Le sous-sol de l’Afrique, et ses immenses réserves de métaux « critiques » encore inexploitées, aiguise les convoitises

[pompé sur lemonde]

La principale conférence minière africaine, « Mining Indaba », organisée annuellement au Cap, en Afrique du Sud, débute lundi dans un contexte de forte demande mondiale en métaux.

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Bien inspiré celui qui, il y a dix ou quinze ans, aurait prédit que les mines – secteur à la sombre réputation sociale et environnementale, et à l’image souvent archaïque – allaient s’imposer en axe majeur du développement de l’Afrique, poussées par la demande vertigineuse en métaux qui accompagne la digitalisation des économies, l’essor de l’intelligence artificielle et la transition énergétique. La demande mondiale, notamment de ceux dits « stratégiques » ou « critiques », va quadrupler d’ici à 2040 selon des prévisions de l’Agence internationale de l’énergie. Et déjà les prix s’envolent, la compétition s’aiguise.

C’est dans ce contexte que la principale conférence minière africaine, « Mining Indaba », organisée annuellement au Cap, en Afrique du Sud, grand pays minier, s’ouvre, lundi 9 février, dans une effervescence toute particulière. « Les mines sont de nouveau sexy », s’enthousiasme Menzi Ndhlovu, analyste senior et fin connaisseur du secteur chez Signal Risk, à Johannesburg. Selon lui, l’édition 2026 de ce raout rassemblant entreprises, gouvernements, experts et ONG fait l’objet d’« intérêts bouillonnants ». Plus de 10 000 participants sont attendus, selon l’organisation, sans préciser si ce chiffre est en hausse.

L’Afrique occupe déjà une place significative sur la carte minière mondiale. L’Afrique du Sud et le Gabon sont les leaders mondiaux dans le manganèse. Madagascar et le Mozambique sont dans le top 3 pour le graphite. La République démocratique du Congo (RDC), considérée comme un véritable coffre-fort de minerais, est l’écrasant numéro un mondial du cobalt avec environ 75 % des volumes extraits annuellement.

Surtout, les réserves du continent sont immenses et encore largement inexploitées quand, à l’inverse, les gisements s’amenuisent ailleurs dans le monde. Ainsi, l’Afrique renferme dans son sol environ un tiers des réserves mondiales totales, tous minerais confondus. Et cette proportion est bien plus haute pour certains éléments parmi les plus stratégiques comme, de nouveau, le cobalt (50 %) ou le manganèse (85 %), selon le groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies. Les estimations pourraient même grimper, les campagnes d’exploration remontant dans certaines régions à plusieurs décennies.

En conséquence, ces dernières années ont vu les annonces d’investissements fleurir au sud du Sahara. La Zambie, deuxième producteur africain de cuivre, a, selon sa présidence, engendré plus de 10 milliards de dollars (environ 8,4 milliards d’euros) de promesses d’investissements. Des projets de longue date sortent enfin de terre, comme les mines du Simandou, en Guinée, dont une partie a été inaugurée en novembre 2025 après des années de travaux colossaux pour créer les infrastructures nécessaires. Ces ressources sont aussi au cœur de conflits. Début 2025, le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda a pris le contrôle dans une offensive éclair de vastes zones du Nord et du Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC, une région très riche en coltan – les mines de Rubaya, désormais contrôlées par les rebelles, produisent à elles seules entre 15 % et 30 % de ce minerai stratégique à l’échelle mondiale.

« Meilleure compréhension »

Conscients de la forte demande des pays développés, les gouvernements africains producteurs – et il y en a beaucoup – se sentent parfois pousser des ailes. A Lusaka, capitale zambienne où le cuivre est érigé en outil de développement, Jito Kayumba, conseiller économique du président Hakainde Hichilema, est résolument optimiste. « Est-ce que nous tirons profit de manière adéquate de la course aux minerais ? La réponse est un oui catégorique », affirme le conseiller du président, qui visera une réélection cette année. Ce dernier a entamé une renégociation des contrats miniers dès son arrivée en 2021, rappelle M. Kayumba. Parallèlement, le gouvernement a mené une réforme fiscale après des années d’instabilité réglementaire ainsi qu’un programme de résolution des litiges « afin que le risque porté par les investisseurs soit respecté et que nous touchions notre juste part », explique M. Kayumba. Aujourd’hui, « nous gagnons plus, en impôts, en royalties, en dividendes. Si le kwacha zambien est l’une des monnaies les plus performantes au niveau mondial, c’est grâce aux entrées de devises. Tout ça c’est le cuivre », poursuit-il.

Chez Signal Risk, M. Ndhlovu confirme à l’échelle continentale une « meilleure compréhension » entre les majors minières et les gouvernements, après des décennies de relations parfois caricaturales, marquées notamment par l’héritage colonial et le manque de confiance. Même s’il reste du chemin à parcourir. « Beaucoup de ces négociations ne sont pas parfaites, toutes ne sont pas équitables, mais elles vont dans la bonne direction », note l’analyste, citant notamment les progrès lents dans la transformation locale, la faiblesse des institutions face aux pollutions environnementales et au droit du travail ou encore l’enjeu persistant de la corruption, qui détourne la manne minière « de l’homme et de la femme de la rue ».

Du point de vue des entreprises, le renforcement de la production d’électricité – dont les mines sont très gourmandes pour alimenter les machines, broyer le minerai, pomper les eaux souterraines… –, mais aussi l’extension du réseau routier restent indispensables. L’instabilité politique, dans certains pays, est aussi pour eux un facteur de risque. En témoigne l’épique conflit entre le canadien Barrick Gold et le gouvernement militaire du Mali, tout au long de l’année 2025. Ou, au Niger, le feuilleton de la Somaïr, filiale du français Orano nationalisée par la junte militaire en juin.

Depuis le début de l’année 2025, et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, cette effervescence est marquée à la fois par une agitation renouvelée et par des questions sans réponses. L’une des grandes inconnues concerne le « volet minier » de l’accord de paix conclu fin juin à Washington, entre la RDC et le Rwanda, pour mettre fin au conflit. Ce volet devrait permettre à des sociétés américaines de récupérer l’exploitation de mines congolaises ou d’en ouvrir de nouvelles. Mais les contours de ce plan, eux, ne se précisent qu’au compte-gouttes. Et sur le terrain les hostilités continuent.

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