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[pompé sur l’usinenouvelle]

Géothermie, hydrogène, maîtrise des ressources minérales… Alors que les usages du sous-sol se diversifient, les écoles d’ingénieurs adaptent leurs formations pour répondre à de nouveaux défis.

Quatre fois plus d’ici vingt ans : voici comment devrait évoluer la demande en métaux à destination des équipements énergétiques pour respecter l’accord de Paris, selon l’Agence internationale de l’énergie. Pour le lithium, la demande serait même multipliée par 42. La transition énergétique passera donc par le sous-sol. Pour ses métaux, mais également pour la géothermie, l’exploitation d’hydrogène naturel ou encore pour le stockage géologique, de dioxyde de carbone notamment.

Pourtant en France, au niveau ingénieur, une petite poignée d’écoles seulement forme à ces sujets et les promotions sont de l’ordre de quelques dizaines d’étudiants. Résultat, «les entreprises exploitantes du sol et du sous-sol peinent à recruter des géoscientifiques, observe Thibaut Heimermann, directeur général du pôle de compétitivité Avenia, représentant la filière industrielle du sous-sol. Ces métiers ont une image erronée auprès des jeunes, qui imaginent qu’il s’agit uniquement de l’exploitation des ressources fossiles.»

L’ère des mines de charbon est bien dépassée et bien que le pétrole et le gaz restent des filières majeures avec de vastes projets internationaux, de nouveaux projets émergent, à l’échelle des territoires, en faveur de la transition énergétique tant pour les matériaux critiques que pour les nouvelles énergies. «Aujourd’hui, un million de Franciliens sont chauffés grâce à la géothermie, reprend le directeur général. Nous sommes au cœur d’une transformation majeure dans laquelle les jeunes auront un rôle crucial à jouer.»

Des compétences historiques au service de la transition

Alors que l’utilisation du sous-sol évolue, les écoles d’ingénieurs s’adaptent. Nul besoin de réinventer les formations, des ajouts peuvent suffire. «Le socle de compétences techniques reste le même, il peut s’adapter à différents domaines d’application, explique Olivier Lengliné,directeur des études de l’école de géophysique EOST, à Strasbourg (Bas-Rhin). Par exemple, la sismologie peut servir à trouver un réservoir de pétrole, mais aussi à identifier des zones propices à l’exploitation de la géothermie.»

Pour accompagner ces évolutions, les écoles s’appuient sur leurs enseignants-chercheurs, dont les travaux explorent justement ces nouveaux champs d’application. L’exploitation des minerais, bien que quasiment à l’arrêt en France aujourd’hui, reste un sujet d’avenir, particulièrement dans le cadre de l’électrification de la mobilité. L’École des Mines de Paris, qui formait historiquement des ingénieurs miniers, est aujourd’hui dite généraliste, mais propose encore une option «sous-sol», rebaptisée depuis quelques mois «ressource minérale pour les transitions». «Nous visons à former des acteurs éclairés : la question de l’épuisement de la ressource, de la souveraineté, et la compréhension des enjeux sociaux de ces activités sont fondamentales», explique Damien Goetz enseignant chercheur et responsable de l’option au sein de l’école. La question des ressources secondaires, issues du recyclage ou de sous-produits d’exploitation, est par exemple un thème-clé abordé en classe.

Des promotions modestes, mais motivées

Malgré la transformation progressive des métiers de l’exploitation du sol et du sous-sol, chez les jeunes, les a priori restent nombreux. L’École Nationale Supérieure de Géologie (ENSG) de Nancy, qui compte une centaine d’étudiants par promotion, explique ne pas avoir de difficulté de recrutement à ce jour. Cependant, «si demain, nous devions doubler la taille de la promotion, je ne suis pas certaine que cela soit possible, note Judith Sausse, directrice de l’établissement. Des actions de sensibilisation doivent continuer pour montrer nos métiers, et continuer d’attirer les jeunes.» Néanmoins, les étudiants qui intègrent une école d’ingénieurs spécialisée en géosciences ne le font pas par hasard : à l’ENSG, 83% des intégrés de 2024 ont choisi cette école en premier vœu. Quand ils font leur rentrée, leurs attentes sont nombreuses : «ils arrivent avec des caricatures, sont parfois très critiques, mais ont envie d’être acteurs de la transition écologique et énergétique», reprend la directrice.

Pour l’heure, bien que les nouvelles énergies liées au sous-sol, comme la géothermie, le stockage d’énergie ou l’hydrogène blanc, progressent rapidement, les écoles n’ont pas prévu d’augmenter significativement la taille de leurs promotions. Elles restent néanmoins attentives aux projets susceptibles de se concrétiser en France et d’entraîner une forte demande de main-d’œuvre qualifiée. Parmi eux figurera peut-être le projet de mine de lithium dans l’Allier, porté par Imerys, qui pourrait entrer en exploitation d’ici à quelques années. Parallèlement, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a lancé en février 2025 un nouveau programme national d’identification des ressources minérales françaises.

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