Dans le Grand Nord, 225 jours de zad et une mine de cuivre bloquée

[pompé sur reporterre]

En Norvège arctique, des activistes ont bloqué la mine de cuivre de Nussir, avant de mettre fin au camp climat qu’ils y avaient érigé depuis des mois. Ils dénoncent l’accaparement polluant de terres autochtones Sámies.

Clap de fin pour la zad la plus arctique du monde. Le camp climat du Repparfjord, à deux heures du cap Nord, vient de toucher à sa fin, après 225 jours d’existence. Établi par un mouvement de jeunesse écologiste norvégien pour protester contre la mine de cuivre Nussir, il était devenu une expérience unique. Le long des rives d’un fjord aux eaux cristallines, des dizaines de jeunes activistes écolos et autochtones sámis démontent des lavvos, tentes traditionnelles en cuir de renne, enfoncées dans une neige épaisse.

« Cela me brise évidemment le cœur de démonter notre camp, où nous avons passé tant de temps. Mais les moyens manquent, et le lieu reculé en rendait l’entretien difficile », explique Symre Johane Aaargaard, 21 ans, l’une des organisatrices et membres du conseil central de Natur og Ungdom, organisation de jeunesse écologiste norvégienne qui en gérait l’organisation et le financement. Des coups de couteau et de hache résonnent pour déloger les structures de la glace qui les recouvre, alors que les températures frisent les -10 °C.

Depuis juin, le camp avait été habité par de petits groupes d’activistes se relayant dans le Grand Nord, vivant dans ces tentes chauffées par de petits poêles à bois et dormant sur des peaux de rennes. De cette base opérationnelle, ils et elles avaient lancé des actions de désobéissance civile pour bloquer la mine de Nussir, opérée par un consortium norvégien, canadien et étasunien.

« Le forage a commencé en juin, sans même les autorisations nécessaires, sans l’accord des éleveurs de rennes sámis et sans évaluation environnementale valable », ajoute Symre, qui était parmi les premières à se mobiliser pour tenter d’entraver les explosions dans le cœur de la montagne — et le dumping des déchets miniers dans le fjord.

La plus grande mobilisation depuis 40 ans

Pour marquer la fin du camp, les activistes ont réussi un coup de maître : acheminer une centaine de personnes depuis la Norvège, l’Europe continentale et même d’Amérique latine vers Nussir, dont elles ont bloqué plusieurs entrées, samedi 24 janvier. Cette action coup-de-poing contre la mine la plus nordique d’Europe « n’est rien de moins que la plus grande mobilisation dans la Finnmark [comté le plus arctique du pays] depuis le conflit d’Alta dans les années 1970 [1] », se réjouit Ánddá Eriksson, activiste Sámi venu de la Suède voisine pour participer au camp et à l’action.

Cette fois-ci, la police locale, débordée par l’ampleur du blocage, a choisi de ne pas intervenir. C’est donc dans le calme et la bonne humeur, sous une neige pluvieuse, que les activistes ont décidé par eux-mêmes de lever le camp, après des prises de parole d’éleveurs de rennes et de pêcheurs sámis.

Le lendemain, la mobilisation a continué avec des concerts et discours dans l’école de la commune de Kvalsund, où s’était aussi établi le gros des activistes arrivés par bus depuis le sud de la Norvège et de l’Europe.

« Un jour historique pour les droits des Sámis, pour notre culture et pour notre cause »

« Comme lors d’Alta, aujourd’hui est un jour historique pour les droits des Sámis, pour notre culture et pour notre cause, ajoute Ánddá Erikssen, qui vient d’une famille d’éleveurs de rennes. Quelle que soit l’issue au Repparfjord, cette mobilisation nous a réunis, Sámis de différents pays, avec des Norvégiens et des internationaux. C’est un précédent historique. »

C’est que les Sámis, un peuple autochtone de 80 000 personnes réparties entre trois pays scandinaves et la Russie, souffrent de fléaux similaires : expropriations, projets miniers, éoliennes, expansion de zones militaires, racisme ordinaire et exclusion économicopolitique. Leur lutte de longue haleine pour la reconnaissance des droits autochtones continue.

Pour « sauver le Repparfjord », des recours juridiques sont encore en cours, et de futures actions en train d’être prévues. « On veut maintenant concentrer nos actions là où on sera entendus, plus proche des décideurs politiques et économiques, à Oslo par exemple », annonce Symre.

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