministère de la protection de l’environnement et des ressources naturelles de l’État ukrainien, dans lequel il était mentionné que l’intention de « l’Agence de sécurité écologique » S.A.R.L. était de mettre en place une usine de traitement des résidus de forage dans le village.
« La communauté de Kolomak est catégoriquement opposée à cette décision, car il y a des bâtiments résidentiels avec des personnes qui vivent à seulement 20 mètres de la future installation. En outre, à 70 mètres de distance, il y a un puits existant qui fournit de l’eau potable à Kolomak. Il s’agit d’une zone où la construction de l’installation dangereuse est prévue et qui se trouve à haute altitude : au printemps, les eaux usées se jettent dans la rivière Kolomak, avec le risque de polluer la Vorskla et le Dniepr », souligne Vladimir Gurtovoy.
Le communiqué de presse de l’assemblée collective qui s’est tenue récemment indique que :
« Lors de la réunion, tous les participants ont protesté contre cette activité possible, car le terrain sur lequel l’entreprise entend transporter les déchets dangereux se trouve à l’intérieur du centre habité de Kolomak, à 20 mètres des bâtiments résidentiels et à 70 mètres d’un puits existant où les gens puisent de l’eau potable et à proximité d’une garderie. Le site où il prévoit de déposer les déchets est situé sur une colline et, lors des inondations printanières, l’eau de cette zone se jette dans la rivière Kolomak ; par conséquent, le dépôt des déchets sur ce site entraînera une pollution supplémentaire. Suite à la rencontre, plus de 200 signatures de citoyens qui ne sont pas d’accord avec cette activité ont été recueillies et envoyées au Conseil des ministres, à la Rada suprême [le Parlement, ndtIt] et à d’autres entités, avec la demande d’empêcher l’élimination de déchets dangereux dans les territoires choisis par l’entreprise. »
Avant-hier, les représentants de l’entreprise ne se sont pas présentés à la réunion pour défendre leurs plans. Selon le maire, il était impossible de contacter l’Agence — ils n’étaient pas disponibles.
« L’administration du raïon de Bohodoukhiv soutient pleinement la position des habitants du village de Kolomak d’empêcher la localisation de l’entreprise pour le traitement des déchets provenant de l’industrie de forage sur le territoire du village. Pour résoudre le problème revendiqué par les habitants locaux, nous avons l’intention de nous adresser au département compétent de l’administration régionale de Kharkov, non seulement de demander le soutien des députés du parlement », a déclaré le maire adjoint de Bohodoukhiv, Alexander Deineko.
Les médias citent également les mots d’un habitant local, selon lequel les gens sont extrêmement indignés par l’insolence de la société et les décisions du tribunal concernant l’occupation future des terres, donc ils sont prêts à une action radicale :
« J’ai vécu toute ma vie à Kolomak et tout donné à la communauté. En ce moment, mon fils et mon neveu défendent notre pays contre les Russes. Je ne peux pas croire que cela puisse arriver pendant la guerre. Nous avons organisé plusieurs fois des rencontres publiques sur ce sujet, mais personne ne nous prête attention. La création d’une telle structure est un attentat à notre vie et à notre santé. Personne ne nous considère. Nous sommes prêts à lutter jusqu’au bout, à faire appel à l’administration militaire régionale de Kharkiv, aux ministères, au Président de l’Ukraine ! Et si nous ne sommes pas écoutés, nous ferons des barrages routiers, des barricades humaines, mais nous ne laisserons pas les voitures qui transportent des déchets mortels venir ici. Nous ne le permettrons pas ! Ce n’est pas la bonne façon de nous traiter. » a déclaré Nadezhda Kruglaya.
La raffinerie de sucre de Novoivanovsky, dont la fermeture a ouvert la voie à ces plans destructeurs, a subi le déploiement de formes sauvages de capitalisme, ou de la non-rentabilité de la cuisson du sucre dans les conditions actuelles de l’État ukrainien. Selon l’Association nationale des producteurs de sucre d’Ukraine « Ukrtsukor », en 2013-2014, la betterave à sucre a été traitée par 5 des 8 usines survivantes dans la région de Kharkiv. Seules deux d’entre elles étaient en service pour la saison 2020-21, dans les villages de Houty et Bely Kolodes. Novoivanovsky a été fondée en 1901 et a récemment employé environ 300 résidents locaux, versant chaque année environ 7,5 millions de hryvnia [monnaie nationale ukrainienne, ndtIt] au budget local. Dans l’année de son 120° anniversaire, elle a cessé d’exister et a été mise à la casse, bien qu’elle ne soit pas techniquement obsolète. En février 2021, « Astarta Holding », qui comprenait la raffinerie de sucre, l’a vendue, ayant auparavant réduit les équipements et démantelé le chemin de fer pour l’usine. La société a expliqué la raison de la vente avec le manque de matières premières et l’absence de producteurs de betteraves à sucre dans la région de Kharkiv.
« À notre grand regret, le propriétaire qui a acheté l’usine reste fermement en place, il n’a pas acheté une usine de sucre, mais les locaux de la sucrerie avec un équipement réduit, et le louera ou le vendra pour toute activité productive non interdite par la loi », a écrit Gurtovoy à l’époque sur la page du conseil du raïon de Kolomak.
Le sucre produit localement a été remplacé par celui importé, car il est possible de cultiver la betterave sur place, mais il n’est pas rentable de la transporter sur de longues distances pour sa transformation. En outre, selon Sergey Khmel, ancien directeur technique de la sucrerie Novoivanovsky, aujourd’hui 20% du marché ukrainien des « bonbons » sont constitués de substituts du sucre importés de Chine : peu coûteux mais nocifs pour la santé. Leur utilisation est interdite dans de nombreux pays européens.
Il est très probable que la situation de Kolomak n’est qu’une préfiguration des processus qui se développeront après la guerre. Dans ce contexte, les activités productives locales seront remplacées par celles qui tuent l’environnement et ne nécessitent pas un grand nombre de travailleurs. La région de Kharkiv reste en tête du classement des ventes de terres agricoles depuis le début de la guerre à grande échelle. Sans parler des soldats avec trouble de stress post-traumatique qui ne sont pas encore revenus… Le cessez-le-feu hypothétique pourrait devenir un prélude à des choses plus intéressantes, quel que soit l’État qui contrôlera le terrain à ce moment. Le résultat dépendra toutefois de la force et de l’activité des communautés locales. Par exemple, avant la guerre, une révolte massive de la population de Zhikhar, près de Kharkiv, a déjoué les plans de l’oligarque Akhmetov d’extraire du gaz naturel à proximité des habitations.
Septembre 2024 Groupe anarchiste « Assemblée », Kharkiv [assembly.org.ua]
Publié dansGeneral|Commentaires fermés sur Ukraine : Un village contre les déchets de l’extraction de pétrole et de gaz
L’apériodique que tu tiens entre tes mains naît de l’envie de mieux comprendre le renouveau de l’extractivisme en Europe pour nourrir des perspectives de lutte. Il est le fruit de rencontres, de longues discussions et de pas mal de recherches sur un sujet qui ne nous était pas familier à tou.tes.
Cette publication, nous l’avons pensée comme un outil donnant des billes d’analyse et des informations pratiques à propos de projets industriels qui peuvent toujours être entravés, voire empêchés.
Nous avons cherché, avec nos propres bagages et moyens, à y voir plus clair dans un domaine complexe. Parce que la complexité arrange bien le pouvoir, empêchant tout un.e chacun.e de se saisir d ece qui pourtant nous concerne tou.tes, nous avons voulu rendre accessible ce que nous en comprenions, au risque parfois de simplifier et même de se tromper.
Nous nous sommes aussi dit que nous voulions éviter de parler par allusions. Alors, quitte à rabâcher des évidences, nous essaierons de préciser ce qui nous met en rogne et d’expliciter les mots avec lesquels nous le faisons.
Sommaire :
Sans dessous dessus. Sur l’extractivisme et cet apériodique
Lithium de l’Allier et autres comptes de fée. Sur les projets en cours
et les discours qui vont avec
Le projet Emili Pourrie. Schéma explicatif du projet d’Imerys dans l’Allier
Sous la carrière, la rage ? Entretien avec des membres du collectif Stop Mines 03
C’est quoi le BRGM ? Petite explication d’un acteur de l’exctractivisme
Carte des principaux sites du projet Emili à partir des données fournies
par Imerys
Lithium, blablatium… Contre et au-delà du terrain miné du
débat public
Toujours plus ! Capitalisme en transition
Testla, tu peux pas test ! Panorama d’attaques
Vallée de la batterie. Carte des premières « gigafactories » en France
Plan de relent du nucléaire. Infos non exhaustives
Contre la guerre toujours, pas de vacances pour ses fabricants ! Communiqué contre le complexe militaro-industriel allemand
Dans vos mines. Chanson de lutte
Travail dans les mines. De la pioche à la Bagger 293
Géotherminable. Sur l’exploration de lithium géothérmal
Traduit de l’allemand de de.indymedia, 15 janvier 2024
Plusieurs stations de pompage de la mine de lignite à ciel ouvert de Hambach, qui captent les eaux souterraines et en privent les forêts de Sündi et de Hambach, ont été sabotées. L’exploitant de la mine, RWE, a arrêté aujourd’hui les stations détruites. L’occupation de la forêt de Sündi continue, et n’est pas encore expulsée ! La porte est ouverte pour ceux qui luttent contre l’État, le capital et l’écocide ! Tout continue !
L’appel initial : tous à Sündi !
(traduit de l’allemand de de.indymedia, 3 janvier 2025
Une fois de plus la machine monstrueuse frappe à notre porte ! Le plus grand trou d’Europe – la mine à ciel ouvert de Hambach – s’agrandit de jour en jour. Une… petite forêt, que nous appelons « Sündi » (qui faisait autrefois partie de la forêt de Hambach) se trouve désormais sur leur route (juste à côté des ruines du village de Manheim, que le géant du charbon RWE a déjà rayé de la carte).
Depuis septembre 2024, le bois de Sündi est occupé ! Là où la mine de charbon dévoreuse du monde est sur le point de s’étendre, une zone autonome a émergé, barrant le chemin à l’expansion de la mine et au système de mort qui l’anime. A présent nous arrivent la nouvelle que l’État souhaite expulser le bois de Sündi, certainement le 6 janvier.
Nous appelons tou-te-s celleux qui lisent cela à venir MAINTENANT au Sündi !!! Ou si vous voulez, venez chez nous dans la forêt de Hambach qui se trouve juste à côté, et qui va peut-être aussi être assiégée par les flics. Partagez les infos avec vos ami-e-s, choppez une tente et rejoignez un de nos endroits ! Ou faites des actions de solidarité où que vous soyez !
Nous envoyons amour et rage à nos ami-e-s à Dieti et Grünheide qui ont été expulsées ! Maintenant l’État tente d’expulser le Sündi – ne permettons pas que trois expulsions aient lieu en si peu de temps ! Transformons la tentative d’expulsion en cauchemar pour l’État et ses sbires !!!
Pas de compromis avec le Pouvoir ! Pas un pas de plus … pour l’expansion industrielle
En solidarité avec tou-te-s celleux qui luttent contre la domination
Quelques créatures vivant dans la forêt de Hambach (Hambi)
Publié dansAgitation, Sabotage|Commentaires fermés sur Hambach (Allemagne) : sabotage de stations de pompage de la mine de lignite
Voici l’épisode #22 de l’émission « Du pain et des parpaings » de Radio Pikez à Brest.
Après la dernière émission où nous avons été à Glomel (22) et rencontré deux membres du collectif Mine de rien qui s’oppose à l’extension de la mine d’Imerys, nous poursuivons avec cette 22ème émission sur le sujet de l’extractivisme minier.
En compagnie de Dominique Williams qui suit de près ces dossiers au sein de l’association Eau et Rivières de Bretagne, nous creusons le sujet : quelles logiques sous-tendent l’intensification de l’activité minière dans le monde et son renouveau en France métropolitaine ? Une mine responsable et durable est-elle possible ?
Nous irons en Ariège où Jacques Renoud nous raconte leur combat contre la réouverture de la mine de tungstène à Couflens et la saga judiciaire face à Variscan Mines. Et en Bretagne, Dominique Williams nous parle des nouvelles prospections minières et des actions qu’Eau et Rivières de Bretagne met déjà en place pour les contrer.
Au Canada, « la mine est un instrument de torture colonial »
Alors que les projets miniers se multiplient au Canada, menaçant les terres autochtones, certains membres des Premières Nations organisent la lutte face aux entreprises extractivistes et aux gouvernements.
Celia Izoard
MontréalMontréal (Canada).–« La meilleure chose à faire pour le climat, c’est de laisser respirer ces terres », a déclaré Rick Cheechoo après un silence. Sur la carte du Canada épinglée au mur, il les indique en posant délicatement la main sur la zone concernée, comme s’il auscultait un poumon. Pour passer quelques jours de novembre dans ce centre communautaire de Montréal, Rick et d’autres membres de la Première Nation crie ont parcouru 1 400 kilomètres depuis les rives de l’Arctique.
Le nord de la province canadienne de l’Ontario, où ils vivent, abrite l’un des deux plus grands complexes de tourbières au monde. Ces « terres respirantes », comme on les appelle en langue crie, sont le territoire ancestral de neuf Premières Nations différentes qui y pratiquent la trappe (c’est-à-dire le piégeage), la pêche et travaillent le bois. Mais depuis la découverte en 2007 de gisements de nickel, de palladium et de cuivre, il a été rebaptisé « Ring of Fire » par les entreprises minières qui y détiennent des dizaines de permis d’exploration.
Comme le nickel peut servir à la fabrication de batteries et le cuivre à toutes sortes d’usages électriques, le projet prétend opportunément extraire des « minéraux critiques pour la transition ». Pourtant, il nécessite de construire une route de 500 kilomètres et menace un gigantesque puits de carbone naturel comparable aux forêts tropicales, dont la destruction relarguerait de grandes quantités de méthane.
Selon un groupe de recherche de l’Université Laurentienne de Sudbury, le drainage des tourbières du nord de l’Ontario libérerait dans l’atmosphère l’équivalent des émissions annuelles de 39 milliards de voitures. « Bien sûr, une mine ne va pas tout détruire d’un coup, nuance Louise Nachet, doctorante à l’Université Laval (Québec) sur les enjeux extractifs. Mais une fois la route construite, les écosystèmes risquent d’être menacés par d’autres projets. »
Demande en métaux exponentielle
À Montréal, dans la grande salle du Centre St-Pierre qui bruisse de cris d’enfants et de bavardages, la carte du continent est couverte de points colorés, un pour chacune des localités représentées cette année aux rencontres du Western Mining Action Network, un réseau nord-américain de « communautés affectées par l’extraction minière oji ». La majorité de ces communautés sont des Premières Nations : Algonquins de l’Ontario, Attikameks de Haute-Mauricie, Ojibwés des Grands Lacs…
Toute la journée, dans ces ateliers, on parle de stratégie, de climat, de la santé des caribous. Et on pleure, parfois, comme cette oratrice qui vient d’apprendre que l’unique point d’eau de sa communauté est pollué aux métaux lourds.
Si les peuples autochtones du Canada – cinquante Premières Nations, ainsi que les Inuits et les Métis – sont confrontés aux industries extractives depuis l’arrivée des Européens, les projets d’extraction de graphite, de lithium, d’uranium ou d’or se multiplient. La demande en métaux est exponentielle, portée par l’industrialisation des Brics, le secteur du numérique, la mise en production de milliards de batteries automobiles et la militarisation globale. Pour soutenir la guerre commerciale des puissances occidentales face à la Chine, le Canada a réaffirmé sa vocation de superproducteur de ressources. Dans les seules provinces du Québec et de l’Ontario, plus de 700 000 permis de recherche ont été accordés, tous en territoires autochtones.
Des métaux pour les industriels français et européens
En cette fin novembre, au congrès Mines + Energie de Québec, le ministère des ressources naturelles réunissait les entreprises minières autour de l’ambition du Québec de devenir le « chef de file mondial en matière de minéraux critiques et stratégiques ». Pour la deuxième année consécutive, on pouvait y croiser un envoyé de Matignon, Benjamin Gallezot, délégué interministériel à l’approvisionnement en minerais et métaux stratégiques (Diamms). En octobre 2023, la France a signé un accord de coopération bilatéral avec le Canada, puis une « déclaration d’intention » avec le Québec sur « les métaux critiques indispensables à la transition énergétique et numérique ». Au printemps 2024, un accord a été conclu avec la province du Saskatchewan pour l’achat d’uranium destiné aux centrales nucléaires.
Le gisement du projet Strange Lake est hautement radioactif, et toutes les communautés qui ont des droits sur ces terres y sont opposées.
« Plusieurs projets au Canada intéressent beaucoup les industriels français et européens », a déclaré le Diamms à la tribune, par exemple, « des terres rares pour approvisionner l’usine Solvay de La Rochelle ». Le géant européen de la chimie a créé en 2022 une nouvelle unité de production d’aimants permanents de haute technologie destinés à l’électronique, aux véhicules électriques, aux drones et aux éoliennes. Les matières premières dont elle a besoin sont le néodyme, le praséodyme, le terbium – des terres rares dont la production est particulièrement polluante. Au Québec, un projet de production baptisé « Strange Lake » a été lancé par l’entreprise canadienne Torngat Metals à 1 000 kilomètres au nord de Montréal, sur la Côte-Nord.
Infographie Torngat Metals
C’est justement de là que venaient les délicieux homards frits mangés la veille, au Centre St-Pierre de Montréal : c’est un Innu de Sept-Îles, Roger Michel, qui les a pêchés. Dans les années 2010, avec sa communauté et un groupe de médecins, il s’est battu avec succès contre la création de mines d’uranium au nord du Québec. Aujourd’hui, Torngat Metals compte exploiter un gisement de la même zone, cette fois pour en extraire des terres rares.
« Ce gisement est hautement radioactif, et toutes les communautés qui ont des droits sur ces terres sont opposées au projet Strange Lake – les Innus, les Inuits et les Naskapis », a expliqué Marc Fafard, un ancien ingénieur, qui vit parmi les Innus depuis trente ans et travaille comme consultant juridique auprès des communautés autochtones. Le projet de mine, lui aussi présenté comme « indispensable à la lutte contre le changement climatique », est situé près du lac Brisson où plusieurs communautés chassent le caribou et pêchent une partie de l’année.
Pour le raffinage du minerai, une usine serait construite sur la Côte-Nord, dans la zone industrielle de Sept-Îles, juste à côté de la réserve de Uashat où vivent 1 500 personnes. Ces Innu·es, encore nomades il y a quelques décennies, ont déjà payé un lourd tribut à l’extraction minière. En 1949, ils ont été sédentarisés de force dans cette réserve pour permettre la mise en exploitation d’une mine de fer située à 300 kilomètres de là.
Traumatisme colonial
La raffinerie de Torngat Metals se trouverait à quelques centaines de mètres de la réserve. Elle concentrerait mille tonnes de terres rares par jour au moyen d’acides et de solvants, ce qui générerait des millions de tonnes de résidus radioactifs. Ce bassin toxique d’un kilomètre carré se trouverait aussi « à proximité du lac des Rapides où la ville puise maintenant notre eau potable, puisque toutes les autres nappes phréatiques sont contaminées par l’industrie », détaille Marc Fafard. Malgré l’opposition de la majorité des habitant·es, un fonds de l’État fédéral « pour l’infrastructure des minéraux critiques » vient d’attribuer au projet une subvention de 10 millions de dollars canadiens.
Les entreprises s’appuient sur le traumatisme des communautés autochtones pour avancer leurs projets.
Le Canada s’est engagé depuis une vingtaine d’années dans une politique nationale de « réconciliation » vis-à-vis des peuples autochtones. En 2008, le pays a présenté des excuses officielles pour le « génocide culturel » qu’a constitué le système des pensionnats, clé de voûte du système colonial. Entre 1894 et le milieu des années 1990, les enfants autochtones ont été systématiquement enlevés à leurs familles dès 6 ou 7 ans et placés dans des pensionnats religieux. Les élèves y étaient punis s’ils parlaient leur langue et ont souvent subi des violences physiques et sexuelles. Des milliers d’entre eux, morts de malnutrition et de mauvais traitements, n’en sont jamais revenus.
« Les addictions, les suicides d’adolescents, les violences… énumère Elysia Petrone, avocate d’origine ojibwée basée à Thunder Bay, au bord du lac Supérieur. Ce que nous vivons dans les réserves résulte en partie de ce traumatisme intergénérationnel. À cause de tous ces problèmes, les communautés renoncent souvent à lutter contre les projets miniers, poursuit cette membre de Mining Watch Canada venue assister à la rencontre au Centre St-Pierre. Les entreprises s’appuient sur le traumatisme des communautés autochtones pour avancer leurs projets. »
Le titre autochtone
La Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît l’existence d’un titre autochtone (on parle aussi d’un titre aborigène) sur des terres, lorsque les Autochtones occupent des territoires que leurs ancêtres habitaient lors du contact avec les Européens, qu’un principe de continuité peut être établi entre l’occupation première et actuelle, et que ce titre n’a jamais été cédé de quelque façon que ce soit. Le titre autochtone est un droit territorial collectif et inaliénable, sauf par le gouvernement fédéral. En d’autres termes, il constitue un droit ancestral, mais différent des autres droits ancestraux également reconnus par la Loi constitutionnelle, car il comporte un droit d’utilisation qui ne se limite pas à des usages traditionnels.
En théorie, le Canada respecte la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007) : un projet minier ne peut être réalisé sans leur « consentement préalable, libre et éclairé ». Mais « le système du free mining, qui date des ruées vers l’or du XIXe siècle, contrevient directement à ce principe », explique Rodrigue Turgeon, avocat et porte-parole du réseau Pour que le Québec ait meilleure mine. En un clic, n’importe quelle entreprise peut obtenir un permis d’exploration sur un territoire sans même en avertir les communautés détentrices de droits. Ce permis lui permet de construire un camp, de réaliser des forages et d’autres activités de prospection. Rodrigue Turgeon qualifie ce régime minier d’« instrument de torture colonial ».
Les Algonquins du lac Barrière font partie des rares Premières Nations à avoir trouvé les moyens de se défendre, avec l’appui du Centre québécois du droit de l’environnement. Le 18 octobre dernier, la Cour suprême leur a donné raison contre le gouvernement du Québec, qui avait attribué des permis d’exploration sans les consulter. Cette jurisprudence pourrait aboutir à invalider rétrospectivement des dizaines de milliers de permis attribués selon la même procédure en un clic. Mais le 4 décembre, le gouvernement a fait appel de cette décision. Une situation emblématique de l’ambivalence de l’État canadien, dont les ambitions extractivistes contredisent le repentir colonial.
Actions autochtones pour le climat
En 2015, dans son rapport sur le système des pensionnats, la Commission de vérité et réconciliation concluait que cette réconciliation nécessitait de « reconnaître les torts qui ont été causés, d’expier les causes et d’agir pour changer les comportements ». Le Canada peut-il « expier les causes » tout en cherchant à devenir un « fournisseur mondial de métaux critiques » ? « Les pensionnats étaient une manière pour les colonisateurs de s’approprier les terres, rappelle Donna Ashamock, membre de Mining Watch Canada, installée dans la communauté crie de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug (« le lac de la grosse truite »), au nord de l’Ontario. Déraciner les enfants autochtones servait à faire place nette pour les activités extractives : mines, industrie forestière, barrages. Je ne peux pas me réconcilier avec le colonisateur s’il ne démonte pas sa propre maison. Et l’extraction de ressources est le pilier de sa maison. »
Donna Ashamock fait partie d’Indigenous Climate Action, un réseau d’entraide « ancré dans les communautés et porté par la jeune génération » qui s’organise avec des peuples premiers du monde entier. Ce réseau valorise les pratiques de subsistance autochtones face à la catastrophe écologique et récuse les ententes « Répercussions et avantages » proposées aux Premières Nations par les entreprises minières. « La mine apporte une vie où l’on ne peut plus boire l’eau des lacs et pêcher, où les animaux sont malades, conclut-elle. Une vie où on doit tout acheter, il n’y a rien de plus fragile. Si nous conservons l’eau, les terres et la biodiversité, il nous restera quelque chose pour résister au changement climatique. »
Celia Izoard
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Au Congo, le mouvement armé M23 soutenu par le Rwanda s’est emparé de la ville de Goma, capitale d’une province riche en minerais stratégiques. Indispensables aux smartphones, ils alimentent ce conflit meurtrier et écocidaire.
C’est un tournant dans la guerre qui ravage l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis trente ans. Dimanche 26 janvier, des combattants du Mouvement du 23 mars (M23), un groupe armé antigouvernemental, appuyés par 3 000 à 4 000 soldats rwandais, sont entrés dans Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu où vivent un million de personnes.
Au cœur de ce conflit, les « minerais de sang » — coltan, nickel, étain et or — indispensables à la fabrication des équipements électroniques et notamment des smartphones. Reporterre fait le point avec Fabien Lebrun, chercheur en sociologie et auteur de Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté (L’Échappée, octobre 2024).
Reporterre — Quel est le lien entre le conflit à l’est de la RDC et les minerais utilisés pour fabriquer nos smartphones ?
Fabien Lebrun — Au cœur de cette guerre se trouvent les minerais de sang, aussi appelés minerais de conflits : le coltan, le nickel, l’étain et l’or. Le coltan est transformé en tantale, indispensable à la fabrication des condensateurs pour smartphones : sans ce métal très résistant à la chaleur et à la corrosion qui permet la miniaturisation des composants, les téléphones chaufferaient tellement qu’ils pourraient prendre feu. Or, les deux tiers des réserves mondiales de coltan se trouvent dans et à l’est du Congo. L’Afrique des Grands Lacs — Congo et Rwanda confondus — en assure la moitié de la production mondiale.
L’est du Congo est également riche en cassitérite, dont provient l’étain indispensable pour les soudures des circuits électroniques ; en wolfram, ou tungstène, qu’on retrouve dans les vibreurs et les haut-parleurs des téléphones portables ; et en or, dont l’industrie numérique siphonne 10 % de l’extraction mondiale pour la fabrication de ses cartes mères et ses circuits imprimés. Depuis la première guerre de 1996, ces minerais occupent une place dans ce qu’on peut appeler une économie de guerre, une économie militarisée qui perdure à ce jour.
Depuis avril dernier, les rebelles du M23 contrôlent la zone minière de Rubaya, qui fournit 15 % du coltan mondial. Quel intérêt stratégique y trouvent-ils ?
En contrôlant administrativement la zone, le M23 peut élaborer tout un système de taxes et ainsi financer le conflit. D’après un rapport de l’ONU, le groupe exporte désormais 120 tonnes de coltan par mois et les taxes qu’il prélève sur la production lui assurent un revenu d’environ 800 000 dollars mensuels. D’un point de vue économique et financier, les intérêts sont importants.
Des mineurs dans le Nord-Kivu, en RDC. Sasha Lezhnev / CCBY–NC–ND 2.0 / Enoughproject via Flickr
Le M23 est soutenu par l’armée rwandaise. Depuis plusieurs années, le président de la RDC Félix Tshisekedi accuse le Rwanda de convoiter ses ressources en minerai. Quel rôle ont ces ressources dans l’aggravation des tensions géopolitiques dans la région ?
Ces métaux sont, si ce n’est la principale cause, au moins un déterminant important dans l’instabilité de la région des Grands Lacs. L’exploitation et la commercialisation de ces minerais de sang structurent l’économie, l’industrie et la politique de la région. Elles produisent une rente qui enrichit les élites et favorise la corruption.
On parle beaucoup du Rwanda, plaque tournante pour ces minerais indispensables aux équipements électroniques, mais l’Ouganda et dans une moindre mesure le Burundi sont aussi dans le coup. L’État congolais lui-même est en partie responsable de la situation : 2 000 kilomètres séparent Goma de la capitale, Kinshasa, et les institutions étatiques y sont absentes.
Quelles sont les conséquences humaines et écologiques de l’industrie minière pour les habitants du Nord-Kivu ?
Depuis le milieu des années 1990, début de la révolution numérique, le coût humain et écologique de ce conflit autour des minerais de sang est démentiel. Avant même le regain de violence des trois dernières semaines, les analystes parlaient de plusieurs millions de morts, de 7 millions de déplacés dans des conditions terribles et de 4 millions de réfugiés qui ont fui le Congo. Près de 30 millions de Congolais sont en situation de malnutrition aiguë.
Au-delà du conflit, le bilan écologique est dévastateur. Les terres du Nord-Kivu, fertiles et qui auraient pu bénéficier à l’agriculture locale, ont été saccagées par les activités minières. L’air est pollué d’effluves toxiques.
« À certains endroits, il n’y a plus de vie aquatique »
L’industrie minière est aussi en partie responsable de la destruction de la forêt du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical mondial crucial dans la lutte contre le changement climatique. Les espèces en voie d’extinction qui y vivent — gorilles des montagnes, bonobos, rhinocéros — sont massacrés par les groupes armés qui contrôlent les activités minières.
Mais la première victime de l’extractivisme est l’eau, comme l’explique l’ingénieure à SystExt Aurore Stéphant. Cela se vérifie au Congo, avec des centaines de kilomètres de cours d’eau contaminés aux métaux lourds — plomb, cadmium, etc. Le fleuve Congo est touché, ainsi que les nappes phréatiques. À certains endroits, il n’y a plus de vie aquatique.
L’appétit des États occidentaux et des multinationales de la tech pour ces ressources n’est pas étranger à ce désastre…
Cela fait des décennies que la responsabilité de l’industrie numérique dans la déstabilisation de la RDC est pointée du doigt. Mi-décembre, le président de la RDCa porté plainte contre Apple pour recel de crime de guerre, blanchiment de faux et tromperie des consommateurs.
Déjà, en 2019, l’organisation internationale Right Advocates avait lancé une action collective contre Apple, Microsoft, Tesla, Google et Dell, qu’elle accusait de profiter du travail d’enfants dans les mines de cobalt congolaises. Malheureusement, la plainte n’avait pas abouti.
En 2016, Amnesty International et Afrewatch accusaient de grandes marques électroniques comme Apple, Samsung et Sony d’acheter du cobalt à des négociants s’approvisionnant dans des mines où travaillent des enfants.
En 2000, la flambée des prix du coltan, alimentée par la production de masse de la Playstation 2 de Sony, avait entraîné une ruée vers les activités minières à l’est de la RDC avec des conséquences très néfastes pour les communautés.
Or, les États appuient bien souvent ces multinationales. En février, Bruxelles et Kigali signaient un accord pour un approvisionnement « durable » de l’Union européenne en minerais critiques. Alors qu’on sait très bien que 90 % des minerais de sang qui sortent du Rwanda proviennent du Congo !
Peut-on parler de néocolonialisme ?
L’extractivisme est la pratique coloniale historique par excellence. Dès le XVIᵉ siècle, les conquistadors ont pillé l’or et l’argent des Amérindiens, qu’ils ont exterminés. Cet épisode a été un tournant pour l’enrichissement des États occidentaux et la naissance du capitalisme et de la mondialisation.
Les activités minières, polluantes, génératrices de conflits sociaux, d’usages des terres et de l’eau, étaient sorties de nos imaginaires. Mais depuis trente ans, on assiste à un regain de l’extractivisme pour alimenter la révolution numérique.
Il est évident que l’accord qui permet à l’Union européenne de piller la RDC en passant par le Rwanda est typiquement néocolonial. De même que la mainmise de la Chine sur le cobalt et le cuivre congolais. On pourrait parler de technocolonialisme.
Que faudrait-il faire pour aider la région du Nord-Kivu à s’apaiser ?
Nous ne pourrons pas diminuer la pression minière dans la région des Grands Lacs sans décroissance minérale et métallique. Pour être solidaires avec les Suds, il faudra forcément acheter moins et favoriser des appareils plus durables et mieux réparables.
Réduire notre demande en métaux rares va aussi impliquer d’avoir des outils moins rapides, moins performants. C’est tout notre quotidien numérique et la numérisation à marche forcée qui sont à revoir.
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Géothermie à Glovelier (Jura suisse)
Traduit de l’allemand de Barrikade, 21 décembre 2024
Tout devient électrique. Notre utilisation devient de plus en plus élevée. Les brosses à dents, les smart-homes, en passant par les voitures, les vélos, les trottinettes et, depuis peu, même les pantalons électriques sont censés nous permettre de gravir les montagnes. Donc toujours plus de confort, et toujours plus de consommation.
Nous nous trouvons désormais dans une situation délicate : il faut trouver de l’énergie propre. Mais d’où doit-elle venir ? Pour GeoEnergieSuisse et la Confédération suisse, apparemment du projet de fracturation dans le Jura suisse. Il s’agirait de « géothermie profonde pétrothermique » : forer à des kilomètres de profondeur dans la terre, pomper d’énormes quantités d’eau et de produits chimiques dans le trou, et produire ainsi de l’électricité pendant 10 à 15 ans, jusqu’à ce que le trou redevienne froid. Et ensuite ? Un nouveau forage ?
La terre n’est pas de l’Emmenthal [du gruyère] !
Mais le gouvernement fédéral et le reste de la classe politique sont têtus. Leur seul intérêt est le profit et que tout continue comme avant. Tout cela dans un délai court et en prenant des risques s’il le faut. Au diable l’environnement et la santé des gens.
Mais nous sommes contre ! Pour nous, il est clair qu’un changement est urgent. La question n’est pas de savoir comment les marchandises et la consommation de ressources continuent de tourner sur elles-mêmes. Notre question est : quand cela s’arrêtera-t-il ?
Notre comportement de consommation, la surproduction absurde ainsi que la consommation actuelle d’électricité doivent changer. Et la réponse à cette question ne peut pas être du FRACKING greenwashé !
Une visite a donc été effectuée à l’entreprise « Sitadel Sarl Delémont », qui s’est terminée par l’incendie de quelques voitures. D’une part pour se défendre, d’autre part pour lancer un appel à tous ceux qui en ont marre de ce projet insensé de géothermie à Glovelier.
Défendez-vous, protestez et sabotez !
La population dit depuis longtemps qu’elle ne veut pas de la « géothermie profonde pétrothermique » et tous les moyens légaux de s’y opposer ont été épuisés. L’État fait malgré tout avancer le projet. Il n’y a donc pas d’autre choix que d’agir nous-mêmes.
Cette attaque visait le bureau de planification du projet géothermique, mais ils ne sont pas les seuls impliqués. Il existe d’innombrables façons de se défendre et de saboter d’innombrables entreprises, car elles ont toutes des noms et des adresses.
Dans cet esprit, amusez-vous bien et faites attention à vous ! Soyons du sable dans les engrenages et bloquons-les !
Deux voitures d’une entreprise liée au projet de géothermie prennent mystérieusement feu
Le Quotidien Jurassien, 1er décembre 2024
Il était 4 h lorsque l’appel de la police a tiré Manuel Lachat de son lit, samedi matin: « Vous êtes bien le directeur de l’entreprise Sitadel? Vos deux véhicules ont pris feu. » Une heure plus tôt, c’est une automobiliste, voyant les flammes sur le parking devant ses locaux à l’entrée de Delémont, qui a donné l’alerte.
L’homme se rend sur place et constate de lui-même: les deux véhicules floqués au nom de son entreprise, un bureau de géomatique, sont bel et bien calcinés. Un détail le frappe immédiatement: ils ne sont pas côte à côte. Il y a une place entre eux, certes vide, mais qui représente près de trois mètres d’espace. Difficile pour le directeur de penser qu’un défaut technique aurait donné le feu à un engin, puis que la proximité l’aurait fait se propager à l’autre. Il s’agirait plutôt d’un acte malveillant, selon lui. La police l’enjoint à porter plainte et lui demande d’établir une liste des gens qui pourraient lui en vouloir.
Fortes pressions
Une fois l’acte administratif effectué, Manuel Lachat retourne sur les lieux du sinistre. L’odeur âcre du brûlé entoure toujours les bâtiments. Qui pourrait donc bien lui en vouloir au point d’incendier des véhicules? Manuel Lachat cogite, songe à des conflits financiers. Puis il considère les menaces qu’il a reçues en lien avec le projet de géothermie de Haute-Sorne.
Son entreprise est en effet chargée de dresser l’état des bâtiments à proximité du site et d’en répertorier chaque fissure avant le début du forage. « Je ne suis pas « avec » le projet. Mon entreprise a simplement été mandatée pour ce travail. C’était une contrainte imposée au promoteur, non une volonté de sa part. Les gens mélangent souvent les choses« , clarifie Manuel Lachat, qui dit faire, parfois, l’objet de fortes pressions dans ce cadre.
L’explication à ce mystérieux sinistre pourrait venir de là, convient-il, mais en précisant bien qu’il ne s’agit que d’une piste parmi d’autres et qu’il ne veut en aucun cas jeter de l’huile sur le feu dans un contexte déjà extrêmement sensible.
La police garde également toutes ses réserves à un stade précoce de l’enquête: « Rien ne confirme qu’il s’agisse d’un acte malveillant. » En attendant, Manuel Lachat estime les dégâts à plusieurs dizaines de milliers de francs. Du matériel professionnel se trouvait dans les véhicules qui ont brûlé.
Une après-midi de discussions contre l’extractivisme à l’Impasse (1 impasse Lapujade). Le premier Février à 14h. Discussions, infokiosque, goûter & repas.
Des personnes impliquées dans les luttes contre les projets de mines de lithium à Échassières dans l’Allier et à Barroso au Portugal viennent parler de leurs contextes. C’est un moment pour faire circuler des infos sur des endroits où des gent.es se bougent contre l’industrie minière, mais pas seulement. On a aussi pensé cette présentation comme un point de départ pour élargir la question et réfléchir au-delà des luttes spécifiques de sites. Suivra donc différentes discussions en parallèles autours de certains enjeux liés au boom minier actuel.
Aujourd’hui le système industriel connaît une restructuration technologique et énergétique majeure. À l’heure de chaos climatiques, de tensions sociales et d’escalades guerrières de plus en plus explosives, les États et les entreprises misent sur cette mutation pour perpétuer le système sur lequel ils reposent et avec lequel ils nous asservissent. La « transition énergétique et numérique » ne signifie qu’une chose : aggravation du désastre industriel, colonisation de nouveaux territoires, extraction de nouvelles ressources, extension du contrôle social, empoisonnements, pollutions, militarisation… Elle est au cœur du projet de puissance des États contemporains, et ils se livrent une féroce compétition pour la première place du podium. À l’heure actuelle les États européens sont dans une phase d’insécurité vis-à-vis de leur approvisionnement en matières premières minérales, nécessaires à cette compétition technologique et militaire. Cet approvisionnement est pour eux un enjeux majeur. Cela se traduit évidement par une intensification de l’exploitation minière hors de l’Europe et dans ses anciennes et actuelles colonies. Mais on voit aussi de plus en plus de projets miniers, et d’infrastructures correspondantes, voir le jour sur le sol européen. Fort heureusement, tout le monde ne se résigne pas à voir la terre éventrée pour obtenir les matériaux de nos chaînes.
Cet après-midi se veut être un moment pour échanger autour de l’extractivisme, donner de la visibilité et du souffle à des luttes existantes, et imaginer des moyens de mettre des bâtons dans le roues de la mégamachine, sans chef.fes, sans représentant.es et sans compromis.
Bienvenue !
14h : présentation des contextes et des luttes en cours à Barroso et à Échassières, par des personnes impliquées, notamment par des personnes du collectif Stop Mines 03.
Ensuite : discussions sur certains enjeux du boom minier actuel et des luttes qui s’y opposent
19h30 : repas vegan à prix libre (on sait pas encore où les sous vont aller comme soutien, mais ce sera indiqué le jour J)
Publié dansAllier, Évènement|Commentaires fermés sur [Toulouse] Après-midi de discussions contre l’extractivsme
Le numéro 6 des cahiers anarchistes internationalistes Hourriya, « La guerre du sous-sol – Le champ de bataille des matières premières » a été rajouté à la documentation sous format PDF.
L’exploitation des matières premières constitue peut-être l’un des aspects matériels les plus crus du pouvoir au vu de la dévastation qu’elle provoque, mais elle révèle aussi profondément les rapports sociaux qui sont à la base de « cette marche du progrès ». Ces pages se focalisent en effet sur ses nerfs à vif, sur les racines par lesquelles coulent des substances dont la domination se nourrit pour continuer à s’étendre et à accroître sa puissance. Ces racines qui pénètrent profondément dans le ventre de la terre, qui chambardent la planète, l’intoxiquent, la surchauffent, la ravagent. D’innombrables êtres humains et non humains sont sacrifiés chaque jour — réduits en esclavage, empoisonnés, exterminés, tués par des armes toujours plus puissantes et sophistiquées — pour la possession de ces éléments du sous-sol, piliers fondamentaux de l’édifice mondial de l’exploitation. Si la machine dévastatrice est fortement dépendante de l’extraction du charbon, du gaz, du pétrole, des minerais,… cela donne lieu à des guerres, des conflits sanguinaires, mais aussi à des luttes et des révoltes aux quatre coins du globe.
Sommaire
Introduction
Des fleuves de sang, pétrole et déchets. Brève histoire de l’industrie énergétique
Dans les coulisses du négoce international
Le plan IIRSA. Infrastructure et dévastation en Amérique-Latine
Des cris de révolte entre les Andes et l’Amazonie
Détruire ce qui nous détruit, ici et ailleurs
Publié dansLuttes internationales|Commentaires fermés sur La guerre du sous-sol – Le champ de bataille des matières premières
Trois permis exclusifs de recherches minières (PERM) ont été déposés en Bretagne par la société Breizh Ressources dans la plus grande discrétion. Ils concernent pourtant 42 communes et plus de 850 km². Malgré l’opacité qui entoure ce projet, les citoyens se mobilisent déjà largement pour empêcher le lancement des opérations.
• La start-up Breizh Ressources a déposé trois permis de recherches minières entre la Bretagne et le Maine-et-Loire entre juillet et octobre 2023. Mais l’information n’a été rendue publique que début 2024.
• Depuis, certaines associations, riverains et élus se mobilisent pour s’opposer aux explorations de potentielles futures mines. D’autres y voient une opportunité pour créer de l’emploi.
• Alors que le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie aurait dû donner son feu vert aux permis fin 2024, une nouvelle jurisprudence a ralenti la procédure.
C’est par hasard, en lisant le Journal Officiel du 10 janvier 2024, que Dominique Williams, spécialiste des mines à l’association Eau et rivières de Bretagne, tombe sur une information détonante : une société nommée Breizh Ressources a déposé, quelques mois auparavant, un permis exclusif de recherche minière (PERM) baptisé « Epona » dans quatre communes de sa région.
Cette start-up basée à Lorient et constituée spécialement pour l’occasion a pour unique actionnaire Aurania Resources, société canadienne immatriculée aux Bermudes, dirigée par Keith Barron, un géologue connu pour avoir découvert l’une plus grandes mines d’or au monde [lire « Un nouvel Indiana Jones à la recherche d’or en Bretagne].
Dominique Williams tire tout de suite la sonnette d’alarme et l’association envoie, dès le 16 janvier, un courrier à la préfecture du Morbihan pour avoir accès au dossier. Deux jours plus tard, la préfecture adresse un courriel aux collectivités locales pour les informer du dépôt du PERM : « Le vendredi 19 janvier, alors que j’étais de permanence, Jean-Paul Pallier et Stéphane Ansermet de Breizh Ressources sont venus me voir pour me présenter le projet », se souvient Élodie Le Floch, maire de Kervignac (56).
Le 22 février, une réunion avec le sous-préfet est organisée à la demande des élus pour détailler le dossier. « Nous étions surpris car la demande avait été déposée en juillet 2023 et nous n’avions eu aucune information jusqu’à cette date », s’étonne encore Michèle Dollé, maire d’Hennebont (56).
Même discrétion pour les deux autres PERM baptisés « Taranis » et « Bélénos », qui concernent une partie du Morbihan, de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique.
Jeannick Martel, adjointe à la mairie de La Chapelle-de-Brain (35) n’a découvert l’existence du PERM Taranis, qui concerne sa commune, qu’en juillet 2024 lors d’un conseil municipal. « La mairie avait reçu un mél de la préfecture pour l’informer du lancement d’une consultation publique. On s’est questionné sur le tempo : non seulement l’information était tardive, mais c’était en pleine période estivale et pendant les législatives. Les conditions n’étaient propices ni à la publicité du projet ni au débat », constate-t-elle.
Quant au permis Bélénos, déposé en octobre 2023, son existence a été médiatisée par un article de Ouest-France daté du 16 mai 2024, qui relatait le débat à ce sujet au sein du conseil Anjou Bleu Communautés.
Sur le papier, pas de quoi s’inquiéter selon l’étude d’impact
Que sait-on vraiment du dépôt de ces PERM, longtemps passés sous les radars des élus et de l’opinion publique ? À la lecture des dossiers, on apprend que le premier d’entre eux, nommé Epona, qui concerne quatre communes dans le Morbihan, et qui s’étend sur 51 km², a été déposé le 21 juillet 2023, alors que Breizh Ressources était encore en cours de constitution.
Il s’agit d’une demande de permis d’exploration, c’est-à-dire que Breizh Ressources a repéré ces zones comme étant potentiellement intéressantes pour y exploiter du minerai, mais elle doit d’abord réaliser des études approfondies des sous-sols afin de savoir exactement ce qu’ils contiennent.
C’est pour cela que la société a déposé ces demandes de trois permis miniers pour trois et cinq ans renouvelables. « Un PERM donne un droit foncier sur les matériaux sans pour autant autoriser les travaux miniers. […] Il est caractérisé par une limite de durée, un périmètre limité, une liste de substances recherchées, la description des investigations envisagées et de leur enchaînement », précise le cabinet du ministre délégué chargé de l’industrie.
Les trois permis déposés par la « junior », terme qui désigne les entreprises d’exploration, ont un spectre assez large : elle part en quête de métaux stratégiques comme l’antimoine, le zirconium, les terres rares ou le tungstène, mais aussi de minerais plus classiques comme l’argent ou l’or.
Sur le papier, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. L’étude d’impact menée par le cabinet ENCEM, basé à Vénissieux, près de Lyon, établit que les techniques utilisées, telles que le prélèvement d’échantillon, l’utilisation d’un hélicoptère pour mesurer le champ électro-magnétique ou la pose d’électrodes dans les sols ne sont pas invasives et n’auront pas de conséquences néfastes sur l’environnement.
Et, de toute façon, il est très peu probable que les recherches soient fructueuses d’après Jean-Paul Pallier, le représentant de Breizh Ressources en France. D’après les nombreux témoins que nous avons rencontrés, qu’ils soient élus ou membres d’associations, Jean-Paul Pallier rassure sans cesse ses interlocuteurs en leur disant qu’il y a une chance très mince de trouver des minerais économiquement viables et qu’en conséquence, il ne faut pas s’alarmer. À ce propos, la société précise à Splann ! que seuls 1 % à 5 % des projets d’exploration aboutissent à l’ouverture d’une mine.
Dans un article de Ouest-France daté d’avril 2024, Stefan Ansermet, présenté comme l’un des dirigeants de la société Breizh Ressources aux côtés de Jean-Paul Pallier (alors qu’ils sont en fait le conseiller et vice-président d’Aurania Resources), conclut ainsi : « même si les mines ne sont pas exploitées, les générations futures sauront quelles ressources minérales sont présentes dans le sol ». Des recherches qui, au pire, seraient donc utiles à nos enfants et petits-enfants.
Contactée, Breizh Ressources insiste sur l’effort de communication qu’elle fournit pour garantir un « esprit de transparence ». La société liste les réunions avec les élus, les rencontres avec les associations : « cette démarche a été menée individuellement, en groupes, et dans le cadre de réunions organisées avec la préfecture, bien que nos projets soient encore à un stade préliminaire et n’aient pas commencé ».
L’opposition des riverains : un cauchemar pour les entreprises minières
Cette communication peut aussi représenter un moyen de rassurer la population. L’opposition des communautés locales est le cauchemar des entreprises minières : elle peut ralentir les recherches en cours, attirer l’attention des médias, inquiéter les élus et, finalement, leur faire perdre beaucoup de temps et d’argent.
C’est sans doute la raison pour laquelle les sociétés minières aiment manœuvrer discrètement pour attirer le moins possible l’attention. Même si Breizh Ressources s’en défend : « la procédure et la communication autour des demandes de permis relèvent de l’État, et le calendrier est défini par les autorités, notamment la préfecture ».
Pour les trois PERM en question, Breizh Ressources est tombée sur un os : la vigilance de Dominique Williams à Eau et rivières de Bretagne et, dans la foulée, la mobilisation de nombreux habitants.
« Il faut se mobiliser dès maintenant pour prévenir les risques et empêcher une exploitation minière dans nos régions. Les PERM sont une menace sur nos territoires, car il n’y a pas d’exploitation minière ni d’après-mines heureuses », prévient Dominique Williams.
« En Ille-et-Vilaine, seulement 3 % des masses d’eau sont en bon état et ça chute à 2 % en Loire-Atlantique. Il y a peu d’eau souterraine et nous dépendons largement des eaux de surface. Or, avec le réchauffement climatique, nous sommes en vigilance sécheresse régulièrement. Les besoins en eau dans le cas d’une exploitation minière causeraient des dégâts irréversibles dans nos régions », abonde Pauline Pennober, animatrice Eau et rivières.
C’est pourquoi l’association s’est saisie du dossier dès qu’elle a pris connaissance du dépôt du PERM Epona en janvier 2024. Elle a communiqué sur son site, organisé des réunions d’information, rencontré les élus, sensibilisé la société civile sur le terrain ou via des webinaires (évènements en ligne, NDLR).
Surtout, elle a lancé une opération qui a déjà fait ses preuves. « Nous avons initié une campagne de refus d’accès aux propriétés. Les propriétaires de terrains où Breizh Ressources doit mener ses recherches, peuvent signer un formulaire en ligne où ils déclarent qu’ils en interdisent l’accès. Cela complique les démarches de prospection », explique Dominique Williams. Parallèlement, l’association suit de près la mobilisation citoyenne qui s’organise sur le terrain. Comme à Sainte-Anne-sur-Vilaine (35), concernée par le PERM Taranis.
« Tout est parti d’un groupe Whatsapp qui réunit des parents d’élèves. On a appris l’existence d’une consultation publique un jour avant qu’elle se finisse, raconte Olivier Lemoyne, peintre en bâtiment qui habite le village. On s’est rendu compte que la surface concernée par le PERM était énorme, mais que la société noyait le poisson en disant que c’était de la simple prospection sans conséquence. Nous avons décidé de faire des flyers et d’aller informer les gens sur le marché. Puis, nous avons organisé une réunion à Langon, en octobre 2024, où 250 personnes sont venues, dont la députée (NFP-LFI) d’Ille-et-Vilaine, Mathilde Hignet. Maintenant, nous essayons de constituer un réseau régional avec des groupes locaux dans les communes concernées. »
Même réflexe à La Chapelle-de-Brain (35) où, en juillet 2024, Jeannick Martel, adjointe à la mairie, découvrait simultanément le lancement de la consultation publique et le dépôt du PERM Taranis. Elle a alerté les élus sur le sujet, mais selon elle, ils ne semblaient pas inquiets : « Ils m’ont dit qu’il fallait laisser venir et qu’il y avait peu de chance qu’on trouve quelque chose ».
Les collectivités locales ne pèsent pas lourd dans le processus minier
L’association locale La Feuille n’est pas de cet avis. Elle s’est emparée du sujet en bénéficiant de l’expertise précieuse de Jean Baranger, qui a travaillé dans le secteur de la bijouterie de luxe, aujourd’hui retraité, et qui connaît bien les enjeux miniers.
D’après lui, la société Breizh Ressources, bien qu’elle ait étendu sa demande de permis à une vingtaine d’autres minerais, est prioritairement à la recherche d’or. « Quand on lit les dossiers, on se rend compte que les différents points mis en évidence sur les cartes concernent des gisements d’or. D’ailleurs, c’est logique : le cours de l’or a explosé ces dernières années. En 2021, le kilo était à 45.000 € et aujourd’hui, il atteint 75.000 €. À ce prix-là, ça vaut le coup de forer très profond. Avant, on creusait jusqu’à 300 mètres pour extraire des minéraux qui contenaient 2 g d’or par tonne. Maintenant, forer jusqu’à 600 mètres reste rentable ».
Malgré cette analyse, à laquelle adhérent de nombreux interlocuteurs, Breizh Ressources maintient s’intéresser à une variété de minerai : « Les permis d’exploration visent une recherche polymétallique. L’or, bien qu’un indicateur clé des systèmes hydrothermaux pouvant contenir d’autres métaux, n’est pas la cible principale de Breizh Ressources. La société s’intéresse à l’ensemble des minerais de ces contextes, notamment en vue de soutenir des filières industrielles stratégiques ».
Quel que soit l’objectif de la « junior », pour Jean Baranger le but de l’opposition citoyenne est évident : pour qu’il n’y ait pas d’exploitation, il faut lutter contre la prospection. « Jean-Paul Pallier m’a affirmé que s’ils ne pouvaient pas faire leurs recherches ici, ils les feraient ailleurs », relate Jean Baranger.
Le mouvement est lancé et la société civile organise la mobilisation. La plupart des habitants qui s’opposent au permis Taranis se sont rassemblés dans le collectif Stop Taranis qui va organiser une rencontre début janvier 2025.
De son côté, l’association France Nature Environnement de Loire-Atlantique estime qu’il n’y a aucune urgence. « Cela ne sert à rien de s’opposer dès maintenant. Nous avons étudié le dossier, rencontré Jean-Paul Pallier et nous en avons conclu que ces dépôts de permis ne servent qu’à maintenir le niveau de leurs actions. Nous restons attentifs, mais franchement, nous préférons garder notre énergie pour d’autres sujets », tranche Xavier Metay, coordinateur.
Quant aux élus, pour l’instant, ils sont sur la réserve. Ceux qui sont concernés par les permis Taranis et Bélénos essaient de s’organiser entre eux afin de s’exprimer d’une seule voix. De son côté, Anjou Bleu Communauté (Maine et Loire) a d’ores et déjà exprimé un avis favorable assorti de remarques. Tandis que trois des quatre communes morbihannaises couvertes par le permis Epona (Nostang, Hennebont et Kervignac) n’hésitent pas à afficher leur opposition. Leurs conseils municipaux se sont prononcés majoritairement contre entre mai et juin 2024.
Laurent Duval, le maire de Languidic (56), a un avis différent. « Si on a des ressources sous nos pieds, elles seront utiles aux générations futures », estime-t-il en mai 2024 dans un article de Ouest-France. Ces divergences sont à l’image de ce qui se passe sur les autres territoires : certains élus se dressent contre les permis tandis que d’autres plaident la souveraineté énergétique.
Quelles que soient leurs positions, les collectivités locales ne pèsent pas bien lourd dans le processus de décision : le mot final revient à l’État via le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. « Nous n’avons aucune place dans la procédure, on ne maîtrise rien. On ne connaît pas le délai de réponse et nous n’avons aucune information sur les résultats de la consultation publique », regrette Michèle Dollé à Hennebont (56). « Nous sommes exclus, nous devons aller chercher les informations pour savoir où en est le dossier », ajoute Élodie Le Floch, maire de Kervignac (56).
Peut-être que l’intervention de la députée La France Insoumise de la quatrième circonscription d’Ille-et-Vilaine, Mathilde Hignet, permettra d’en savoir plus. « J’ai interpellé le ministre de l’Économie par un courrier en date du 26 octobre 2024 afin de lui demander de me transmettre et de rendre publique la synthèse de la consultation faite cet été, ainsi que les avis des administrations publiques sollicitées dans le cadre de l’instruction des demandes. La population doit avoir accès à ces informations. À ce jour, je n’ai eu aucun retour », déplore-t-elle.
La lutte contre Variscan Mines : « Un exemple qui nous donne de l’espoir »
Dominique Williams, à Eau et rivières de Bretagne, est assez confiante quant à l’issue de ce mouvement d’opposition. Comme une grande partie du milieu associatif, elle a participé à la lutte contre la société Variscan Mines qui a eu une issue positive. « En Bretagne, nous avons bataillé pendant plus de cinq ans contre l’octroi de trois PERM dans une zone similaire, qui concernait plus de 70 communes. Finalement, face à la contestation, la société Variscan Mines, a fini par abandonner ses démarches en 2019. Nous avons tous cet exemple en tête et c’est ce qui nous donne espoir », raconte-t-elle.
Pour l’instant, l’opposition suit son cours et elle va sans doute bénéficier d’un sursis inattendu. Le ministère de l’Économie a averti Splann ! qu’un nouvel élément s’est glissé dans le processus d’examen des PERM. Une étude d’impact suffisait jusqu’à présent pour déposer une demande de PERM, mais depuis le 10 juillet 2024, la jurisprudence a évolué et les projets doivent maintenant être soumis à une évaluation environnementale.
« Le ministre a demandé au demandeur de compléter ses dossiers et l’Autorité environnementale a donc récemment été saisie de ces trois demandes, afin qu’elle rende un avis dans un délai de trois mois. En fonction de l’avis rendu, le pétitionnaire pourra être, le cas échéant, invité à compléter son dossier », précise le ministère. Qui ajoute qu’« une nouvelle consultation dématérialisée du public sera ensuite organisée sur le site du ministère de l’Économie ».
En conséquence, la décision de Bercy ne sera pas rendue fin 2024 comme cela aurait dû être le cas, mais plutôt courant 2025. Keith Barron, le dirigeant de Breizh Ressources [lire « Un nouvel Indiana Jones à la recherche d’or en Bretagne »], qui regrettait déjà dans des vidéos diffusées en ligne la lenteur bureaucratique de la France, va devoir faire preuve d’un peu plus de patience.
Publié dansBreizh Ressources|Commentaires fermés sur Breizh Ressources, la société minière la plus discrète de l’Ouest
À travers le monde entier, des projets miniers se préparent, se lancent ou se relancent afin de répondre à la demande sans fin de l'industrie. Cette poussée extractiviste s'inscrit dans une nouvelle mue du capitalisme. Une mue prétendument "verte", avec ses voitures électriques, ses aérogénérateurs et ses batteries au lithium. Mais derrière la façade, c'est toujours le même désastre pour fabriquer un monde merdique : des mines qui ravagent les sols et polluent les cours d'eau, des patrons et des usines qui exploitent…
Raslamine prend pour point de départ la lutte contre un gros projet minier en france, celle d'une mine de Lithium à Échassières dans l'Allier, mais souhaite être un relais plus général des luttes contre cette nouvelle ruée minière (en europe comme ailleurs). L'envie, c'est de centraliser des infos souvent très éparses en allant grappiller, parfois un peu largement, le peu de ressources disponibles et voir que ça se bouge à différents endroits qui ne se rencontrent pas toujours. Ce site souhaite parler des actualités sur l'avancée des projets (autorisations de travaux, réunions publiques, nom des entreprises en lien avec le projet…), donner des ressources documentaires et analytiques (film, livre, podcast…), rendre accessibles des textes, affiches et autres matériels de diffusion et de lutte, filer des dates d'événements (à soutenir ou à pourrir), relayer les oppositions, les luttes et les bâtons dans les roues trouvés dans la presse ou envoyés par communiqué, et pourquoi pas être une tentative pour tisser des liens et peut-être faire naître des élans de solidarités.
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