[pompé sur reporterre]
Reins, thyroïde, troubles de la fertilité masculine, malformations fœtales… La dangerosité du lithium, utilisé dans la fabrication des batteries et certains médicaments, se confirme. Le 16 avril, l’Anses a rendu public un avis sur les effets néfastes de ce minerai et de trois de ses sels — carbonate, chlorure et hydroxyde de lithium — sur la santé. Elle recommande leur classification comme « substance extrêmement préoccupante », perturbateur endocrinien et toxique pour les organismes aquatiques dans le règlement européen CLP (classification, étiquetage et emballage).
L’Agence de sécurité sanitaire rapporte des atteintes aux reins, à la thyroïde et des atteintes cardiovasculaires. Le lithium provoque aussi des atteintes aux organes sexuels, à la production de spermatozoïdes et à l’équilibre hormonal des animaux mâles, ce qui « suggère des effets sur la fertilité masculine », estime l’Anses.
Enfin, les traitements au lithium (qui concernaient en 2009 en France quelque 80 000 patients notamment atteints de troubles bipolaires) favorisent la survenue de malformations congénitales. « Par ailleurs, les données montrent que le lithium a des effets toxiques pour différents organismes aquatiques, notamment les poissons, les invertébrés, les algues et les amphibiens, y compris lors d’expositions chroniques », indique l’agence dans son communiqué.
Travailleurs exposés
Sur la base de cette revue de littérature et en plus du nouveau classement du lithium, l’Anses a proposé trois valeurs toxicologiques de référence (VTR) pour des expositions chroniques (orale, respiratoire et sanguine) [1]. La plupart des études ayant été menées sur l’exposition au lithium sous forme de médicament, elle préconise de nouvelles recherches sur les conséquences d’une exposition environnementale et une surveillance et une protection accrues des travailleurs exposés.
Actuellement, 3 000 personnes travaillent dans des usines de batteries en France, avec un objectif de 13 000 emplois d’ici 2030. Par ailleurs, le groupe Imerys porte un projet de mine de lithium controversé à Échassières dans l’Allier, et plusieurs permis de recherche ont été accordés pour des projets miniers dans le Bas-Rhin et la Haute-Vienne. Dans le monde, la course au lithium assoiffe de nombreux villages et paysans, comme en Bolivie.
En décembre 2019, déjà, l’Anses proposait à l’Echa, l’Agence européenne des produits chimiques, une classification CLP pour trois sels de lithium comme toxiques pour la reproduction. À ce stade, la classification est en cours d’examen au niveau européen, sans décision définitive.