Hambach (Allemagne) : sabotage de stations de pompage de la mine de lignite

[pompé sur sansnom]

Traduit de l’allemand de de.indymedia, 15 janvier 2024

Plusieurs stations de pompage de la mine de lignite à ciel ouvert de Hambach, qui captent les eaux souterraines et en privent les forêts de Sündi et de Hambach, ont été sabotées. L’exploitant de la mine, RWE, a arrêté aujourd’hui les stations détruites. L’occupation de la forêt de Sündi continue, et n’est pas encore expulsée ! La porte est ouverte pour ceux qui luttent contre l’État, le capital et l’écocide ! Tout continue !


L’appel initial : tous à Sündi  !
(traduit de l’allemand de de.indymedia, 3 janvier 2025

Une fois de plus la machine monstrueuse frappe à notre porte ! Le plus grand trou d’Europe – la mine à ciel ouvert de Hambach – s’agrandit de jour en jour. Une… petite forêt, que nous appelons « Sündi » (qui faisait autrefois partie de la forêt de Hambach) se trouve désormais sur leur route (juste à côté des ruines du village de Manheim, que le géant du charbon RWE a déjà rayé de la carte).

Depuis septembre 2024, le bois de Sündi est occupé ! Là où la mine de charbon dévoreuse du monde est sur le point de s’étendre, une zone autonome a émergé, barrant le chemin à l’expansion de la mine et au système de mort qui l’anime. A présent nous arrivent la nouvelle que l’État souhaite expulser le bois de Sündi, certainement le 6 janvier.

Nous appelons tou-te-s celleux qui lisent cela à venir MAINTENANT au Sündi !!! Ou si vous voulez, venez chez nous dans la forêt de Hambach qui se trouve juste à côté, et qui va peut-être aussi être assiégée par les flics. Partagez les infos avec vos ami-e-s, choppez une tente et rejoignez un de nos endroits ! Ou faites des actions de solidarité où que vous soyez !

Nous envoyons amour et rage à nos ami-e-s à Dieti et Grünheide qui ont été expulsées ! Maintenant l’État tente d’expulser le Sündi – ne permettons pas que trois expulsions aient lieu en si peu de temps ! Transformons la tentative d’expulsion en cauchemar pour l’État et ses sbires !!!
Pas de compromis avec le Pouvoir ! Pas un pas de plus … pour l’expansion industrielle
En solidarité avec tou-te-s celleux qui luttent contre la domination

Quelques créatures vivant dans la forêt de Hambach (Hambi)

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Du pain et des parpaings – No minara 2

Voici l’épisode #22 de l’émission « Du pain et des parpaings » de Radio Pikez à Brest.

Après la dernière émission où nous avons été à Glomel (22) et rencontré deux membres du collectif Mine de rien qui s’oppose à l’extension de la mine d’Imerys, nous poursuivons avec cette 22ème émission sur le sujet de l’extractivisme minier.

En compagnie de Dominique Williams qui suit de près ces dossiers au sein de l’association Eau et Rivières de Bretagne, nous creusons le sujet : quelles logiques sous-tendent l’intensification de l’activité minière dans le monde et son renouveau en France métropolitaine ? Une mine responsable et durable est-elle possible ?

Nous irons en Ariège où Jacques Renoud nous raconte leur combat contre la réouverture de la mine de tungstène à Couflens et la saga judiciaire face à Variscan Mines. Et en Bretagne, Dominique Williams nous parle des nouvelles prospections minières et des actions qu’Eau et Rivières de Bretagne met déjà en place pour les contrer.

Voici le lien pour écouter et télécharger l’émission : https://hearthis.at/radiopikez/set/du-pain-et-des-parpaings/

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Au Canada, « la mine est un instrument de torture colonial »

pompé sur médiapart

Au Canada, « la mine est un instrument de torture colonial »

Alors que les projets miniers se multiplient au Canada, menaçant les terres autochtones, certains membres des Premières Nations organisent la lutte face aux entreprises extractivistes et aux gouvernements.

Celia Izoard

MontréalMontréal (Canada).– « La meilleure chose à faire pour le climat, c’est de laisser respirer ces terres », a déclaré Rick Cheechoo après un silence. Sur la carte du Canada épinglée au mur, il les indique en posant délicatement la main sur la zone concernée, comme s’il auscultait un poumon. Pour passer quelques jours de novembre dans ce centre communautaire de Montréal, Rick et d’autres membres de la Première Nation crie ont parcouru 1 400 kilomètres depuis les rives de l’Arctique.

Le nord de la province canadienne de l’Ontario, où ils vivent, abrite l’un des deux plus grands complexes de tourbières au monde. Ces « terres respirantes », comme on les appelle en langue crie, sont le territoire ancestral de neuf Premières Nations différentes qui y pratiquent la trappe (c’est-à-dire le piégeage), la pêche et travaillent le bois. Mais depuis la découverte en 2007 de gisements de nickel, de palladium et de cuivre, il a été rebaptisé « Ring of Fire » par les entreprises minières qui y détiennent des dizaines de permis d’exploration.

Comme le nickel peut servir à la fabrication de batteries et le cuivre à toutes sortes d’usages électriques, le projet prétend opportunément extraire des « minéraux critiques pour la transition ». Pourtant, il nécessite de construire une route de 500 kilomètres et menace un gigantesque puits de carbone naturel comparable aux forêts tropicales, dont la destruction relarguerait de grandes quantités de méthane.

 © Photo Paul Comeau

Selon un groupe de recherche de l’Université Laurentienne de Sudbury, le drainage des tourbières du nord de l’Ontario libérerait dans l’atmosphère l’équivalent des émissions annuelles de 39 milliards de voitures. « Bien sûr, une mine ne va pas tout détruire d’un coup, nuance Louise Nachet, doctorante à l’Université Laval (Québec) sur les enjeux extractifs. Mais une fois la route construite, les écosystèmes risquent d’être menacés par d’autres projets. »

Demande en métaux exponentielle

À Montréal, dans la grande salle du Centre St-Pierre qui bruisse de cris d’enfants et de bavardages, la carte du continent est couverte de points colorés, un pour chacune des localités représentées cette année aux rencontres du Western Mining Action Network, un réseau nord-américain de « communautés affectées par l’extraction minière oji ». La majorité de ces communautés sont des Premières Nations : Algonquins de l’Ontario, Attikameks de Haute-Mauricie, Ojibwés des Grands Lacs…

Toute la journée, dans ces ateliers, on parle de stratégie, de climat, de la santé des caribous. Et on pleure, parfois, comme cette oratrice qui vient d’apprendre que l’unique point d’eau de sa communauté est pollué aux métaux lourds.

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Si les peuples autochtones du Canada – cinquante Premières Nations, ainsi que les Inuits et les Métis – sont confrontés aux industries extractives depuis l’arrivée des Européens, les projets d’extraction de graphite, de lithium, d’uranium ou d’or se multiplient. La demande en métaux est exponentielle, portée par l’industrialisation des Brics, le secteur du numérique, la mise en production de milliards de batteries automobiles et la militarisation globale. Pour soutenir la guerre commerciale des puissances occidentales face à la Chine, le Canada a réaffirmé sa vocation de superproducteur de ressources. Dans les seules provinces du Québec et de l’Ontario, plus de 700 000 permis de recherche ont été accordés, tous en territoires autochtones.

Des métaux pour les industriels français et européens

En cette fin novembre, au congrès Mines + Energie de Québec, le ministère des ressources naturelles réunissait les entreprises minières autour de l’ambition du Québec de devenir le « chef de file mondial en matière de minéraux critiques et stratégiques ». Pour la deuxième année consécutive, on pouvait y croiser un envoyé de Matignon, Benjamin Gallezot, délégué interministériel à l’approvisionnement en minerais et métaux stratégiques (Diamms). En octobre 2023, la France a signé un accord de coopération bilatéral avec le Canada, puis une « déclaration d’intention » avec le Québec sur « les métaux critiques indispensables à la transition énergétique et numérique ». Au printemps 2024, un accord a été conclu avec la province du Saskatchewan pour l’achat d’uranium destiné aux centrales nucléaires.

Le gisement du projet Strange Lake est hautement radioactif, et toutes les communautés qui ont des droits sur ces terres y sont opposées.

« Plusieurs projets au Canada intéressent beaucoup les industriels français et européens », a déclaré le Diamms à la tribune, par exemple, « des terres rares pour approvisionner l’usine Solvay de La Rochelle ». Le géant européen de la chimie a créé en 2022 une nouvelle unité de production d’aimants permanents de haute technologie destinés à l’électronique, aux véhicules électriques, aux drones et aux éoliennes. Les matières premières dont elle a besoin sont le néodyme, le praséodyme, le terbium – des terres rares dont la production est particulièrement polluante. Au Québec, un projet de production baptisé « Strange Lake » a été lancé par l’entreprise canadienne Torngat Metals à 1 000 kilomètres au nord de Montréal, sur la Côte-Nord.

 Infographie Torngat Metals

C’est justement de là que venaient les délicieux homards frits mangés la veille, au Centre St-Pierre de Montréal : c’est un Innu de Sept-Îles, Roger Michel, qui les a pêchés. Dans les années 2010, avec sa communauté et un groupe de médecins, il s’est battu avec succès contre la création de mines d’uranium au nord du Québec. Aujourd’hui, Torngat Metals compte exploiter un gisement de la même zone, cette fois pour en extraire des terres rares.

« Ce gisement est hautement radioactif, et toutes les communautés qui ont des droits sur ces terres sont opposées au projet Strange Lake – les Innus, les Inuits et les Naskapis », a expliqué Marc Fafard, un ancien ingénieur, qui vit parmi les Innus depuis trente ans et travaille comme consultant juridique auprès des communautés autochtones. Le projet de mine, lui aussi présenté comme « indispensable à la lutte contre le changement climatique », est situé près du lac Brisson où plusieurs communautés chassent le caribou et pêchent une partie de l’année.

Pour le raffinage du minerai, une usine serait construite sur la Côte-Nord, dans la zone industrielle de Sept-Îles, juste à côté de la réserve de Uashat où vivent 1 500 personnes. Ces Innu·es, encore nomades il y a quelques décennies, ont déjà payé un lourd tribut à l’extraction minière. En 1949, ils ont été sédentarisés de force dans cette réserve pour permettre la mise en exploitation d’une mine de fer située à 300 kilomètres de là.

Traumatisme colonial

La raffinerie de Torngat Metals se trouverait à quelques centaines de mètres de la réserve. Elle concentrerait mille tonnes de terres rares par jour au moyen d’acides et de solvants, ce qui générerait des millions de tonnes de résidus radioactifs. Ce bassin toxique d’un kilomètre carré se trouverait aussi « à proximité du lac des Rapides où la ville puise maintenant notre eau potable, puisque toutes les autres nappes phréatiques sont contaminées par l’industrie », détaille Marc Fafard. Malgré l’opposition de la majorité des habitant·es, un fonds de l’État fédéral « pour l’infrastructure des minéraux critiques » vient d’attribuer au projet une subvention de 10 millions de dollars canadiens.

Les entreprises s’appuient sur le traumatisme des communautés autochtones pour avancer leurs projets.

Le Canada s’est engagé depuis une vingtaine d’années dans une politique nationale de « réconciliation » vis-à-vis des peuples autochtones. En 2008, le pays a présenté des excuses officielles pour le « génocide culturel » qu’a constitué le système des pensionnats, clé de voûte du système colonial. Entre 1894 et le milieu des années 1990, les enfants autochtones ont été systématiquement enlevés à leurs familles dès 6 ou 7 ans et placés dans des pensionnats religieux. Les élèves y étaient punis s’ils parlaient leur langue et ont souvent subi des violences physiques et sexuelles. Des milliers d’entre eux, morts de malnutrition et de mauvais traitements, n’en sont jamais revenus.

© Photo Paul Comeau

« Les addictions, les suicides d’adolescents, les violences… énumère Elysia Petrone, avocate d’origine ojibwée basée à Thunder Bay, au bord du lac Supérieur. Ce que nous vivons dans les réserves résulte en partie de ce traumatisme intergénérationnel. À cause de tous ces problèmes, les communautés renoncent souvent à lutter contre les projets miniers, poursuit cette membre de Mining Watch Canada venue assister à la rencontre au Centre St-Pierre. Les entreprises s’appuient sur le traumatisme des communautés autochtones pour avancer leurs projets. »

Le titre autochtone

La Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît l’existence d’un titre autochtone (on parle aussi d’un titre aborigène) sur des terres, lorsque les Autochtones occupent des territoires que leurs ancêtres habitaient lors du contact avec les Européens, qu’un principe de continuité peut être établi entre l’occupation première et actuelle, et que ce titre n’a jamais été cédé de quelque façon que ce soit. Le titre autochtone est un droit territorial collectif et inaliénable, sauf par le gouvernement fédéral. En d’autres termes, il constitue un droit ancestral, mais différent des autres droits ancestraux également reconnus par la Loi constitutionnelle, car il comporte un droit d’utilisation qui ne se limite pas à des usages traditionnels.

En théorie, le Canada respecte la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007) : un projet minier ne peut être réalisé sans leur « consentement préalable, libre et éclairé ». Mais « le système du free mining, qui date des ruées vers l’or du XIXsiècle, contrevient directement à ce principe », explique Rodrigue Turgeon, avocat et porte-parole du réseau Pour que le Québec ait meilleure mine. En un clic, n’importe quelle entreprise peut obtenir un permis d’exploration sur un territoire sans même en avertir les communautés détentrices de droits. Ce permis lui permet de construire un camp, de réaliser des forages et d’autres activités de prospection. Rodrigue Turgeon qualifie ce régime minier d’« instrument de torture colonial ».

Les Algonquins du lac Barrière font partie des rares Premières Nations à avoir trouvé les moyens de se défendre, avec l’appui du Centre québécois du droit de l’environnement. Le 18 octobre dernier, la Cour suprême leur a donné raison contre le gouvernement du Québec, qui avait attribué des permis d’exploration sans les consulter. Cette jurisprudence pourrait aboutir à invalider rétrospectivement des dizaines de milliers de permis attribués selon la même procédure en un clic. Mais le 4 décembre, le gouvernement a fait appel de cette décision. Une situation emblématique de l’ambivalence de l’État canadien, dont les ambitions extractivistes contredisent le repentir colonial.

Actions autochtones pour le climat

En 2015, dans son rapport sur le système des pensionnats, la Commission de vérité et réconciliation concluait que cette réconciliation nécessitait de « reconnaître les torts qui ont été causés, d’expier les causes et d’agir pour changer les comportements ». Le Canada peut-il « expier les causes » tout en cherchant à devenir un « fournisseur mondial de métaux critiques » ? « Les pensionnats étaient une manière pour les colonisateurs de s’approprier les terres, rappelle Donna Ashamock, membre de Mining Watch Canada, installée dans la communauté crie de Kitchenuhmaykoosib Inninuwug (« le lac de la grosse truite »), au nord de l’Ontario. Déraciner les enfants autochtones servait à faire place nette pour les activités extractives : mines, industrie forestière, barrages. Je ne peux pas me réconcilier avec le colonisateur s’il ne démonte pas sa propre maison. Et l’extraction de ressources est le pilier de sa maison. »

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Au Canada, des autochtones se réapproprient leur territoire perdu

Donna Ashamock fait partie d’Indigenous Climate Action, un réseau d’entraide « ancré dans les communautés et porté par la jeune génération » qui s’organise avec des peuples premiers du monde entier. Ce réseau valorise les pratiques de subsistance autochtones face à la catastrophe écologique et récuse les ententes « Répercussions et avantages » proposées aux Premières Nations par les entreprises minières. « La mine apporte une vie où l’on ne peut plus boire l’eau des lacs et pêcher, où les animaux sont malades, conclut-elle. Une vie où on doit tout acheter, il n’y a rien de plus fragile. Si nous conservons l’eau, les terres et la biodiversité, il nous restera quelque chose pour résister au changement climatique. »

Celia Izoard

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émission de radio

Une nouvelle émission sur « Du pain et des parpaings »

Cette émission nous parle de la
« carrière » de Glomel, dans le centre-bretagne, à écouter sur :
https://hearthis.at/radiopikez/dpedp21-nominaran-1/

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Les « minerais de sang » du numérique, clé de la guerre en RDC

[pompé sur reporterre]

Au Congo, le mouvement armé M23 soutenu par le Rwanda s’est emparé de la ville de Goma, capitale d’une province riche en minerais stratégiques. Indispensables aux smartphones, ils alimentent ce conflit meurtrier et écocidaire.

C’est un tournant dans la guerre qui ravage l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis trente ans. Dimanche 26 janvier, des combattants du Mouvement du 23 mars (M23), un groupe armé antigouvernemental, appuyés par 3 000 à 4 000 soldats rwandais, sont entrés dans Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu où vivent un million de personnes.

Au cœur de ce conflit, les « minerais de sang » — coltan, nickel, étain et or — indispensables à la fabrication des équipements électroniques et notamment des smartphones. Reporterre fait le point avec Fabien Lebrun, chercheur en sociologie et auteur de Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté (L’Échappée, octobre 2024).


Reporterre — Quel est le lien entre le conflit à l’est de la RDC et les minerais utilisés pour fabriquer nos smartphones ?

Fabien Lebrun — Au cœur de cette guerre se trouvent les minerais de sang, aussi appelés minerais de conflits : le coltan, le nickel, l’étain et l’or. Le coltan est transformé en tantale, indispensable à la fabrication des condensateurs pour smartphones : sans ce métal très résistant à la chaleur et à la corrosion qui permet la miniaturisation des composants, les téléphones chaufferaient tellement qu’ils pourraient prendre feu. Or, les deux tiers des réserves mondiales de coltan se trouvent dans et à l’est du Congo. L’Afrique des Grands Lacs — Congo et Rwanda confondus — en assure la moitié de la production mondiale.

L’est du Congo est également riche en cassitérite, dont provient l’étain indispensable pour les soudures des circuits électroniques ; en wolfram, ou tungstène, qu’on retrouve dans les vibreurs et les haut-parleurs des téléphones portables ; et en or, dont l’industrie numérique siphonne 10 % de l’extraction mondiale pour la fabrication de ses cartes mères et ses circuits imprimés. Depuis la première guerre de 1996, ces minerais occupent une place dans ce qu’on peut appeler une économie de guerre, une économie militarisée qui perdure à ce jour.

Depuis avril dernier, les rebelles du M23 contrôlent la zone minière de Rubaya, qui fournit 15 % du coltan mondial. Quel intérêt stratégique y trouvent-ils ?

En contrôlant administrativement la zone, le M23 peut élaborer tout un système de taxes et ainsi financer le conflit. D’après un rapport de l’ONU, le groupe exporte désormais 120 tonnes de coltan par mois et les taxes qu’il prélève sur la production lui assurent un revenu d’environ 800 000 dollars mensuels. D’un point de vue économique et financier, les intérêts sont importants.

Des mineurs dans le Nord-Kivu, en RDC. Sasha Lezhnev / CC BYNCND 2.0 / Enoughproject via Flickr

Le M23 est soutenu par l’armée rwandaise. Depuis plusieurs années, le président de la RDC Félix Tshisekedi accuse le Rwanda de convoiter ses ressources en minerai. Quel rôle ont ces ressources dans l’aggravation des tensions géopolitiques dans la région ?

Ces métaux sont, si ce n’est la principale cause, au moins un déterminant important dans l’instabilité de la région des Grands Lacs. L’exploitation et la commercialisation de ces minerais de sang structurent l’économie, l’industrie et la politique de la région. Elles produisent une rente qui enrichit les élites et favorise la corruption.

On parle beaucoup du Rwanda, plaque tournante pour ces minerais indispensables aux équipements électroniques, mais l’Ouganda et dans une moindre mesure le Burundi sont aussi dans le coup. L’État congolais lui-même est en partie responsable de la situation : 2 000 kilomètres séparent Goma de la capitale, Kinshasa, et les institutions étatiques y sont absentes.


Quelles sont les conséquences humaines et écologiques de l’industrie minière pour les habitants du Nord-Kivu ?

Depuis le milieu des années 1990, début de la révolution numérique, le coût humain et écologique de ce conflit autour des minerais de sang est démentiel. Avant même le regain de violence des trois dernières semaines, les analystes parlaient de plusieurs millions de morts, de 7 millions de déplacés dans des conditions terribles et de 4 millions de réfugiés qui ont fui le Congo. Près de 30 millions de Congolais sont en situation de malnutrition aiguë.

Au-delà du conflit, le bilan écologique est dévastateur. Les terres du Nord-Kivu, fertiles et qui auraient pu bénéficier à l’agriculture locale, ont été saccagées par les activités minières. L’air est pollué d’effluves toxiques.

« À certains endroits, il n’y a plus de vie aquatique »

L’industrie minière est aussi en partie responsable de la destruction de la forêt du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical mondial crucial dans la lutte contre le changement climatique. Les espèces en voie d’extinction qui y vivent — gorilles des montagnes, bonobos, rhinocéros — sont massacrés par les groupes armés qui contrôlent les activités minières.

Mais la première victime de l’extractivisme est l’eau, comme l’explique l’ingénieure à SystExt Aurore Stéphant. Cela se vérifie au Congo, avec des centaines de kilomètres de cours d’eau contaminés aux métaux lourds — plomb, cadmium, etc. Le fleuve Congo est touché, ainsi que les nappes phréatiques. À certains endroits, il n’y a plus de vie aquatique.

L’appétit des États occidentaux et des multinationales de la tech pour ces ressources n’est pas étranger à ce désastre…

Cela fait des décennies que la responsabilité de l’industrie numérique dans la déstabilisation de la RDC est pointée du doigt. Mi-décembre, le président de la RDC a porté plainte contre Apple pour recel de crime de guerre, blanchiment de faux et tromperie des consommateurs.

Déjà, en 2019, l’organisation internationale Right Advocates avait lancé une action collective contre Apple, Microsoft, Tesla, Google et Dell, qu’elle accusait de profiter du travail d’enfants dans les mines de cobalt congolaises. Malheureusement, la plainte n’avait pas abouti.

En 2016, Amnesty International et Afrewatch accusaient de grandes marques électroniques comme Apple, Samsung et Sony d’acheter du cobalt à des négociants s’approvisionnant dans des mines où travaillent des enfants.

En 2000, la flambée des prix du coltan, alimentée par la production de masse de la Playstation 2 de Sony, avait entraîné une ruée vers les activités minières à l’est de la RDC avec des conséquences très néfastes pour les communautés.

Or, les États appuient bien souvent ces multinationales. En février, Bruxelles et Kigali signaient un accord pour un approvisionnement « durable » de l’Union européenne en minerais critiques. Alors qu’on sait très bien que 90 % des minerais de sang qui sortent du Rwanda proviennent du Congo !


Peut-on parler de néocolonialisme ?

L’extractivisme est la pratique coloniale historique par excellence. Dès le XVIᵉ siècle, les conquistadors ont pillé l’or et l’argent des Amérindiens, qu’ils ont exterminés. Cet épisode a été un tournant pour l’enrichissement des États occidentaux et la naissance du capitalisme et de la mondialisation.

Les activités minières, polluantes, génératrices de conflits sociaux, d’usages des terres et de l’eau, étaient sorties de nos imaginaires. Mais depuis trente ans, on assiste à un regain de l’extractivisme pour alimenter la révolution numérique.

Il est évident que l’accord qui permet à l’Union européenne de piller la RDC en passant par le Rwanda est typiquement néocolonial. De même que la mainmise de la Chine sur le cobalt et le cuivre congolais. On pourrait parler de technocolonialisme.

Que faudrait-il faire pour aider la région du Nord-Kivu à s’apaiser ?

Nous ne pourrons pas diminuer la pression minière dans la région des Grands Lacs sans décroissance minérale et métallique. Pour être solidaires avec les Suds, il faudra forcément acheter moins et favoriser des appareils plus durables et mieux réparables.

Réduire notre demande en métaux rares va aussi impliquer d’avoir des outils moins rapides, moins performants. C’est tout notre quotidien numérique et la numérisation à marche forcée qui sont à revoir.

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Delémont (Suisse) : feu aux véhicules du collabo de la géothermie

[pompé sur sansnom]

Géothermie à Glovelier (Jura suisse)
Traduit de l’allemand de Barrikade, 21 décembre 2024

Tout devient électrique. Notre utilisation devient de plus en plus élevée. Les brosses à dents, les smart-homes, en passant par les voitures, les vélos, les trottinettes et, depuis peu, même les pantalons électriques sont censés nous permettre de gravir les montagnes. Donc toujours plus de confort, et toujours plus de consommation.

Nous nous trouvons désormais dans une situation délicate : il faut trouver de l’énergie propre. Mais d’où doit-elle venir ? Pour GeoEnergieSuisse et la Confédération suisse, apparemment du projet de fracturation dans le Jura suisse. Il s’agirait de « géothermie profonde pétrothermique » : forer à des kilomètres de profondeur dans la terre, pomper d’énormes quantités d’eau et de produits chimiques dans le trou, et produire ainsi de l’électricité pendant 10 à 15 ans, jusqu’à ce que le trou redevienne froid. Et ensuite ? Un nouveau forage ?

La terre n’est pas de l’Emmenthal [du gruyère] !
Mais le gouvernement fédéral et le reste de la classe politique sont têtus. Leur seul intérêt est le profit et que tout continue comme avant. Tout cela dans un délai court et en prenant des risques s’il le faut. Au diable l’environnement et la santé des gens.

Mais nous sommes contre ! Pour nous, il est clair qu’un changement est urgent. La question n’est pas de savoir comment les marchandises et la consommation de ressources continuent de tourner sur elles-mêmes. Notre question est : quand cela s’arrêtera-t-il ?
Notre comportement de consommation, la surproduction absurde ainsi que la consommation actuelle d’électricité doivent changer. Et la réponse à cette question ne peut pas être du FRACKING greenwashé !

Une visite a donc été effectuée à l’entreprise « Sitadel Sarl Delémont », qui s’est terminée par l’incendie de quelques voitures. D’une part pour se défendre, d’autre part pour lancer un appel à tous ceux qui en ont marre de ce projet insensé de géothermie à Glovelier.
Défendez-vous, protestez et sabotez !
La population dit depuis longtemps qu’elle ne veut pas de la « géothermie profonde pétrothermique » et tous les moyens légaux de s’y opposer ont été épuisés. L’État fait malgré tout avancer le projet. Il n’y a donc pas d’autre choix que d’agir nous-mêmes.

Cette attaque visait le bureau de planification du projet géothermique, mais ils ne sont pas les seuls impliqués. Il existe d’innombrables façons de se défendre et de saboter d’innombrables entreprises, car elles ont toutes des noms et des adresses.

Dans cet esprit, amusez-vous bien et faites attention à vous !
Soyons du sable dans les engrenages et bloquons-les !


Deux voitures d’une entreprise liée au projet de géothermie prennent mystérieusement feu
Le Quotidien Jurassien, 1er décembre 2024

Il était 4 h lorsque l’appel de la police a tiré Manuel Lachat de son lit, samedi matin: « Vous êtes bien le directeur de l’entreprise Sitadel? Vos deux véhicules ont pris feu. » Une heure plus tôt, c’est une automobiliste, voyant les flammes sur le parking devant ses locaux à l’entrée de Delémont, qui a donné l’alerte.

L’homme se rend sur place et constate de lui-même: les deux véhicules floqués au nom de son entreprise, un bureau de géomatique, sont bel et bien calcinés. Un détail le frappe immédiatement: ils ne sont pas côte à côte. Il y a une place entre eux, certes vide, mais qui représente près de trois mètres d’espace. Difficile pour le directeur de penser qu’un défaut technique aurait donné le feu à un engin, puis que la proximité l’aurait fait se propager à l’autre. Il s’agirait plutôt d’un acte malveillant, selon lui. La police l’enjoint à porter plainte et lui demande d’établir une liste des gens qui pourraient lui en vouloir.

Fortes pressions

Une fois l’acte administratif effectué, Manuel Lachat retourne sur les lieux du sinistre. L’odeur âcre du brûlé entoure toujours les bâtiments. Qui pourrait donc bien lui en vouloir au point d’incendier des véhicules? Manuel Lachat cogite, songe à des conflits financiers. Puis il considère les menaces qu’il a reçues en lien avec le projet de géothermie de Haute-Sorne.

Son entreprise est en effet chargée de dresser l’état des bâtiments à proximité du site et d’en répertorier chaque fissure avant le début du forage. « Je ne suis pas « avec » le projet. Mon entreprise a simplement été mandatée pour ce travail. C’était une contrainte imposée au promoteur, non une volonté de sa part. Les gens mélangent souvent les choses« , clarifie Manuel Lachat, qui dit faire, parfois, l’objet de fortes pressions dans ce cadre.

L’explication à ce mystérieux sinistre pourrait venir de là, convient-il, mais en précisant bien qu’il ne s’agit que d’une piste parmi d’autres et qu’il ne veut en aucun cas jeter de l’huile sur le feu dans un contexte déjà extrêmement sensible.

La police garde également toutes ses réserves à un stade précoce de l’enquête: « Rien ne confirme qu’il s’agisse d’un acte malveillant. » En attendant, Manuel Lachat estime les dégâts à plusieurs dizaines de milliers de francs. Du matériel professionnel se trouvait dans les véhicules qui ont brûlé.

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[Toulouse] Après-midi de discussions contre l’extractivsme

[pompé sur iaata.info]

Une après-midi de discussions contre l’extractivisme à l’Impasse (1 impasse Lapujade). Le premier Février à 14h. Discussions, infokiosque, goûter & repas.

Des personnes impliquées dans les luttes contre les projets de mines de lithium à Échassières dans l’Allier et à Barroso au Portugal viennent parler de leurs contextes. C’est un moment pour faire circuler des infos sur des endroits où des gent.es se bougent contre l’industrie minière, mais pas seulement. On a aussi pensé cette présentation comme un point de départ pour élargir la question et réfléchir au-delà des luttes spécifiques de sites. Suivra donc différentes discussions en parallèles autours de certains enjeux liés au boom minier actuel.

Aujourd’hui le système industriel connaît une restructuration technologique et énergétique majeure. À l’heure de chaos climatiques, de tensions sociales et d’escalades guerrières de plus en plus explosives, les États et les entreprises misent sur cette mutation pour perpétuer le système sur lequel ils reposent et avec lequel ils nous asservissent. La « transition énergétique et numérique » ne signifie qu’une chose : aggravation du désastre industriel, colonisation de nouveaux territoires, extraction de nouvelles ressources, extension du contrôle social, empoisonnements, pollutions, militarisation… Elle est au cœur du projet de puissance des États contemporains, et ils se livrent une féroce compétition pour la première place du podium. À l’heure actuelle les États européens sont dans une phase d’insécurité vis-à-vis de leur approvisionnement en matières premières minérales, nécessaires à cette compétition technologique et militaire. Cet approvisionnement est pour eux un enjeux majeur. Cela se traduit évidement par une intensification de l’exploitation minière hors de l’Europe et dans ses anciennes et actuelles colonies. Mais on voit aussi de plus en plus de projets miniers, et d’infrastructures correspondantes, voir le jour sur le sol européen. Fort heureusement, tout le monde ne se résigne pas à voir la terre éventrée pour obtenir les matériaux de nos chaînes.

Cet après-midi se veut être un moment pour échanger autour de l’extractivisme, donner de la visibilité et du souffle à des luttes existantes, et imaginer des moyens de mettre des bâtons dans le roues de la mégamachine, sans chef.fes, sans représentant.es et sans compromis.

Bienvenue !

  • 14h : présentation des contextes et des luttes en cours à Barroso et à Échassières, par des personnes impliquées, notamment par des personnes du collectif Stop Mines 03.
  • Ensuite : discussions sur certains enjeux du boom minier actuel et des luttes qui s’y opposent
  • 19h30 : repas vegan à prix libre (on sait pas encore où les sous vont aller comme soutien, mais ce sera indiqué le jour J)
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La guerre du sous-sol – Le champ de bataille des matières premières

Le numéro  6 des cahiers anarchistes internationalistes Hourriya, « La guerre du sous-sol – Le champ de bataille des matières premières » a été rajouté à la documentation sous format PDF.

L’exploitation des matières premières constitue peut-être l’un des aspects matériels les plus crus du pouvoir au vu de la dévastation qu’elle provoque, mais elle révèle aussi profondément les rapports sociaux qui sont à la base de « cette marche du progrès ». Ces pages se focalisent en effet sur ses nerfs à vif, sur les racines par lesquelles coulent des substances dont la domination se nourrit pour continuer à s’étendre et à accroître sa puissance. Ces racines qui pénètrent profondément dans le ventre de la terre, qui chambardent la planète, l’intoxiquent, la surchauffent, la ravagent. D’innombrables êtres humains et non humains sont sacrifiés chaque jour — réduits en esclavage, empoisonnés, exterminés, tués par des armes toujours plus puissantes et sophistiquées — pour la possession de ces éléments du sous-sol, piliers fondamentaux de l’édifice mondial de l’exploitation. Si la machine dévastatrice est fortement dépendante de l’extraction du charbon, du gaz, du pétrole, des minerais,… cela donne lieu à des guerres, des conflits sanguinaires, mais aussi à des luttes et des révoltes aux quatre coins du globe.

Sommaire

Introduction
Des fleuves de sang, pétrole et déchets. Brève histoire de l’industrie énergétique
Dans les coulisses du négoce international
Le plan IIRSA. Infrastructure et dévastation en Amérique-Latine
Des cris de révolte entre les Andes et l’Amazonie
Détruire ce qui nous détruit, ici et ailleurs

 

 

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Breizh Ressources, la société minière la plus discrète de l’Ouest

[pompé sur splann!]

Trois permis exclusifs de recherches minières (PERM) ont été déposés en Bretagne par la société Breizh Ressources dans la plus grande discrétion. Ils concernent pourtant 42 communes et plus de 850 km². Malgré l’opacité qui entoure ce projet, les citoyens se mobilisent déjà largement pour empêcher le lancement des opérations.

• La start-up Breizh Ressources a déposé trois permis de recherches minières entre la Bretagne et le Maine-et-Loire entre juillet et octobre 2023. Mais l’information n’a été rendue publique que début 2024.
• Depuis, certaines associations, riverains et élus se mobilisent pour s’opposer aux explorations de potentielles futures mines. D’autres y voient une opportunité pour créer de l’emploi.
• Alors que le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie aurait dû donner son feu vert aux permis fin 2024, une nouvelle jurisprudence a ralenti la procédure.

C’est par hasard, en lisant le Journal Officiel du 10 janvier 2024, que Dominique Williams, spécialiste des mines à l’association Eau et rivières de Bretagne, tombe sur une information détonante : une société nommée Breizh Ressources a déposé, quelques mois auparavant, un permis exclusif de recherche minière (PERM) baptisé « Epona » dans quatre communes de sa région.

Cette start-up basée à Lorient et constituée spécialement pour l’occasion a pour unique actionnaire Aurania Resources, société canadienne immatriculée aux Bermudes, dirigée par Keith Barron, un géologue connu pour avoir découvert l’une plus grandes mines d’or au monde [lire « Un nouvel Indiana Jones à la recherche d’or en Bretagne].

Dominique Williams tire tout de suite la sonnette d’alarme et l’association envoie, dès le 16 janvier, un courrier à la préfecture du Morbihan pour avoir accès au dossier. Deux jours plus tard, la préfecture adresse un courriel aux collectivités locales pour les informer du dépôt du PERM : « Le vendredi 19 janvier, alors que j’étais de permanence, Jean-Paul Pallier et Stéphane Ansermet de Breizh Ressources sont venus me voir pour me présenter le projet », se souvient Élodie Le Floch, maire de Kervignac (56).

Le 22 février, une réunion avec le sous-préfet est organisée à la demande des élus pour détailler le dossier. « Nous étions surpris car la demande avait été déposée en juillet 2023 et nous n’avions eu aucune information jusqu’à cette date », s’étonne encore Michèle Dollé, maire d’Hennebont (56).

Même discrétion pour les deux autres PERM baptisés « Taranis » et « Bélénos », qui concernent une partie du Morbihan, de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique.

Jeannick Martel, adjointe à la mairie de La Chapelle-de-Brain (35) n’a découvert l’existence du PERM Taranis, qui concerne sa commune, qu’en juillet 2024 lors d’un conseil municipal. « La mairie avait reçu un mél de la préfecture pour l’informer du lancement d’une consultation publique. On s’est questionné sur le tempo : non seulement l’information était tardive, mais c’était en pleine période estivale et pendant les législatives. Les conditions n’étaient propices ni à la publicité du projet ni au débat », constate-t-elle.

Quant au permis Bélénos, déposé en octobre 2023, son existence a été médiatisée par un article de Ouest-France daté du 16 mai 2024, qui relatait le débat à ce sujet au sein du conseil Anjou Bleu Communautés.

Sur le papier, pas de quoi s’inquiéter selon l’étude d’impact

Que sait-on vraiment du dépôt de ces PERM, longtemps passés sous les radars des élus et de l’opinion publique ? À la lecture des dossiers, on apprend que le premier d’entre eux, nommé Epona, qui concerne quatre communes dans le Morbihan, et qui s’étend sur 51 km², a été déposé le 21 juillet 2023, alors que Breizh Ressources était encore en cours de constitution.

Le deuxième, Bélénos, a été déposé le 5 octobre de la même année. Il concerne deux départements, 18 communes et s’étend sur 440 km². Enfin, le troisième, Taranis, a été déposé six jours plus tard, il concerne deux régions, trois départements et vingt communes et couvre 360 km². Total : 42 communes et plus de 850 km² concernés, soit 17 fois la surface de Rennes.

Il s’agit d’une demande de permis d’exploration, c’est-à-dire que Breizh Ressources a repéré ces zones comme étant potentiellement intéressantes pour y exploiter du minerai, mais elle doit d’abord réaliser des études approfondies des sous-sols afin de savoir exactement ce qu’ils contiennent.

C’est pour cela que la société a déposé ces demandes de trois permis miniers pour trois et cinq ans renouvelables. « Un PERM donne un droit foncier sur les matériaux sans pour autant autoriser les travaux miniers. […] Il est caractérisé par une limite de durée, un périmètre limité, une liste de substances recherchées, la description des investigations envisagées et de leur enchaînement », précise le cabinet du ministre délégué chargé de l’industrie.

Les trois permis déposés par la « junior », terme qui désigne les entreprises d’exploration, ont un spectre assez large : elle part en quête de métaux stratégiques comme l’antimoine, le zirconium, les terres rares ou le tungstène, mais aussi de minerais plus classiques comme l’argent ou l’or.
Sur le papier, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. L’étude d’impact menée par le cabinet ENCEM, basé à Vénissieux, près de Lyon, établit que les techniques utilisées, telles que le prélèvement d’échantillon, l’utilisation d’un hélicoptère pour mesurer le champ électro-magnétique ou la pose d’électrodes dans les sols ne sont pas invasives et n’auront pas de conséquences néfastes sur l’environnement.

Et, de toute façon, il est très peu probable que les recherches soient fructueuses d’après Jean-Paul Pallier, le représentant de Breizh Ressources en France. D’après les nombreux témoins que nous avons rencontrés, qu’ils soient élus ou membres d’associations, Jean-Paul Pallier rassure sans cesse ses interlocuteurs en leur disant qu’il y a une chance très mince de trouver des minerais économiquement viables et qu’en conséquence, il ne faut pas s’alarmer. À ce propos, la société précise à Splann ! que seuls 1 % à 5 % des projets d’exploration aboutissent à l’ouverture d’une mine.

Dans un article de Ouest-France daté d’avril 2024, Stefan Ansermet, présenté comme l’un des dirigeants de la société Breizh Ressources aux côtés de Jean-Paul Pallier (alors qu’ils sont en fait le conseiller et vice-président d’Aurania Resources), conclut ainsi : « même si les mines ne sont pas exploitées, les générations futures sauront quelles ressources minérales sont présentes dans le sol ». Des recherches qui, au pire, seraient donc utiles à nos enfants et petits-enfants.

Contactée, Breizh Ressources insiste sur l’effort de communication qu’elle fournit pour garantir un « esprit de transparence ». La société liste les réunions avec les élus, les rencontres avec les associations : «  cette démarche a été menée individuellement, en groupes, et dans le cadre de réunions organisées avec la préfecture, bien que nos projets soient encore à un stade préliminaire et n’aient pas commencé ».

L’opposition des riverains : un cauchemar pour les entreprises minières

Cette communication peut aussi représenter un moyen de rassurer la population. L’opposition des communautés locales est le cauchemar des entreprises minières : elle peut ralentir les recherches en cours, attirer l’attention des médias, inquiéter les élus et, finalement, leur faire perdre beaucoup de temps et d’argent.

C’est sans doute la raison pour laquelle les sociétés minières aiment manœuvrer discrètement pour attirer le moins possible l’attention. Même si Breizh Ressources s’en défend : « la procédure et la communication autour des demandes de permis relèvent de l’État, et le calendrier est défini par les autorités, notamment la préfecture ».

Pour les trois PERM en question, Breizh Ressources est tombée sur un os : la vigilance de Dominique Williams à Eau et rivières de Bretagne et, dans la foulée, la mobilisation de nombreux habitants.

« Il faut se mobiliser dès maintenant pour prévenir les risques et empêcher une exploitation minière dans nos régions. Les PERM sont une menace sur nos territoires, car il n’y a pas d’exploitation minière ni d’après-mines heureuses », prévient Dominique Williams.

« En Ille-et-Vilaine, seulement 3 % des masses d’eau sont en bon état et ça chute à 2 % en Loire-Atlantique. Il y a peu d’eau souterraine et nous dépendons largement des eaux de surface. Or, avec le réchauffement climatique, nous sommes en vigilance sécheresse régulièrement. Les besoins en eau dans le cas d’une exploitation minière causeraient des dégâts irréversibles dans nos régions », abonde Pauline Pennober, animatrice Eau et rivières.

C’est pourquoi l’association s’est saisie du dossier dès qu’elle a pris connaissance du dépôt du PERM Epona en janvier 2024. Elle a communiqué sur son site, organisé des réunions d’information, rencontré les élus, sensibilisé la société civile sur le terrain ou via des webinaires (évènements en ligne, NDLR).

Surtout, elle a lancé une opération qui a déjà fait ses preuves. « Nous avons initié une campagne de refus d’accès aux propriétés. Les propriétaires de terrains où Breizh Ressources doit mener ses recherches, peuvent signer un formulaire en ligne où ils déclarent qu’ils en interdisent l’accès. Cela complique les démarches de prospection », explique Dominique Williams. Parallèlement, l’association suit de près la mobilisation citoyenne qui s’organise sur le terrain. Comme à Sainte-Anne-sur-Vilaine (35), concernée par le PERM Taranis.

« Tout est parti d’un groupe Whatsapp qui réunit des parents d’élèves. On a appris l’existence d’une consultation publique un jour avant qu’elle se finisse, raconte Olivier Lemoyne, peintre en bâtiment qui habite le village. On s’est rendu compte que la surface concernée par le PERM était énorme, mais que la société noyait le poisson en disant que c’était de la simple prospection sans conséquence. Nous avons décidé de faire des flyers et d’aller informer les gens sur le marché. Puis, nous avons organisé une réunion à Langon, en octobre 2024, où 250 personnes sont venues, dont la députée (NFP-LFI) d’Ille-et-Vilaine, Mathilde Hignet. Maintenant, nous essayons de constituer un réseau régional avec des groupes locaux dans les communes concernées. »

Même réflexe à La Chapelle-de-Brain (35) où, en juillet 2024, Jeannick Martel, adjointe à la mairie, découvrait simultanément le lancement de la consultation publique et le dépôt du PERM Taranis. Elle a alerté les élus sur le sujet, mais selon elle, ils ne semblaient pas inquiets : « Ils m’ont dit qu’il fallait laisser venir et qu’il y avait peu de chance qu’on trouve quelque chose ».

Les collectivités locales ne pèsent pas lourd dans le processus minier

L’association locale La Feuille n’est pas de cet avis. Elle s’est emparée du sujet en bénéficiant de l’expertise précieuse de Jean Baranger, qui a travaillé dans le secteur de la bijouterie de luxe, aujourd’hui retraité, et qui connaît bien les enjeux miniers.

D’après lui, la société Breizh Ressources, bien qu’elle ait étendu sa demande de permis à une vingtaine d’autres minerais, est prioritairement à la recherche d’or. « Quand on lit les dossiers, on se rend compte que les différents points mis en évidence sur les cartes concernent des gisements d’or. D’ailleurs, c’est logique : le cours de l’or a explosé ces dernières années. En 2021, le kilo était à 45.000 € et aujourd’hui, il atteint 75.000 €. À ce prix-là, ça vaut le coup de forer très profond. Avant, on creusait jusqu’à 300 mètres pour extraire des minéraux qui contenaient 2 g d’or par tonne. Maintenant, forer jusqu’à 600 mètres reste rentable ».

Malgré cette analyse, à laquelle adhérent de nombreux interlocuteurs, Breizh Ressources maintient s’intéresser à une variété de minerai : « Les permis d’exploration visent une recherche polymétallique. L’or, bien qu’un indicateur clé des systèmes hydrothermaux pouvant contenir d’autres métaux, n’est pas la cible principale de Breizh Ressources. La société s’intéresse à l’ensemble des minerais de ces contextes, notamment en vue de soutenir des filières industrielles stratégiques ».

Quel que soit l’objectif de la « junior », pour Jean Baranger le but de l’opposition citoyenne est évident : pour qu’il n’y ait pas d’exploitation, il faut lutter contre la prospection. « Jean-Paul Pallier m’a affirmé que s’ils ne pouvaient pas faire leurs recherches ici, ils les feraient ailleurs », relate Jean Baranger.

Le mouvement est lancé et la société civile organise la mobilisation. La plupart des habitants qui s’opposent au permis Taranis se sont rassemblés dans le collectif Stop Taranis qui va organiser une rencontre début janvier 2025.

De son côté, l’association France Nature Environnement de Loire-Atlantique estime qu’il n’y a aucune urgence. « Cela ne sert à rien de s’opposer dès maintenant. Nous avons étudié le dossier, rencontré Jean-Paul Pallier et nous en avons conclu que ces dépôts de permis ne servent qu’à maintenir le niveau de leurs actions. Nous restons attentifs, mais franchement, nous préférons garder notre énergie pour d’autres sujets », tranche Xavier Metay, coordinateur.

Quant aux élus, pour l’instant, ils sont sur la réserve. Ceux qui sont concernés par les permis Taranis et Bélénos essaient de s’organiser entre eux afin de s’exprimer d’une seule voix. De son côté, Anjou Bleu Communauté (Maine et Loire) a d’ores et déjà exprimé un avis favorable assorti de remarques. Tandis que trois des quatre communes morbihannaises couvertes par le permis Epona (Nostang, Hennebont et Kervignac) n’hésitent pas à afficher leur opposition. Leurs conseils municipaux se sont prononcés majoritairement contre entre mai et juin 2024.

Laurent Duval, le maire de Languidic (56), a un avis différent. « Si on a des ressources sous nos pieds, elles seront utiles aux générations futures », estime-t-il en mai 2024 dans un article de Ouest-France. Ces divergences sont à l’image de ce qui se passe sur les autres territoires : certains élus se dressent contre les permis tandis que d’autres plaident la souveraineté énergétique.

Quelles que soient leurs positions, les collectivités locales ne pèsent pas bien lourd dans le processus de décision : le mot final revient à l’État via le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. « Nous n’avons aucune place dans la procédure, on ne maîtrise rien. On ne connaît pas le délai de réponse et nous n’avons aucune information sur les résultats de la consultation publique », regrette Michèle Dollé à Hennebont (56). « Nous sommes exclus, nous devons aller chercher les informations pour savoir où en est le dossier », ajoute Élodie Le Floch, maire de Kervignac (56).

Peut-être que l’intervention de la députée La France Insoumise de la quatrième circonscription d’Ille-et-Vilaine, Mathilde Hignet, permettra d’en savoir plus. « J’ai interpellé le ministre de l’Économie par un courrier en date du 26 octobre 2024 afin de lui demander de me transmettre et de rendre publique la synthèse de la consultation faite cet été, ainsi que les avis des administrations publiques sollicitées dans le cadre de l’instruction des demandes. La population doit avoir accès à ces informations. À ce jour, je n’ai eu aucun retour », déplore-t-elle.

La lutte contre Variscan Mines : « Un exemple qui nous donne de l’espoir »

Dominique Williams, à Eau et rivières de Bretagne, est assez confiante quant à l’issue de ce mouvement d’opposition. Comme une grande partie du milieu associatif, elle a participé à la lutte contre la société Variscan Mines qui a eu une issue positive. « En Bretagne, nous avons bataillé pendant plus de cinq ans contre l’octroi de trois PERM dans une zone similaire, qui concernait plus de 70 communes. Finalement, face à la contestation, la société Variscan Mines, a fini par abandonner ses démarches en 2019. Nous avons tous cet exemple en tête et c’est ce qui nous donne espoir », raconte-t-elle.

Pour l’instant, l’opposition suit son cours et elle va sans doute bénéficier d’un sursis inattendu. Le ministère de l’Économie a averti Splann ! qu’un nouvel élément s’est glissé dans le processus d’examen des PERM. Une étude d’impact suffisait jusqu’à présent pour déposer une demande de PERM, mais depuis le 10 juillet 2024, la jurisprudence a évolué et les projets doivent maintenant être soumis à une évaluation environnementale.

« Le ministre a demandé au demandeur de compléter ses dossiers et l’Autorité environnementale a donc récemment été saisie de ces trois demandes, afin qu’elle rende un avis dans un délai de trois mois. En fonction de l’avis rendu, le pétitionnaire pourra être, le cas échéant, invité à compléter son dossier », précise le ministère. Qui ajoute qu’« une nouvelle consultation dématérialisée du public sera ensuite organisée sur le site du ministère de l’Économie ».

En conséquence, la décision de Bercy ne sera pas rendue fin 2024 comme cela aurait dû être le cas, mais plutôt courant 2025. Keith Barron, le dirigeant de Breizh Ressources [lire « Un nouvel Indiana Jones à la recherche d’or en Bretagne »], qui regrettait déjà dans des vidéos diffusées en ligne la lenteur bureaucratique de la France, va devoir faire preuve d’un peu plus de patience.

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Projets extractivistes dans le monde

Diaporama qui passe en revue différents projets extractivistes un peu partout dans le monde, trouvé ici https://linktr.ee/stopextractivism

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La face cachée de l’iceberg – AFFICHE

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[cette affiche vient d’ici https://linktr.ee/stopextractivism]

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Militer contre l’extractivisme et son monde – FLYER

[pompé ici https://linktr.ee/stopextractivism]

 

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Communiqué de presse de Stop Mines 87

[pompé sur stopmines87.fr]

« la CADA rappelle à l’ordre la Préfecture : Stop Mines 87-24 appelle l’État à respecter la loi en matière de transparence et d’information des populations ! »

80 : c’est le nombre de jours que l’association Stop Mines 87-24 a attendu pour enfin mettre la main sur le programme prévisionnel des travaux de la Compagnie des Mines Arédiennes rédigé par M. Yves Guise, document légalement public. Contactée le 6 septembre 2024, la préfecture par l’intermédiaire de son bien-nommé « Bureau des procédures environnementales et de l’utilité publique », refuse par une non-réponse le relai du programme d’action de la société à notre association citoyenne. C’est seulement grâce au travail de la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratif) saisie en octobre par l’association, et de son avis favorable à la communication du rapport rendu le 21 novembre, que la préfecture daigne enfin nous communiquer le programme des travaux.

: c’est le nombre de pages que comporte le programme d’action de la Compagnie des Mines Arédiennes pour l’année 2024. C’est grâce à ces seules deux pages que M. Yves Guise et sa société, peuvent soumettre le sud Haute-Vienne et ses habitants à une entreprise destructrice pour nos cadres de vie, notre eau, nos emplois.

80 jours, pour deux pages…

Nous appelons l’État à respecter la loi comme le préconise la CADA, et à faire preuve de transparence quant aux activités des entreprises minières que nous combattons. Nous souhaitons également mettre en lumière la brutalité bureaucratique exercée par la Préfecture de la Haute-Vienne, qui empêche le plein exercice de notre citoyenneté dans le même temps qu’elle facilite l’entreprise mortifère de M. Yves Guise. Nous dénonçons l’inégale rigueur administrative demandée par l’État à l’égard de notre association et de la Compagnie des Mines Arédiennes.

En 2018, la même fin de non-recevoir fut adressée à notre association par la préfecture et nous avions également dû saisir la CADA pour accéder aux documents demandés. Les préfets tournent, mais le mépris reste…

Mais cela n’entrave en rien la détermination de Stop Mines 87-24 qui prépare une année 2025 pleine d’actions ! Nous profitons de ce communiqué pour appeler les adhérents et sympathisants à nous retrouver pour l’AG le mercredi 11 décembre 2024 à Saint Yrieix La Perche à l’Espace Ferraud.

Non aux mines, ni ici, ni ailleurs !

Stop Mines 87-24

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Carrare (Italie) : Attaque incendiaire contre trois engins de chantier

[pompé sur attaque.noblogs.org]

La Nemesi / lundi 25 novembre 2024

Attaque incendiaire contre trois engins de chantier, dans une carrière de marbre, en localité Campocecina (Carrare, 3 novembre 2024)

Langues de feu

Dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 novembre, un incendie a éclairé une nuit sans lune, sur les Alpes apuanes, en détruisant trois engins de chantier, dans une carrière de marbre, en localité Campo di Cecina, près de Carrare.

En ces lieux où il est facile de passer inaperçus, des machines et des structures indispensables pour le systèmes industriel sont souvent laissées sans surveillance.

Que ce genre de brasiers se répande, contre les machines dévastatrices et leurs misérables propriétaires.

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La terre se soulève

[pompé sur oclibertaire.lautre.net]

Quand la terre se soulève, il est nécessaire qu’un travail souterrain se soit produit. Prenons l’exemple de la création des montagnes, les plaques tectoniques participent, par leurs frottements et l’interpénétration de l’une sous l’autre, au déplacement de masse très importante de roches créant ce que nous nommons les montagnes. Bon tout cela est bien joli, mais c’est quoi le problème ? Je vais essayer de l’expliquer dans la suite de ce texte.

Le texte qui suit est un billet d’humeur d’un adhérent de stop mines 03, association qui s’oppose au projet de mine de lithium dans le département de l’Allier. Plusieurs articles ont déjà été écrits dans CA, vous pouvez les retrouver dans les numéros 326 janvier 2023, 330 mai 2023, 340 mai 2024.

Un département méconnu l'Allier ?!

A la fin du mois d’octobre 2022, par voie de presse, les habitantes et habitants de l’Allier prennent connaissance qu’une mine, pour extraire le lithium, est en projet sur la commune d’Echassières. La multinationale Imérys, par ailleurs exploitante d’une carrière de kaolin sur cette commune, a un Permis Exclusif de Recherche (PER), premier pas vers la concession et l’exploitation de métaux dits « essentiels ».
Suite à cette annonce, des habitantes et habitants d’Echassières et des communes environnantes se réunissent et réfléchissent, quelles suites donner à cette information ? La décision prise est de prendre contact avec Stop mines 23 qui se bat depuis plusieurs années contre des projets de mines en Creuse, en Limousin, en Guyane et qui a aussi des contacts avec d’autres collectifs.
Une première réunion est organisée pour trouver un consensus sur l’organisation future. L’idée de créer une association collégiale est actée, non sans réticence de certaines et certains « Stop mines 03, Ni Ici, Ni Ailleurs » considéré trop clivant. Mais la majorité approuve le fonctionnement, proche d’un collectif, avec des décisions prisent en assemblée générale et sans bureau, où chaque membre actif est coresponsable.
Nous sommes au mois de décembre 2022, l’association sera déclarée en janvier 2023.

Suite à cette création.

Après décisions prisent en assemblées générales, des réunions publiques sont organisées dans les communes limitrophes pour informer et connaître l’état d’esprits des bourbonnaises et bourbonnais (1) face à cette annonce, une dynamique se met en place pour élargir notre action locale, aidée en cela par une association existante « Préservons la forêt des colettes », apparue lors d’une lutte précédente contre l’implantation d’éoliennes. Des tractages sur les marchés et lors de manifestations, nous sommes en pleine lutte contre la « réforme des retraites », des contacts sont pris avec d’autres collectifs ou associations. Après la manifestation de Sainte Soline, le 25 mars 2023, contre une méga-bassine, où la violence de l’État a montré une facette de ces possibilités répressives, le gouvernement décide par la voix de son ministre de l’intérieur de dissoudre « les soulèvements de la terre (SLT) » un des organisateurs de la manifestation. Dans la foulée les soulèvements de la terre appellent à la création de comités locaux.

Première rencontre avec les soulèvements de la terre.

En avril 2023, une demande nous est faite d’organiser une journée informative, pour permettre une présentation des différentes luttes sur notre territoire, celle-ci provient des soulèvements de la terre 03 (SLT), en création. Lors de notre assemblée générale, nous répondons positivement à cette demande. Une salle est trouvée moyennant la somme de 56 euros.
Un mail d’invitation pour cette journée nous parvient des SLT (futur 03), oh surprise ! Stop mines 03 organisateur, n’apparait pas dans cette invitation. Suite à notre interrogation, la précipitation est invoquée comme excuse. Il nous est indiqué que la bévue a été rectifiée. La journée ne sera pas comme ce qui était convenu, à savoir une présentation des luttes locales. Pour l’occasion des représentants des SLT national sont présents. Toute la matinée, se substituant à ce qui était prévu, verra une communication avec power point, exclusivement dirigée vers et par les SLT. L’heure du repas partagé, nous montrera que le mot partage n’a pas la même signification pour tout le monde.
En début d’après-midi, une présentation des luttes sera autorisée, assez rapide. S’en suivra, un appel à rejoindre le nouveau comité local des SLT 03, une poignée de l’assistance répondrons positivement. Quand une personne des présents posera la question qui fâche, Pouvons-nous savoir comment fonctionne les SLT, décisions, organisation, etc ». En guise de réponse, une personne présente se lève et indique, qu’elle est incapable de prendre des décisions, mais par contre elle est pour l’action et répondra favorablement au groupe décisionnaire et lance à la cantonade, qui est pour l’action ? Là oh surprise ! une quinzaine de personnes se portent volontaire. Dans la foulée, une autre personne se lève et invite à la suivre pour la création du groupe décision et organisation, un peu plus d’une demi-douzaine y répondrons favorablement. Je venais d’assister, à ce que certains appellent un retournement de situation, alors que cela est plus un retournement de cerveaux avec une volonté, non affichée, de manipulation. Suite à cet épisode, je quittais la salle fort de cette hallucinante journée. L’assemblée générale de stop mines 03 suivante, sera l’occasion de revenir sur cette journée mémorable et permettra pour certains de mettre en apparence le déroulé de cette rencontre.

Second round

Les SLT 03 contact stop mines 03 pour participer à « luttes en résistance », avec table de documentations le dimanche, dans une commune du sud du département. L’AG se prononce pour la participation. Et là surprise ! (Encore, oui et ce ne sera pas la dernière). Nous recevons l’invitation et son programme, où est indiqué, que stop mines 03 fera une conférence, le samedi, de trois heures sur la mine de lithium ?!
Après avoir procédé à une mise au point avec les SLT 03, en ce qui concerne les prises de décisions collégiales de notre association et que notre autonomie est primordiale, après acceptation de l’AG, des membres se proposent d’animer cette conférence. Qui par ailleurs sera très appréciée des participants.
Nous sommes au mois d’octobre 2023.

Dans la continuité

Nouvelle sollicitation des SLT 03, cette fois dans le nord du département. Sur le thème « Réunion d’information et de discussion sur la mine de lithium ».
A cette occasion, j’apprendrais l’existence d’une liste télégram, alors que nulle mention n’en a été faite lors de nos assemblées, pourtant décisionnaires ? Où des idées en petit comité sont discutées.
Mais reprenons, le fil de ce long fleuve tranquille. Pour planter le décor, nous sommes en mars, avril 2024, la commission nationale du débat public (CNDP) a fait son apparition sur le territoire. Lors de notre AG, la décision de participer à cette sollicitation est prise, sans que l’existence de la liste télégram ne soit annoncée.
Selon le compte rendu qui nous a été fait et les informations par ailleurs que j’ai glané. Cette réunion ressemblait plus à une mise en pratique des nouveautés managériales, avec petits groupes, pour plus de fluidité, petits papiers de couleurs avec des interrogations, enfin la totale. Et pour ce qui est du non-dit (Liste télégram ?!), les prémisses de l’émergence d’un collectif unificateur pointaient son nez.
Par ailleurs, un communiqué de presse émis par les SLT 03 annonçant cette réunion, nous apprenais que stop mines 03 se questionnait sur le bienfondé de cette mine, alors que depuis plus d’un an, nous nous présentions comme une association locale, contre cette mine, ni ici, ni ailleurs. Et par la suite, après la divulgation par la CNDP de la localisation des deux autres sites, nous nous positionnons contre l’ensemble du projet. Stop mines 03 se questionnant, mais de qui se moquait-on !
A l’AG suivante, une remise en cause du fonctionnement de l’association était posée, la décision collégiale était sur la sellette, cause invoquée, le manque de réactivité, certains sous influences (liste télégram) confondant vitesse et précipitation. La discussion qui s’en suivit, allait conforter la continuation des décisions collégiales et notre autonomie face à l’adversité extérieure. L’AG se poursuivit sur l’organisation de la journée du 25 mai 2024.

La journée du 25 mai

Le 6 mai 2023, nous avions organisé à Echassières, une journée d’informations et de rencontres qui avait accueilli entre 200 et 300 personnes.
Nous avions décidé cette fois, de réunir plusieurs associations dans le but d’un rapprochement des luttes en vue d’une coordination future. Plusieurs avaient répondu positivement. La décision avait aussi été prise de créer une affiche pour annoncer l’évènement. Mais celle-ci prenait du retard. Et fatigue aidant, l’affiche finale, ne faisait pas apparaître stop mines 03 comme organisateur de la journée, mais une multitude de logos laissant penser que tous étaient organisateurs, dont celui des SLT ?
Le jour dit, la présentation de tous les collectifs présents, par manque de préparation, s’est un peu éternisée, quand un membre de stop mines 03 a demandé aux représentants des SLT 03 s’ils pouvaient être bref, ils n’ont pas apprécié. Effectivement leur prestation a été brève, qui avait pour message et un peu résumé, comme nous étions incapables de coordonnées nos luttes, nous invitait le 7 juillet à une rencontre entre différents collectifs associatifs, syndicaux ou politiques à la création d’un collectif des collectifs pour leur permettre de palier à notre incapacité de nous coordonner, en insistant sur l’importance de cette rencontre, quasiment notre survie en dépendait !? Pendant leur intervention, à aucun moment je ne les ai entendu se positionner contre la mine, nous comprendrons pourquoi avec leurs positionnements à venir (Voir encadré).
Alors que depuis plus d’un an et demi, dans nos actes et nos actions nous œuvrons pour cette coordination. Quel mépris !

Le rendez-vous avec la préfète

La CNDP tirant à sa fin, où la préfète a brillé par son absence, mais tenant dans la presse locale un positionnement sans équivoque sur le bienfondé de ce projet, daigne dans sa grande mansuétude et sans doute pour participer à cette fameuse démocratie participative, tant vantée, recevoir une délégation de collectifs associatifs, syndicaux et politiques, en préfecture.
Nous recevons des SLT 03 une proposition de visio, dont l’intérêt serait de nous montrer dans nos meilleurs attraits et si possible avec des revendications communes, face à l’administration. Nous sommes fin juin, cette visio ne pourra se faire, trop tardive.

Le 7 juillet 2024, jour fatidique

Le communiqué de SLT 03 sur la journée du 7 juillet, laisse à penser que l’idée d’un collectif des collectifs serait l’émanation d’une réflexion collective (Revoilà la fameuse liste télégram) et aurait été évoquée le 25 mai à Echassières, que nenni, seule l’évocation fut émise lors de l’intervention des SLT 03 ce même jour. Quand ses désirs rejoignent sa réalité, une confusion regrettable. Mais, voilà la macronite est passée par là. Dissolution de l’assemblée nationale oblige, les SLT 03 remettent à la rentrée la journée de création du collectif des collectifs. L’urgence pour eux est de faire barrage au rassemblement national, ce qui est entendable, mais est-ce le parlementarisme qui nous sortira du rapport entre capitalisme et extrême droite ?

Pour ne pas conclure

Alors oui, nous pouvons soulever des montagnes, mais je ne suis pas adepte du « tous les moyens sont bons, pour atteindre le but ». Je considère que les moyens sont plus importants que le but, qui par ailleurs peut se modifier. Ce concept porte en lui, nos ennuis d’aujourd’hui, mais aussi futurs. En effet, depuis des lustres, nous déléguons à d’autres les décisions sur nos vies. Ainsi, nous privilégions les moyens au but. Alors que notre intérêt est celui adopté par stop mines 03, pour les prises de décisions.
Certes les SLT ont les moyens de leurs ambitions, mais n’oublions pas que tout cela repose sur des luttes locales existantes. Sans luttes préexistantes pas de SLT. Si stop mines 03 est sollicité pour chaque intervention des SLT 03, ce n’est pas par bonté, mais parce que le travail, d’information, de communication, de coordination que nous déployons depuis maintenant presque deux ans, nous rendent visibles et pour le moment indissociable à la contestation contre le projet d’Imérys, mais pour combien de temps ?
Stop mines 03 est composé dans sa majorité, par « des gens de rien » selon le vocable macroniste et pas seulement. Peu sont des militants et peu habitués aux arcanes des jeux politiciens. La dernière proposition des SLT 03 pour la création d’un collectif des collectifs participe de ces jeux de dupes. En effet, quand je découvre la liste des acteurs invités, je ne peux qu’être interloqué. Pour ma part, je n’ai jamais participé à un front anti quelque chose, considérant que cela ne correspond qu’au plus petit dénominateur commun, autrement dit, au réformisme qui gère nos vies depuis des siècles. Alors que l’heure est plutôt à renverser la table et non à s’y accouder.
Mais revenons à la création du collectif et à l’inventaire à la Prévert des invités. Cela va des associations contre le projet à celle contre une partie du projet ou encore pour un aménagement de celui-ci. Des syndicats opposés et d’autres se voulant cogestionnaires, un parti politique qui opte pour la nationalisation du projet, un autre parti que nous n’avons jamais vu lors de nos manifestations. Des associations écologistes « radicales », un collectif qui ne met pas connu, un autre spécialisé sur le rail. Mais que peut bien sortir de tout cela ?
Après l’annonce par décret, édité le 7 juillet 2024 au journal officiel, pour qualifier le « Projet d’intérêt national » voir européen. Le but est effectivement de coordonnées nos actions avec le plus grand nombre, mais pas par n’importe quels moyens. Si coordination, il doit y avoir, ce ne peut être qu’avec le plus grand dénominateur commun où les collectifs resteront autonomes et décisionnaires. La remise en cause doit être globale et non pas parcellaire. L’organisation actuelle de la société est basée sur, une minorité décide et la majorité exécute, ce qui nous est proposé avec le collectif des collectifs rappelle cette organisation. Le prétexte invoqué étant l’efficacité. Ne confondant pas efficacité et honnêteté. Ne reproduisons pas l’organisation de la société qui nous exploite et nous oppresse. Oui, la prise de décision collective est longue et fastidieuse, mais elle inaugure la société que nous voulons, si délégation il doit y avoir, ce ne peut être que sur mandat impératif ou seul le collectif reste décisionnaire.

Dernière minute :

La réunion pour la création d’un collectif des collectifs, où deux dates étaient proposées. Le 28 août ou le 14 septembre, en AG nous avions opté pour le 14 septembre avec lecture d’un texte sur notre positionnement écrit par certains d’entre nous. Cette date nous permettait lors de notre AG du 4 septembre de nous préparer, ainsi que d’approuver le texte, pour cette réunion.
Mais la date choisit, suite au retour majoritaire de mails selon les SLT03, a été le 28 août, mettant à mal notre option. Cette date, sans la remettre en cause quoi que, puisque aucun retour nous a été fait de la diffusion des mails des différentes parties prenantes, autre que le mail des SLT03 nous conviant le 28 août.
Suite aux déboires cités ci-dessus, je suis un peu dubitatif, voir soupçonneux.
Nous avons donc décidé d’envoyer un mail aux SLT03, pour les prévenir de notre non-participation et s’ils pouvaient nous envoyer le compte-rendu de la réunion. Encore une fois, cette façon de faire, à poser problème entre nous, entre efficacité et honnêteté.
Fin août nous recevons le compte rendu de la réunion du 28 août, ce que nous pouvons y lire, me laisse une nouvelle fois bouche bée. Les présents, une association clermontoise, un syndicat, trois partis politiques, quid des associations bourbonnaises contre les différents sites du projet qui représentent depuis le début l’opposition ?
Mais ce n’est pas tout, je vous passe les lieux communs sur la prose de ce compte rendu, nous pouvons y lire en majuscules « PAS DE MINE, NI ICI, NI AILLEURS » serait la base commune inconditionnelle, pour rappel notre revendication est stop mines au pluriel, ni ici, ni ailleurs. Alors que le collectif des collectifs qui nous est proposé est un conglomérat de positions différentes voire contradictoires.
Mais il est écrit, alors que cette réunion était un premier contact, « de faire connaitre l’existence du nouveau collectif dans le milieu militant », quand est-il des locaux ? Notre lutte est ancrée localement et l’explication que nous en donnons passe par une vision globale, qui interroge la société porteuse de ce projet. La remise en cause de cette mine va de paire avec la remise en cause de cette société en recherche de toujours plus de profits au détriment de nos vies.
Les faits sont ténus entre efficacité et honnêteté, je penche pour l’honnêteté pour plus d’efficacité, mais apparemment cela n’est pas partagé par tout le monde. La lutte continue !

Degas septembre 2024

Note :
1. Bourbonnaise et bourbonnais qui peuplent le département de l’Allier.

Ni ici, ni ailleurs
Le cahier d’acteur fait partie, en tant que participation à la Commission Nationale du Débat Public, (CNDP).
Cahier d’acteur des Soulèvement de La Terre (SLT 03)
Conclusion :
Les Soulèvements de la Terre de l’Allier ne peuvent souscrire à ce projet qui ne justifie en rien répondre aux besoins de la transition écologique. Il participe de la politique actuelle, en France et trop souvent ailleurs dans le monde, qui favorise les grands projets et les grands groupes, leur permettant de faire de grands bénéficies en causant de grands dommages. Il ne s’agit donc pas d’un enjeu de souveraineté. Ce qui a été donné à voir, c’est un but financier, sur fond de transition énergétique en faisant appel aux éléments de langage du GIEC, mais n’étant qu’un projet de positionnement géopolitique pour la France et financier pour une multinationale ayant besoin de satisfaire ses actionnaires.
Alors que le cahier d’acteur de stop mines 03, rejeté par ailleurs par la CNDP, prétextant une non-conformité à la littérature attendue.
Nous ne voulons pas sur le département des 3 sites d’Imérys.
Nous ne voulons pas de la mine avec son usine de concassage, son quai de chargement et son usine de raffinage.
Mais pas seulement, nous n’en voulons pas, (Suivi de 4 pages de)
Ni Ici, Ni Ailleurs,
En guise de conclusion :
Nous ne voulons pas de cette mine et du monde qui va avec !

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Tassons les mines d’Imerys ! Retour sur la mobilisation à Glomel

[pompé sur nantes.indymedia.org]

Samedi 23 novembre, près de 400 manifestant-es se sont rassemblées dans le calme à Trégornan, commune de Glomel (Côtes-d’Armor), pour dénoncer le projet d’ouverture par la multinationale minière Imérys d’une quatrième fosse d’extraction d’andalousite, un minerai industriel réfractaire. Les manifestant-es contestent également l’autorisation préfectorale accordée en juin dernier, à l’issue d’une enquête publique bâclée. Cette journée de mobilisation intervient dans le contexte des récentes révélations de pollutions aux métaux lourds publiées par le média d’enquête indépendant Splann !

Les premiers participant:es, arrivées dès 13h00, dont certain:es à vélo, se sont élancé‘es à 14h30 pour une manifestation festive en musique, accompagnée par la fanfare de la Zbeulinette. Le cortège a parcouru environ deux kilomètres jusqu’à une verse de déchets miniers, appelée le SABES : une impressionnante «montagne noire et pulvérulente ». Là, plusieurs prises de parole ont été prononcées, suivies d’un moment musical avec un nouveau tube militant, « Écoutez les mines de rien », en référence au 1006 anniversaire des grèves des sardinières, chanté en chœur par les manifestant-es.

La journée s’est poursuivie avec une balade naturaliste, visant à expliquer les impacts environnementaux de l’exploitation minière, notamment les pollutions toxiques et la perte de biodiversité. Le tout s’est déroulé dans une ambiance conviviale, accompagnépar un goûter offert par la cantine de la dalle.

À 16h00, sous la pluie et dans le vent, le cortège a pris le chemin du retour vers le centre du village, toujours encadré par un dispositif policier disproportionné.

La mobilisation s’est prolongée en soirée avec un fest-noz à Plounévez-Quintin, à une vingtaine de kilomètres. Dès 19h00, le musicien breton Rivinn a ouvert les festivités, suivies par les groupes Berjull, Pourchasse-Ar Gall/Stervinou-Broustal, Yggy Noz, Strak, ainsi que les DJ Angelis Demoniae et DJ Don’t Bother. La fête revendicative, marquée par une ambiance déterminée et joyeuse, s’est poursuivie jusqu’à 3h, du matin, malgré les contrôles systématiques d’alcool et de stupéfiants opérés sur la route du retour – lesquels n’ont donné aucun résultat.

No minaran !

Imerys assure n’avoir « aucun impact sur les eaux ».
Les analyses de Splann! révèlent :
– Des concentrations en nickel jusqu’à 60 fois supérieures à la valeur guide pour un bon état écologique des sédiments d’eau douce
– Des concentrations en cobalt jusqu’à 20 fois supérieures à cette valeur
– La présence de métaux toxiques qu’Imerys n’est pas censé déverser

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Intoxication minière en Bretagne

Un dossier en 3 parties sur splann ! :

https://splann.org/enquete/intoxication-miniere-en-bretagne/#volets

Introduction

Glomel : 1 400 habitants. Imerys : 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le mastodonte de l’industrie minière pèse lourd dans cette petite commune des Côtes-d’Armor. La multinationale s’agrandit encore : elle vient d’obtenir l’autorisation d’ouvrir une nouvelle fosse, un quatrième immense cratère, à creuser sur 80 mètres de profondeur pour extraire de l’andalousite, un matériau résistant aux hautes températures utilisé, entre autres, dans les fours industriels.

Le feu vert des autorités est intervenu, sans surprise, dans le cadre du renouveau minier souhaité par le gouvernement. Ce dossier, dont les intérêts vont bien au-delà du périmètre breton, est scruté de près : par Imerys et par ses opposants.

La multinationale, quant à elle, cache ses impacts réels sous des formules ambiguës, parlant de bon état biologique, là où la pollution est chimique. Déclarant même n’avoir aucun impact. Splann ! a voulu en avoir le cœur net et a réalisé ses propres analyses qui prouvent le contraire. Dans le lit de la rivière, les concentrations en métaux lourds atteignent jusqu’à 60 fois la valeur guide.

Des habitants tentent de se mobiliser, mais leur marge de manœuvre est serrée. Imerys est inséparable de la commune de Glomel. Employeur incontournable, la multinationale finance les associations sportives, comme environnementales, structure même le territoire.

Imerys déploie ainsi toute une palette d’efforts pour être perçue comme une entreprise familiale, fleuron de l’activité minière made in France. En réalité, il s’agit d’un empire financier détenu par des actionnaires à la tête d’une fortune de plusieurs millions d’euros.

L’opposition s’accroît et devient de plus en plus visible. Une manifestation est prévue à Glomel le 23 novembre, portée par les Soulèvements de la terre et une partie des habitants. Imerys scrute cette mobilisation avec attention. Une mobilisation réussie aura des conséquences sur l’ensemble de la relance minière française, et en particulier sur le projet de méga-mine de lithium dans l’Allier. Un projet porté justement par Imerys.

Les volets de l’enquête

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[pompé sur sansnom.noblogs.org]

Près de Montpellier. Carrière de Brissac :
des tapis roulants métalliques détruits par le feu

Actu.fr, 24 octobre 2024 (extrait)

Alerte au feu ce jeudi 24 octobre 2024 à 6h45, dans la carrière de Brissac, dans le pays Gangeois, au nord de Montpellier : des tapis roulants métalliques appelés convoyeurs servant à transporter les minerais étaient entièrement embrasés, sur le site d’extraction de CMSE (Carrières & Matériaux Sud-Est) exploité par l’entreprise Colas, au lieu-dit Le Devois de la Vernède, sur la route de Notre-Dame-de-Londres.

Une quinzaine de convoyeurs sont détruits et une vingtaine endommagés, peut-être inexploitables désormais. Les bureaux, d’autres bâtiments mitoyens et la flotte du parc de véhicules de la société Colas sont épargnés. La quinzaine d’employés pourraient se retrouver au chômage technique, tandis que le préjudice provisoire est estimé à 6 millions d’euros. Des experts en détection de départ d’incendie, ainsi que les techniciens de la cellule d’identification criminelle du groupement de gendarmerie de l’Hérault sont sur les lieux.

La carrière de Brissac (Hérault) avant sa mise à l’arrêt forcée…

Feu de Brissac : la section de recherches enquête
Midi Libre, 27 octobre 2024

Ce sont les gendarmes de la section de recherches de Montpellier qui ont finalement été saisis de l’enquête concernant l’important incendie de la carrière de Brissac, exploitée par la CMSE, filiale du groupe Colas, survenu ce jeudi 24 octobre vers 7 heures du matin. Ce qui tend à prouver que la thèse criminelle est privilégiée dans cette affaire. Rappelons que, selon nos informations, plusieurs mises à feu ont été découvertes sur place. Une trentaine de convoyeurs ont été détruits pour un préjudice de plusieurs millions d’euros. Sans compter que l’exploitation est depuis à l’arrêt.

CMSE, qui signifie Carrières et Matériaux Sud-Est, est la société de matériaux du groupe Colas sur le quart Sud-Est de la France. Elle fabrique et commercialise des matériaux pour le bâtiment, les travaux publics et le génie civil (construction de logements, de routes et d’infrastructures de toutes natures). Avec ses 40 carrières réparties sur 18 départements, dont celle située sur le site isolé au sud de Brissac, CMSE assure la commercialisation de granulats livrés à une clientèle industrielle, d’entreprise ou sur les chantiers.

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Ouverture d’une carrière de calcaire pour Cigéo

[pompé sur bureburebure.info]

Une carrière de calcaire liée au projet Cigéo prévoit de s’installer à Chassey-Beaupré, sur les terres de Daniel Renaudeau, maire de Gondrecourt

La « Société des Calcaires de Chassey » vient de solliciter l’autorisation d’exploiter une carrière de calcaires de roches massives dans la commune de Chassey-Beaupré, à l’emplacement de la ferme du bois de Saulx, entre Chassey et Dainville. L’exploitation de la carrière est prévue sur une durée de 30ans et porte sur une superficie totale d’environ 75,7ha, dont 42,6ha exploitables, et sur un volume de matériaux de 12,2 millions de tonnes, pour une production annuelle de 500 000 tonnes. Cela représentera environ 150 passages de camions par jour, nécessitera des tirs de mine pour fracturer la roche, produira de la poussière et du bruit par le déplacement des engins et le fonctionnement des machines, détruira des hectares de terres agricoles, et défigurera le paysage à quelques centaines de mêtres du bourg et à la lisière de la forêt communale de Chassey, …

Mais alors qui a intérêt à l’ouverture de cette carrière ? Les sociétés Paul Calin et Chardot TP d’abord, qui, si elles ont pris un nom d’emprunt, sont bien derrière cette nouvelle société « des calcaires de Chassey ». L’Andra ensuite, puisque « le but principal du projet de carrière est de répondre aux besoins importants de granulats pour les aménagements et infrastructures liés au projet Cigéo » comme l’explique le dossier d’enquête publique. Et enfin Daniel Renaudeau, agriculteur et maire de Gondrecourt-le-Château, à qui appartiennent les terres et dont il monnaie l’exploitation.

L’Andra achètera donc des matériaux à Paul Calin et Chardot TP qui en retour rétribueront Mr Renaudeau. Il semble alors difficile que ce dernier puisse rester impartial dans le cadre de son poste de Vice-Président de la Communauté de communes des Portes de Meuse en charge du suivi du projet Cigéo… On peut comprendre qu’il défende ardemment un projet si lucratif pour lui. Mais lorsqu’il répète à qui veut l’entendre qu’ « aucun opposant ne s’installera sur sa commune », lorsqu’il met en effet tout en œuvre pour expulser des éleveurs opposés au projet à Tourailles, lorsqu’il s’oppose aux subventions pour le bar des Trois Vallées sous prétexte qu’il serait un repaire d’anti-bure, on peut se demander s’il défend l’intérêt public et celui de ses administré.es, ou s’il protège simplement son business.

Une autre carrière de l’entreprise Calin

Cela explique peut-être aussi pourquoi le lien avec le projet Cigéo se fait aussi discret que possible dans le dossier d’enquête publique. Dans le « Résumé non-technique de l’étude d’impact », le résumé du projet à destination des habitant.es, un document facilement compréhensible de 20 pages, Cigéo n’est jamais mentionné. Calin et Chardot mentent même ouvertement en écrivant que les matériaux « sont principalement destinés à alimenter le marché du granulat de l’agglomération de Nancy ». Ils espéraient probablement que les habitant.es ne se pencheraient jamais sur l’étude d’impact elle-même, un dossier technique de 400 pages, et où il faut attendre la page 313 pour que l’objectif réel du projet soit dévoilé : « répondre aux besoins importants de granulats pour les aménagements et infrastructures liés au projet Cigéo à Bure, Saudron et Mandres-en-Barrois. »

L’étude choisit également de limiter son analyse à un rayon de 3km, ce qui exclut de fait ces trois dernières communes. Les auteurs se permettent alors de conclure que les nuisances provoquées par la carrière ne s’additionneront pas à celles d’autres projets puisque : « il n’existe pas d’autres projets connus sur le territoire » et donc « aucun effet cumulé n’est à prévoir. » Ils ne font encore une fois pas mention de Cigéo, plus grand projet industriel d’Europe, et futur client de leur entreprise, sous prétexte que celui-ci serait trop loin pour avoir un impact. Bien pratique, car cela les dispense de réaliser une étude sur les nuisances cumulées.

Pourtant, cette carrière s’inscrit bien dans la transformation de notre territoire en désert industriel et nucléaire tel que nous le promet l’Andra. En plus de l’agrandissement déjà prévue de la RD138 et de sa déviation qui doit permettre de contourner Mandres, il faudra construire une nouvelle route pour éviter Luméville. A la poussière, aux bruits et aux 150 camions par jour de la carrière, s’ajouteront les travaux pour ces routes, ceux pour l’Installation Terminale Embranchée (la ligne de train entre Gondrecourt et le laboratoire), ceux pour la nouvelle gendarmerie privée de l’Andra, ceux pour Cigéo lui-même. Bref, on extrait pas 12 millions de tonnes de calcaire pour le plaisir : c’est bien qu’on a prévu de bétonner en masse !

En pleine période d’expropriation, alors que de nombreux agriculteurs et agricultrices risquent de perdre leurs terres, Daniel Renaudeau sacrifie le bien-être des habitants et habitantes qui l’ont élu pour son profit personnel. Peu lui importe que des cafés associatifs animent la vie des villages, peu lui importe que de nouveaux paysans s’installent, peu lui importe que des champs soient volés ou ravagés par l’industrie nucléaire, peu lui importe si nos campagnes deviennent invivables et se vident de leurs habitant.es : en touchant une commission sur chacune des 500 000 tonnes extraites de la carrière chaque année, Mr Renaudeau aura bien de quoi se mettre à l’abri.

Périmètre d’exploitation de la carrière

Quelques données pour mieux comprendre :

Qu’est-ce qu’on va extraire de cette carrière ?

La Société des Calcaires de Chassey (SCC) veut extraire du calcaire pour en faire des granulats, autrement dit des petits morceaux de roches. Ils faut extraire, concasser puis cribler la roche pour en faire des cailloux de différentes tailles dont on connaît le calibre.

Ils peuvent ensuite être mélangés à du sable et du ciment pour faire du béton ou être utilisés en l’état pour du terrassement, des remblais, ou autres. De façon général, ils servent à l’ensemble des constructions et des travaux publics.

Dans l’ensemble, plus on consomme de granulats, plus on construit, remblaie, bétonne, …

Est-ce que c’est une grosse carrière ?

La SCC pourra extraire 600 000 tonnes par an maximum, avec une prévision à 500 000 pour les 20 premières années. Il est difficile de trouver des données récentes, mais en 1993, seule une carrière sur dix produisait autant.1

En comparaison, entre 2010 et 2020, les 28 carrières de calcaire de la Meuse ont produit en moyenne 1,2 million de tonnes de granulats par an.2 A elle-seule, la SCC pourrait donc produire sur un seul site la moitié de ce que produit aujourd’hui le département entier.

Mais à quoi ils vont servir tous ces cailloux ?

On estime que la France consomme en moyenne 6 tonnes de granulats par an et par habitant. Autrement dit, cette carrière pourrait répondre à l’ensemble des besoins de 100 000 personnes, soit plus de la moitié de la Meuse (construction d’hopitaux, d’écoles, de logements, de routes, d’industries …)

On considère par exemple qu’il faut entre 100 et 300 tonnes de granulats pour construire une maison.3 Cette carrière suffirait donc à en bâtir entre 2000 et 6000 par an. En 2023, on a entrepris la construction de 287 logements en Meuse… Bref, les meusien.nes n’ont pas besoin de cette carrière, celles qui existent déjà (comme à Gondrecourt-le-Château) produisent suffisament pour leur consommation.

Et Cigéo dans tout ça ?

Le projet Cigéo nécessitera de grandes quantités de granulats. En 2014, son besoin pour les 5 années avant sa mise en service était estimé à environ 150 000 tonnes par an.5 Mais à cela il faut ajouter l’ensemble des projets annexes en surface : agrandissements ou déviations de routes, construction de gendarmerie, remises en état du réseau ferroviaire, … Et il n’y a pas de prévisions disponibles pour la période de son exploitation.

Les granulats sont un matériau lourd et donc cher à transporter. Ils peuvent éventuellement être exportés vers les départements voisins mais rarement plus loin. A l’inverse, les produire au plus près des besoins est profitable à la fois pour les acheteurs, qui paient moins chers, et pour les vendeurs qui ont une source de revenus assurée.

Il n’y a que la proximité avec Cigéo, le plus grand projet industriel d’Europe, qui peut expliquer la démesure de cette carrière. A l’inverse, cela permet de nous rendre compte de ce qui attend les communes alentours : des constructions et des travaux titanesques, capables d’engloutir autant de matériaux que la moitié du reste de la Meuse.

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Usine de recyclage de batteries électriques : Eramet suspend son projet

[pompé sur lemonde.fr]

La décision a été prise « dans l’attente d’un modèle économique solide et pérenne en Europe ». Le groupe minier français Eramet a annoncé, jeudi 24 octobre, sa décision de « suspendre » son projet d’usine hydrométallurgique de recyclage de batteries pour véhicules électriques dans le nord de la France, alors que son partenaire Suez maintient son propre projet.

« Faute de montée en puissance en Europe des usines de batteries et de leurs composants, il existe aujourd’hui de fortes incertitudes, à la fois sur l’approvisionnement en matières premières de l’usine et sur les débouchés des sels métalliques issus du recyclage », a expliqué Eramet dans un communiqué.

« Nous restons totalement convaincus de la nécessité de développer une économie circulaire des métaux critiques sur le sol européen, dont le recyclage des batteries en fin de vie sera un élément-clé de la chaîne de valeur future, mais la réalité est que la chaîne de valeur des batteries électriques en Europe connaît un démarrage très difficile », a expliqué la PDG du groupe, Christel Bories, lors d’une conférence téléphonique avec la presse jeudi.

« Compte tenu de la très lente montée en puissance des usines de batteries, nous ne sommes pas en mesure de sécuriser des approvisionnements en matière première pour alimenter notre projet d’usine », a-t-elle ajouté. En attendant d’avoir des batteries en fin de vie, le projet d’usine misait sur une alimentation venue essentiellement des chutes de production des nouvelles usines de batteries en train de sortir de terre dans le nord de la France.

Pas de clients en Europe

Mme Bories a notamment évoqué les « problèmes » de NorthVolt ou d’ACC, et les « nombreux reports de projets sur la chaîne de valeur batteries ». Par ailleurs, « en aval », a-t-elle dit, « il n’y a aucun projet de précurseur de cathode européen qui a été confirmé, donc il n’y a pas de client [en Europe] pour les sels métalliques issus du recyclage ».

« Si aujourd’hui on faisait des sels [de nickel, de cobalt ou de lithium] issus du recyclage, on devrait les vendre en Asie. Cela [n’a] pas de sens de recycler sur le marché européen pour vendre le produit en Asie », a-t-elle affirmé.

Le projet d’Eramet, en lien avec le groupe français Suez – en toute vraisemblance à Dunkerque ou dans les environs –, porte sur la construction de deux usines : l’une de tri et broyage de batteries usagées ou chutes de production pour fabriquer un composant connu sous le nom de « blackmass » contenant des sels minéraux mélangés, et l’autre d’extraction et séparation des minéraux critiques contenus dans la blackmass, destinés à fabriquer des batteries.

De son côté, le groupe français Suez a rapporté jeudi à l’Agence France-Presse (AFP) que la décision d’Eramet « ne remet pas en cause le travail en cours de Suez pour le développement d’une usine [dévolue] au démantèlement et au recyclage des batteries ». « Suez travaille au développement de boucles fermées de recyclage des batteries en Europe », a indiqué ce groupe dans un bref communiqué.

Fin septembre, le groupe automobile Stellantis avait aussi annoncé qu’il renonçait à un projet concurrent de recyclage de batteries dans le cadre d’une coentreprise avec Orano, qui devait aussi s’implanter dans le nord de la France. Spécialiste français de l’uranium, Orano poursuit en revanche ses discussions sur le sujet.

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Des activistes du monde entier se lèvent contre l’extractivisme

[pompé sur mrmondialisation.org]

Le 18 août 2024, en Argentine, au Mexique, au Portugal, en France, en Espagne, en Serbie et en Allemagne, des milliers de personnes se sont mobilisées contre des projets miniers menaçant de détruire les moyens de subsistance de territoires dans le monde entier. Reportage.

C’était le premier événement du réseau Red Global Anti-extractivism. Il coordonne, au niveau international, des actions communes de lutte contre l’extractivisme.

L’extractivisme, késako ? Ce sont toutes les activités qui touchent à l’extraction de substances et minéraux présents à l’état naturel sous forme solide, liquide ou gazeuse, ce qui inclut à la fois les minerais, les hydrocarbures et les gaz. Les mines à ciel ouvert ou les forages de gaz de schiste en sont des illustrations concrètes.

Lorsque des projets d’extractivisme émergent, les États portent systématiquement atteinte aux principes démocratiques et au droit à l’information. Lorsque les populations s’y opposent, les réponses étatiques ne se passent quasiment jamais sans les violences policières et judiciaires, le mépris du peuple et de sa voix. Pour répondre à ces violences, les collectifs et associations se forment et s’organisent.

L’extractivisme, incompatible avec la vie. 

Dans un contexte de crise environnementale et sociale mondiale, les gouvernements brandissent une fausse transition énergétique « verte » pour justifier leur soutien aux politiques extractives. Ces projets sont souvent soutenus par une partie de la population locale, souvent très mal informée sur les conséquences au court et au long terme de ces exploitations. Les industriels leur promettent le développement économique des territoires et la création d’emplois.

La transition énergétique dite verte, considérée comme une solution au changement climatique sur certains territoires, provoque, en réalité, des préjudices pour les peuples autochtones ailleurs : rejets d’effluents toxiques, pollution, eaux chargées en métaux lourds, travail forcé… 

Une fois les minerais extraits, les populations locales sont laissées avec les territoires défigurés, pollués, et sans retour en arrière possible. Alors même que, l’extractivisme prend souvent place là où les terres étaient potentiellement cultivables et nourricières . 

Clin-d’oeil sur les actions internationales 

En Espagne, dans la région de la Sierra de Gata, au nord de la communauté autonome d’Estrémadure, plusieurs mouvements anti-mines ont rejoint le réseau Red Global Anti-extractivism.

Suite à l’appel des collectifs Sierra de Gata et No a la Mina de Cañaveral, c‘est aux piscines naturelles de Villasbuenas de Gata que la mobilisation a eu lieu. Dès midi, différentes activités ont été organisées pour tous les publics : ateliers pour enfants, conférences, concerts, spectacles, lecture et enregistrement du manifeste international et repas commun au bord de la rivière.


Au Mexique, une Asamblea nacional per el agua, la vida y el territorio (Assemblée nationale pour l’eau et la vie et les territoires) a offert un riche programme de discussions, de tables rondes et de groupes de travail, avec la présence de 800 délégués de 269 organisations, groupes territoriales, et peuples autochtones de tous les pays. Étalée sur deux jours, la rencontre s’est terminée par une longue conférence de presse lors de laquelle une déclaration finale a été lue

Le fait d’organiser cette rencontre au Mexique est très symbolique politiquement car le pays fait partie des territoires contenant d’importantes ressources en lithium que visent les industriels miniers.

Aussi, le Mexique fait partie des rares pays qui ont inscrit le droit à l’eau dans leur Constitution. Le déficit hydrique, lié à d’importantes vagues de chaleur qui assèchent le pays depuis la mi-mars 2024, y menace à la fois la santé des populations et les productions agricoles. Pourtant, le gouvernement a proposé une loi faisant la part belle aux utilisations industrielles de cette ressource, ainsi qu’à la privatisation des services d’eau.

En Espagne. Collectifs Sierra de Gata et No a la Mina de Cañaveral. Crédit : Red Global Anti-extractivism.

En Allemagne, à Grünheide, le collectif Sand im Getriebe, ainsi que des activistes ont protesté contre un projet dévastateur : l’agrandissement de l’usine automobile Tesla qui menace de raser une forêt. Le milliardaire américain Elon Musk souhaite agrandir le site de 170 hectares afin d’y doubler la production, pour atteindre un million de véhicules électriques par an. Ce n’est pas la première fois que des destructions sont commises au nom de la transition énergétique.

Cette forêt se trouve en grande partie dans une zone de protection pour l’eau potable qui est régulièrement frappée par la sécheresse. D’après le scrutin consultatif de février dernier, les résidents de la commune de Grünheide, où est située l’usine, ont voté à plus de 60 % contre le projet de Tesla

En parallèle, en Allemagne du nord, quelques activistes ont organisé une manifestation à proximité du parlement local. Elle a été accompagnée de discours d’informations sur les conséquences liés à l’extraction du lithium et des prises de paroles de soutien et de solidarité vis-à-vis des activistes serbes qui ont récemment subi des attaques et de la répression.

En effet, en Serbie, un projet de mine de lithium à été relancé en juillet 2024 par l’entreprise Rio tinto. Pourtant, il y a deux ans, ce projet avait été arrêté sous la pression de manifestant·es. 

Le président nationaliste serbe Aleksandar Vucic a attendu la fin des récentes élections présidentielles pour annoncer cette relance. Depuis 2022, Rio Tinto avait  acquis des terres dans la région de Loznica, où la mine devrait avoir une emprise de près de 400 hectares. Pour les opposant·es, ce projet de plusieurs milliards d’euros est un grave danger pour l’environnement de la région agricole de Jadar. Une importante mobilisation, portée par Extinction Rebellion Serbia et Marš sa Drine, s’est donc relancée dont la journée du 18 août, incluse dans leur mouvement de contestation. 

En Allemagne. Le collectif Sand im Getriebe. Crédit : Red Global Anti-extractivism.

Au Portugal, où l’entreprise britannique  minière Savannah Ressources a l’intention d’ouvrir une mine de lithium de près de 600 hectares, un collectif uni pour la défense de Covas do Barroso (village au nord du pays) a aussi organisé une fête. Celle-ci comprenait une manifestation, des performances théâtrales et musicales rendant hommage aux populations locales. La journée s’est clôturée également par la lecture du manifeste international.

Dans cette région classée depuis 2018 de « patrimoine mondial agricole », pour la beauté de ses paysages et ses pratiques agricoles durables, en harmonie avec la nature, la lutte est aussi complexe qu’injuste. Plusieurs grands journaux nationaux mènent des campagnes de désinformation, en qualifiant la région de « moribonde », dépourvue d’habitants et des capacités de survie. Durant ces 6 derniers mois, les habitant·es ont bloqué les machines qui commençaient à perforer sur des terrains communaux n’appartenant pas à l’entreprise.

L’Agence portugaise pour l’environnement, qui a donné son feu vert à plusieurs mines de lithium, est soupçonnée dans une enquête pour corruption. Un scandale qui a contribué à faire chuter le gouvernement d’Antonio Costa, à l’automne dernier.

Au Portugal. Camp de défense de Barroso. Crédit : Red Global Anti-extractivism.

En France, les mouvements se tissent et les coalitions se fondent

L’Hexagone, loin d’être épargné par l’appétit de l’extractivisme, regroupe déjà plusieurs mouvements et associations qui se sont mobilisées, chacune sur son territoire. Dans l’Allier, à Echassières, où l’une des plus grandes mines de lithium au monde risque de voir le jour prochainement – les représentant·es de 6 collectifs et associations (Stop mines 03, Stop mines 23, Confédération paysanne 03, Bassines non-merci 63, Collectif Bonnet de Rochefort et Préservons la foret des Colettes) étaient présentes lors d’une manifestation aux portes de la société Imerys, porteuse du projet. Les moyens policiers déployés étaient, comme d’habitude, supérieurs à ceux des manifestants.

Dans l’Allier. Stop mine 03 – Préservons la forêt des Colettes – Confédération paysanne 03. Crédit : Red Global Anti-extractivism.

En plein cœur de la Bretagne, à Glomel, une carrière d’andalousite est exploitée depuis 1976 par le même mastodonte qui menace les terres d’Echassières. La coalition Mines de rien a accroché des banderoles : « Pour que la terre suffise aux humaines #stopextractivism » et « 18/08 actions décentralisées internationales » sur un pont de Rostrenen, une commune proche, pour avertir les passant·es de la lutte en cours.

Pour l’occasion, l’artiste, Zoé Chaos, a réalisé des photographies d’art « nu ». Ces dernières, faites à proximité des verses des déchets miniers, ou des « stériles », tracent des parallèles entre les impacts sur les humain·es et sur les écosystèmes et dénoncent également l’exploitation humaine pour le profit.

La sélection photographique s’inscrit dans une série d’une dizaine de photographies. Crédit : Zoé Chaos

Sur ce territoire, c’est le lancement des pourparlers autour de l’ouverture de la 4ème fosse qui a fait naître une contestation locale. Face à celle-ci, Imerys s’organise et la démocratie semble être mise à mal. Le Maire de Glomel de 2020 à septembre 2023, favorable à un débat public sur la question de l’agrandissement du projet, a vu son Conseil municipal démissionner.

Des élections anticipées ont eu lieu avant même que la consultation publique commence, et un maire soutenant ouvertement Imerys a été élu. Le 21 novembre 2023, une des nouvelles conseillères municipales a même déclaré en Conseil Municipal, lors duquel les élu·es ont voté sur la question de la fosse 4 :

« Je donnerais ma vie pour Imerys »

Des habitant·es de la commune font état d’intimidations et stressent pour la pérennité de leurs activités face à l’hégémonie d’Imerys sur le territoire.  En juin dernier, les riverain·es, d’habitude convié·es, ont été refusé·es à l’entrée du comité de suivi annuel d’Imerys. Il en a été de même pour une des associations locales, très investie dans le combat, de manière arbitraire alors qu’une autre association de la commune a pu entrer. Début juillet, la préfecture a autorisé l’ouverture de la fosse 4 mais les associations et les riverain·es ne comptent pas arrêter leur combat contre Imerys et son monde. Une pétition a d’ailleurs été lancée.

Crédit : Coalition Mines de rien.

Selon la coordination internationale, un manifeste a été lu et filmé dans tous les pays du monde impliqués et un court métrage verra le jour très prochainement. Ce film aura pour vocation de montrer aux différents collectifs à travers le monde qu’ils ne sont pas seuls et appeler à rejoindre ce nouveau mouvement international.

Aleksandra Dergacova


Photo de couverture : Zoé Chaos

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Menaces de mort et vandalisme contre le projet de mine de pouzzolane à Dalhousie

[pompé sur radio-canada]

Le poste de contrôle de la pesée situé sur l’ancien site de la carrière a été incendié au mois de juillet.

Depuis plusieurs mois, le projet de mine de pouzzolane à Dalhousie fait face à une forte opposition dans la région. Certains opposants ont franchi une limite en vandalisant du matériel de l’entreprise qui porte le projet et en envoyant des menaces de mort à certains des dirigeants.

EcoRock Dalhousie souhaite transformer une carrière existante près de Dalhousie en une grande mine de pouzzolane, une roche volcanique qui sert à produire du ciment plus vert.

Ce projet fait polémique des deux côtés de la baie des Chaleurs. Des Néo-Brunswickois et des Gaspésiens s’opposent à ce que le projet voie le jour. Ils craignent notamment que leur qualité de vie soit dégradée.

Nombre d’entre eux ont fait entendre leur mécontentement lors de conseils municipaux ou de réunions publiques à Baie-des-Hérons, dont Dalhousie fait partie. Dans les derniers mois, d’autres ont pris des chemins plus radicaux.

Trois courriels de menaces et des incendies

EcoRock Dalhousie a reçu trois courriels de menaces dont Radio-Canada Acadie a obtenu copie, y compris des menaces de mort à destination de cinq personnes associées au projet.

Dans un message rédigé en anglais et reçu en juillet, un internaute anonyme somme EcoRock Dalhousie de ne pas toucher à cette colline. Si vous saviez ce qui est bon pour vous, vous partiriez et ne reviendriez jamais, y est-il aussi écrit.

Ce même mois, un cabanon situé à l’entrée de la carrière a été incendié. Le mois précédent, c’est une pelle mécanique qui avait été brûlée sur le site. C’est en juin que l’entreprise a reçu les premières lettres.

Un internaute menaçait, en français cette fois, de brûler la mine et le matériel et de s’en prendre directement aux porteurs du projet chez eux. Il assure que le sabotage de la mine va être [son] passe-temps.

Selon lui, ils seraient des centaines et plus comme lui. L’auteur anonyme assure que tout sera oublié si l’entreprise décidait d’abandonner son projet.

En août, dans un long courriel en anglais, un internaute explique que cinq personnes porteuses du projet seraient suivies et que ces opposants radicaux sauraient où ils habitent et qu’ils leur feraient une faveur de ne pas les tuer devant leur famille.

Il leur recommande de se tourner vers des compagnies d’assurance vie et de déménager.

Ces messages et le vandalisme ont été signalés à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui a rencontré deux des personnes visées la semaine dernière.

De son côté, Gail Fearon, opposante de la première heure au projet de mine, condamne ces gestes. Je suis pas d’accord avec ça du tout, ça m’inquiète aussi. Pour moi, des affaires de même, c’est pas acceptable.

Selon elle, ces menaces et incendies, ça aide pas la cause. Ça nous fait une tache noire et puis c’est pas vraiment ça qu’on veut.

Francis Forlini, le directeur général d’ÉcoRock Dalhousie, a décliné notre demande d’entrevue. Il affirme ne pas vouloir ajouter de l’huile sur le feu.

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Lithium, batteries et contes de fées. Sous la carrière, la rage !

[pompé sur numéro zéro]

Du lithium extrait en France ? Métal pour le moment indispensable pour fabriquer les batteries rechargeables, le lithium voit sa demande et son prix grimper à tel point que son exploitation dans l’Hexagone peut devenir réalité. C’est en tout cas l’intention de l’entreprise Imerys qui envisage d’en extirper des sous-sols de l’Allier. Dans une carrière de kaolin qu’elle exploite déjà à Échassières (à 38 km de Vichy), elle compte développer une mine au doux nom d’Emili (pour « exploitation de mica lithinifère par Imerys »), devant fournir 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an pendant au moins 25 ans.

Autant dire que l’enjeu est de taille. Les gigafactories (usines de batteries pour véhicules électriques), qui ouvrent leurs portes les unes après les autres dans le nord [1], pourraient ainsi se fournir localement. Macron, qui claironne que la France peut devenir exportatrice nette de batteries, applaudit des deux mains. L’un de ses autres objectifs, faire produire aux constructeurs français 2 millions de voitures électriques par an d’ici 2030 [2] serait, lui aussi, plus facile à atteindre. D’autres filières industrielles s’en trouveraient peut-être favorisées, vu que toujours plus de secteurs dépendent de la fée électricité et de ses batteries. Sans elles, il n’y aurait pas de « mobilité » des appareils électroniques, pierre angulaire des smart cities et du projet cybernétique de gouvernement automatique. Les guerres « modernes » se feraient sans les drones, et beaucoup d’autres machines trivialement mortifères ne sauraient fonctionner. Enfin, si le lithium est surnommé « or blanc », c’est parce que l’électrification de tout, et notamment du parc automobile, est l’un des axes centraux de la (mal) dite « transition écologique ». Si cet or blanc était produit ici, la France pourrait faire bonne figure dans les bilans du Green Deal européen [3] – tout en garantissant un avenir radieux au parc nucléaire tricolore, dangereusement vieillissant et cependant en cours de « relance » et d’extension.

Il y a des perspectives qu’Imerys et le gratin bureaucratique et politicien qui lui sert de soutien sont plus enclins à passer sous silence. Ils ne crient pas sur tous les toits que la mine utilisera l’eau en quantités faramineuses à l’heure où son manque devient chronique et de plus en plus inquiétant. Ni qu’elle laissera sur place des millions de tonnes de roche potentiellement toxique, voire radioactive. Ils restent discrets sur les nuisances pour celles et ceux qui vivront près des futures installations : mine, voies de transport, usine de conversion. Ils ne disent pas qu’après être exploité, le site d’Échassières risquera fort de ressembler à d’autres anciens sites miniers ravagés à jamais, ceux dont les habitant.es ont bien compris que leurs vies comptent pour du beurre dans la vaste mascarade de « gestion » de l’après-mine. Pourtant, l’un de ces sites se trouve dans le secteur-même où Imerys mène son projet, au Mazet, à quelques kilomètres d’Échassières. Dans cette zone anciennement exploitée pour du tungstène, Geoderis, le groupement d’intérêt public dont la mission est d’assister l’État dans l’après-mine, a constaté, il y a plus de cinq ans déjà, des pollutions plus qu’alarmantes des eaux et des sols en métaux lourds, parmi lesquels l’arsenic et le plomb. Leur classement par Geoderis (« E », le plus haut niveau de pollution minière du pays, « susceptible de présenter un risque très significatif pour la santé humaine et l’environnement ») n’a pas empêché la prolongation du permis de recherche octroyé par l’État à Imerys, et n’a, jusqu’à maintenant, d’aucune manière freiné son projet. Pire, les résultats de l’expertise n’ont pas été communiqués aux habitant.es de la zone. Ni aux personnes vivant là depuis longtemps, ni à celles arrivées plus récemment, séduites par les bas prix de quelque écrin de verdure … aux concentrations en métaux lourds dans les sols dépassant jusqu’à 7 fois les « seuils de risque » fixés par les normes officielles !

Depuis dix ans, au moins une dizaine de permis de recherche de métaux (cuivre, or, étain, zinc, argent, tungstène, lithium, antimoine et autres) ont été distribués dans l’Hexagone. Emili est le premier de ces projets à être passé, en octobre 2022, en phase de « développement » (qui précède l’exploitation effective). Importante entreprise « française » [4], qui s’autoproclame « responsable », cette spécialiste des minéraux et matériaux industriels a déjà plusieurs scandales sur le dos. Elle a par exemple été poursuivie aux États-Unis pour avoir fourni des produits à base de talc contenant de l’amiante (et donc provoquant des cancers), et au Brésil pour de graves pollutions de cours d’eau amazoniens. Dans l’Allier, dès cette année (2024), elle compte démarrer la construction d’un pilote industriel qu’il est question de mettre en service en 2025 pour produire 400 tonnes d’hydroxyde de lithium par an. Sa « vraie » mine, Imerys la projette pour 2028. Le sauvetage du climat n’attend pas, ses nouveaux marchés non plus !

La funeste transition écologique n’a d’écologique que le nom – ne serait-ce que par le poids de ses technologies en matières premières et en désastres inévitables pour les obtenir. Elle n’est pas non plus une transition : les nouveaux besoins industriels des filières dites vertes ne remplacent pas, mais s’ajoutent à ceux des vieilles filières plus classiques, et la somme de ces besoins industriels ne cesse de croître. Dans le monde, on n’a par exemple jamais extrait autant de charbon qu’aujourd’hui, quand bien même la part des « énergies décarbonées » dans le mix énergétique augmente. Sauver la planète – technologique et capitaliste – en détruisant ce qu’il y reste de vie, étendre jusqu’aux derniers confins l’emprise du contrôle et de la quête du profit, réduire les territoires à l’unique rôle d’être exploités pour les richesses qu’ils recèlent (« matière grise », « or blanc », attraits touristiques, espace vide à remplir…) en assignant dans ce même mouvement aux « administré.es » par un État des rôles standardisés, productifs et facilement gouvernables, – voilà la perspective plus vaste tracée par les projets tels qu’Emili. Et, n’en déplaise aux acceptologues de « la mine locale » [5] (bio et équitable ?), les dégâts qu’un tel projet risque de produire en France n’épargneront d’aucune manière d’autres pays moins « protégés » par des réglementations environnementales et sociales, puisqu’il est dans la logique du capitalisme d’extraire tout ce qui peut être économiquement intéressant, puisque extraire « ici » n’empêche pas de le faire aussi « ailleurs ».

Le projet Emili est encensé par le gouvernement. Il jouit de son entier soutien (entre autres, des subventions de France Relance). L’État a tout intérêt à appuyer le développement d’une filière comme celle de lithium (sécurité de l’approvisionnement des industries en matières critiques), et, de manière plus générale, à mettre en place les conditions optimales de l’exploitation des « richesses » qui lui procurent aussi des citoyen.es gouvernables à souhait. De ces raisons, la transition écologique servie à toutes les sauces n’est que la pointe de l’iceberg. Mais l’écologie a bon dos. Dans la bouche des gouvernants et des médias, l’électricité – dont les infrastructures dévorent l’espace et des montagnes de matières – est une « énergie verte ». Des experts assurent que le nucléaire sauvera le climat. Les industriels et leurs chantres jurent leurs grands dieux que les nuisances seront gérées. Personne n’a encore proféré qu’avaler des couleuvres stimulait la digestion, mais nous pouvons le déduire nous-mêmes. Nous sommes beaucoup à en avoir la nausée. Quant à l’Allier, tout le monde n’y accepte pas de se laisser miner et de fournir du carburant à cette énième mutation du capitalisme. Le 26 janvier prochain, des membres du collectif Stop Mines 03 seront à Saint-Étienne pour nous parler de leur lutte et de ses enjeux, qui nous concernent toutes et tous.

Notes

[1La première de ces usines qui fabriqueront des batteries lithium-ion, opérée par Automotive Cell Company (co-entreprise de Stellantis, TotalEnergies et Mercedes) s’est ouverte en mai 2023 à Billy-Berclau, dans le Pas-de-Calais. Pour 2030, elle devrait fabriquer de quoi équiper en batteries 500.000 véhicules. Trois autres sont en projet, une près de Douai (de l’entreprise sino-japonaise AESC-Envision pour fournir Renault Electricity) et deux à Dunkerque (de la start-up grenobloise Verkor et du groupe taïwanais ProLogium). Le groupe ACC gère aussi un centre de recherche en Charente. Par ailleurs, depuis dix ans, Bolloré fabrique dans le Finistère des batteries à électrolyte solide (lithium-polymère, une technologie concurrente) et Saft développe une ligne de fabrication de batteries prototypes de type « tout-solide » à Bordeaux.

[2A partir de 2035, la vente de véhicules thermiques neufs sera interdite dans l’Union européenne.

[3Le Green Deal européen est un programme de mesures (taxation carbone, révision des cadres législatifs, etc.) et de fonds visant la « neutralité climatique » de l’UE à l’horizon 2050, qui cible notamment le développement des énergies dites « renouvelables » et du parc de véhicules électriques. Il a été intégré dans le plan européen de relance post-Covid doté d’un fonds de 750 milliards d’euros (reversé aux plans de relance nationaux).

[4Domiciliée à Paris mais aux capitaux majoritairement belges et canadiens, ceux des holdings des familles Frère (groupe Bruxelles Lambert, basé à Bruxelles, actionnaire majoritaire d’Imérys) et Desmarais (Canada).

[5Par exemple, Guillaume Pitron, auteur d’ouvrages détaillés sur ce sujet, qui ne tait pas les ravages générés par les mines mais argumente que les Européen.nes devraient subir eux et elles-mêmes les conséquences néfastes de leur confort, plutôt que de les délocaliser.

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La justice anglaise annule un projet de mine de charbon

[depuis reporterre]

C’est un projet climaticide et anachronique qui ne verra finalement pas le jour. L’autorisation de construction d’une nouvelle mine de charbon à Whitehaven, dans le nord-ouest de l’Angleterre, a été annulée par la Haute cour de justice anglaise, vendredi 13 septembre. « L’hypothèse selon laquelle la mine proposée n’entraînerait pas d’augmentation nette des émissions de gaz à effet de serre […] est juridiquement erronée », a notamment argué le juge dans sa décision.

Ce projet, validé par le gouvernement conservateur britannique en 2022, avait dès le départ fait l’objet de deux plaintes, dont une de l’ONG écologiste Friends of the Earth. Le gouvernement travailliste arrivé au pouvoir en juillet dernier avait, par ailleurs, renoncé à défendre ce projet devant la justice, reconnaissant « une erreur » du gouvernement précédent. La mine aurait été la première à être construite en trente ans au Royaume-Uni, et ambitionnait d’extraire 3 millions de tonnes de minerai par an.

Cette décision constitue « une immense victoire pour l’environnement et pour tous ceux qui se sont battus contre cette mine de charbon nuisible au climat », a salué l’avocat de Friends of the Earth, Niall Toru, dans un communiqué relayé par l’AFP. Le gouvernement britannique doit encore reconsidérer formellement l’autorisation accordée au projet, ce qui devrait aboutir à « rejeter une fois pour toutes cette mine », selon Niall Toru. West Cumbria Mining, l’entreprise en charge du projet, peut encore décider de faire appel de cette décision.

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Revendication du sabotage de lignes TGV quelques heures avant la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024

Ils appellent cela une fête ? Nous y voyons une célébration du nationalisme, une gigantesque mise en scène de l’assujettissement des populations par les États.Sous des airs ludiques et conviviaux, les Jeux Olympiques offrent un champ d’expérimentation pour la gestion policière des foules et le contrôle généralisé de nos déplacements.

Comme tout grand évènement sportif, ils sont aussi à chaque fois l’occasion de vouer un culte aux valeurs qui fondent le monde du pouvoir et de l’argent, à la concurrence généralisée, à la performance à tout prix, au sacrifice pour l’intérêt et la gloire nationale.

L’injonction à s’identifier à une communauté imaginaire et à soutenir son supposé camp d’appartenance n’est pas moins néfaste que l’incitation permanente à voir son salut dans la bonne santé de son économie nationale et dans la puissance de son armée nationale.

Il faut aujourd’hui des doses toujours plus grandes de mauvaise foi et de déni pour ne pas voir toute l’horreur que génère la société de consommation et la poursuite du prétendu « bien-être à l’occidental ». La France voudrait faire de cette grande messe la vitrine de son excellence. Elle ne pourra bercer d’illusions sur son rôle vertueux que ceux qui ont décider de se mettre des œillères, et qui s’en accommodent. Nous leur adressons notre mépris le plus profond.

Le rayonnement de la France passe par la production d’armes dont le volume de ventes la place deuxième exportateur mondial. L’État est fier de son complexe militaro-industriel et de son arsenal « made in France ». Répandre les moyens de la terreur, de la mort et de la dévastation à travers le monde pour assurer sa prospérité ? Cocoricooo !

N’en déplaise aux crédules qui croient encore aux fables démocratiques, l’État français emploie aussi sa panoplie répressive pour affronter sa propre population. Pour mater les émeutes après le meurtre de Nahel par la police en juin 2023 ou pour tenter d’arrêter le soulèvement anticoloniale en Kanaky récemment. Tant qu’il existera, l’État ne cessera de la mettre à l’oeuvre pour combattre ceux qui défient son autorité.

Les activités des entreprises françaises à travers le monde rendent toujours plus manifeste les dévastations sociales et environnementales que produit le système capitaliste. Celles nécessaires pour reproduire l’organisation sociale actuelle, et celles inhérentes au progrès scientifique et technologique. Progrès qui ne perçoit l’enchaînement des catastrophes passées, présentes et à venir que comme l’occasion d’un bond en avant.

Total poursuit le pillage et la spoliation de nouvelles contrées en quête de pétrole et de gaz de schiste (Afrique de l’est, Argentine etc). Sous couvert de son nouveau label vert, l’industrie du nucléaire et l’exportation du savoir-faire français en la matière nous assure, à plus ou moins brève échéance, une planète irradiée, donc littéralement inhabitable. Rien de plus qu’une crise de plus à gérer pour les promoteurs de l’atome. Eux qui ne peuvent se passer de leur coopération avec l’État russe à travers son géant Rosatom et de l’appui de son armée pour écraser le soulèvement au Kazakstan en 2022, important pays fournisseur d’uranium. Ce minerai qui fait tourner les 58 réacteurs de l’hexagone.

Alors, quel est le coût humain, social et environnemental pour que quelques privilégiés se déplacent vite et loin en TGV ? Infiniment trop. Le chemin de fer n’est d’ailleurs pas une infrastructure anodine. Il a toujours été un moyen pour la colonisation de nouveaux territoires, un préalable à leur dévastation et une voie toute tracée pour l’extension du capitalisme et du contrôle étatique. Le chantier de la ligne appelée « Tren maya » au Mexique, auquel collabore Alstom et NGE, en est une bonne illustration.

Et les batteries électriques indispensables à la prétendue « transition énergétique » ? Parlez-en, par exemple, aux travailleurs de la mine de Bou-azeer et des habitants des oasis de cette région marocaine qui font les frais de cette ruée vers l’or du XXIème siècle. Renault y extrait les minerais nécessaires pour donner bonne conscience aux écolos des métropoles sur le dos de vies sacrifiées. Parlez-en à ce « peuple de la forêt » de l’ile d’Halmahera au nord-est de l’Indonésie, aux Hongana Manyawa qui désespèrent de voir la forêt où ils vivent être détruite sur l’autel de la la « transition écologique ». L’État français, via la société Eramet, participe au ravage de terres jusque là épargnées. De même, il ne veut pas lâcher le Caillou mélanésien pour continuer à y arracher le précieux nickel.

Nous nous arrêterons ici dans l’impossible inventaire des activités mortifères et prédatrices propre à tout État et à toute économie capitaliste. Cela ne serait d’ailleurs d’aucune aide pour rompre avec une vie fade et déprimante, avec une vie d’exploités, et pour affronter la violence des États et des chefs religieux, des chefs de famille et des patrouilles de police, des patriotes et des milices patronales, autant qu’à celle des actionnaires, des entrepreneurs, des ingénieurs, des planificateurs et des architectes du ravage en cours. Fort heureusement l’arrogance du pouvoir continue de se heurter à la hargne des opprimé-e-s rebelles. D’émeutes en insurrection, lors de manifestations offensives et de soulèvements, à travers des luttes quotidiennes et des résistances souterraines.

Qu’en ce jour résonnent alors, à travers le sabotage des lignes TGV reliant Paris aux quatre coins de la France, les cris de « femme, vie, liberté » d’Iran, les luttes des amazoniens, les « nique la france » venant d’Océanie, les désirs de liberté qui nous parviennent du Levant et du Soudan, les combats qui continuent derrière les murs des prisons et l’insoumission des déserteurs du monde entier.
A ceux qui reprochent à ces actes de gâcher le séjour de touristes ou de perturber les départs en vacances, nous répondons que c’est si peu encore. Si peu comparé à cet événement auquel nous souhaitons participer et que nous appelons de tout cœur : la chute d’un monde qui repose sur l’exploitation et la domination. Là oui, nous aurons quelque chose à fêter.

Une délégation inattendue

Publié dans Agitation, Capitalisme vert, Luttes internationales, Sabotage | Commentaires fermés sur Revendication du sabotage de lignes TGV quelques heures avant la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024

En Bretagne, une mine d’Imerys accapare et pollue la ressource en eau

[depuis reporterre]
La multinationale française Imerys souhaite ouvrir une nouvelle fosse d’extraction dans sa mine à ciel ouvert, située à Glomel, en Bretagne. Plusieurs associations dénoncent des conséquences majeures sur l’eau.

« Regardez ce qu’Imerys a fait du périmètre de protection de notre captage d’eau potable », commente Jean-Yves Jégo, conseiller municipal de Glomel et membre de l’association Douar Bev (« Terre vivante »). Il faut dire que la vue est spectaculaire. Au milieu des champs, nous contemplons la « fosse n°3 », un trou large comme 30 terrains de football et profond comme 5 immeubles haussmanniens superposés. On y extrait de l’andalousite, un minéral résistant aux très hautes températures utilisé pour produire des fours, des têtes de missiles ou des blocs moteurs de camions. Imerys prévoit de creuser bientôt une nouvelle fosse, la quatrième, comme celle-ci : « Incompatible avec la préservation de l’eau ! » dénoncent une partie des riverains et les associations.

« Nous sommes ici sur le château d’eau de la région, en tête de deux bassins versants, indique Dominique Williams, de l’association Eau et Rivières, celui de l’Ellé, qui se jette dans l’océan à Quimperlé, et celui du Blavet, qui coule jusqu’à Lorient. » Ces têtes de bassins sont formées de ce que les hydrologues appellent un « chevelu », à l’image des innombrables petits traits qui les représentent sur une carte : les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Ce sont les sites à préserver en priorité pour protéger les nappes phréatiques et les captages d’eau en aval. Cette sensibilité est plus forte encore en Bretagne, qui « dispose de très peu de ressources en eau souterraine et dépend des eaux de surface pour son alimentation », ajoute Dominique Williams.

Exploitée depuis les années 1970, la mine de Glomel, 1 300 habitants, est longtemps passée inaperçue — peut-être parce qu’elle n’est, du point de vue de l’administration, qu’une carrière [1]. Pourtant, son fonctionnement est celui d’une mine : le minerai contenant 15 % d’andalousite est acheminé vers l’usine toute proche où il est concassé, broyé et concentré dans des bains d’acide sulfurique et autres réactifs. Sa transformation produit chaque année plus de 1 million de tonnes de déchets boueux ou solides, ces derniers formant, tout autour de nous, ces collines grises de 300 mètres de haut.

mine glomel

Pour creuser il y a trente ans cette troisième fosse dans la zone de protection d’un captage d’eau, Imerys avait bénéficié d’un miracle : une dérogation de la préfecture. Et ce, malgré un risque de pollution connu, puisque la roche excavée ici contient de la pyrite : au contact de l’eau, elle génère un jus acide qui draine des polluants métalliques. En 2004, la cour d’appel de Nantes saisie par un agriculteur a annulé cette dérogation : le périmètre de protection devait être remis en état. Mais quand ? Contacté par Reporterre, Thomas Louvet, responsable projets miniers chez Imerys Glomel, indique que la réhabilitation est bien prévue, mais « en fin d’exploitation, entre 2040 et 2045 ».

« Force est de constater qu’Imerys ne maîtrise pas les impacts de cette mine, affirme Armelle Renault, ingénieure agronome vivant à moins de 1 kilomètre du site qui participe depuis deux ans à un groupe de veille citoyenne sur la mine. On a découvert par hasard que l’un des piézomètres, appareil qui mesure les niveaux d’eau et leur composition, avait détecté des concentrations de métaux très anormales dans les eaux souterraines. » Sur la plaquette imprimée en couleurs qui justifie l’ouverture de la fosse n°4, Imerys assure n’avoir « aucun impact sur les eaux souterraines et superficielles ».

Pourtant, interrogée par Reporterre, l’entreprise a admis l’existence de ce problème de concentration de métaux. Elle y répondra « par la pose de quatre nouveaux piézomètres », mais « n’en connaît pas la cause ». L’appareil de mesure se trouve au pied d’une montagne de déchets miniers (la « verse Roscoat »), juste à côté du précédent site d’extraction (la fosse n°2) désormais utilisé par Imerys pour déverser ses déchets liquides. Sous ses allures de lac de montagne, il reçoit en continu les boues de traitement de l’usine d’andalousite, contenant des taux très élevés de métaux cancérigènes comme le cadmium et le cobalt. Résultat : la fosse n°2 est un lac d’eau acide et de déchets toxiques qui peuvent s’infiltrer dans les eaux souterraines.

Des volumes d’eau immenses

Derrière le conflit autour de la mine de Glomel, se cache l’eau nécessaire à son activité. La consommation est dissimulée et minimisée par Imerys depuis des décennies. « À cette question, on obtient toujours des réponses partielles et embrouillées, raconte Armelle Renault. En réunion de comité de suivi, le représentant de l’entreprise a expliqué que la mine ne consommait que 6 000 m3 d’eau pris sur le réseau. » En réalité, c’est le volume nécessaire pour les usages sanitaires et le réfectoire pour la centaine d’employés du site. Dans ses études d’impact, Imerys écrit qu’« il n’est pas effectué de prélèvement d’eau dans le milieu naturel pour alimenter les installations du site » et que son usine « fonctionne en circuit fermé ».

Pour y voir plus clair, Reporterre a demandé par écrit à Imerys quelle était la consommation d’eau annuelle du site de Glomel. La réponse fut tout autre, et encore plus mystérieuse : « La consommation du site correspond aux pertes par évaporation estimées à environ 100 000 m3/an. »

Il faut éplucher les 2 900 pages du dossier d’enquête publique pour comprendre les véritables besoins en eau du site. L’usine nécessite à elle seule 1,9 million de m³ par an, ce qui équivaut à la consommation d’une ville de 35 000 habitants. Et comme son « circuit fermé » ne recycle que 57 % de l’eau, il faut y injecter chaque année au moins 800 000 m³. Pour ce faire, Imerys pompe directement dans la nappe phréatique (l’exhaure) et collecte toutes les eaux de ruissellement sur plus de 250 hectares. Chaque année, elle dispose ainsi gratuitement d’une gigantesque réserve de plus de 3 millions de m³, l’équivalent de plusieurs mégabassines prélevées au détriment des zones humides, des tourbières et des nappes souterraines.

« On est en contentieux quasi-permanent avec Imerys depuis quinze ans »

« Le comble, c’est qu’Imerys se vante en disant que c’est grâce à la mine qu’il y a assez d’eau en été dans les rivières, s’insurge Jean-Yves Jégo. C’est le monde à l’envers ! » En effet, le site rejette chaque année plus de 1 million de m³ d’eaux industrielles. De ce fait, l’entreprise se flatte d’avoir un « impact positif puisque les volumes rejetés constituent une bonne partie du débit et de la qualité de ce cours d’eau et un important soutien en période d’étiage ». Selon Jean-Yves Jégo, « si Imerys adapte ses rejets d’eau au niveau des rivières en été, c’est avant tout pour diluer ses propres pollutions et les maintenir sous un seuil acceptable ».

En aval de la mine se trouvent deux stations de pompage d’eau potable gérées par Eau du Morbihan, et Imerys a les plus grandes difficultés à transformer ses eaux industrielles acides et chargées en métaux en eau brute destinée à la consommation humaine. Elles passent dans deux stations de traitement, puis dans une nouvelle usine mise en service en avril dernier par Imerys, « moyennant 6 millions d’euros d’investissement » pour réduire la pollution au manganèse, mais leur teneur en sulfates reste sept fois supérieure aux valeurs seuil.

« On est en contentieux quasi-permanent avec Imerys depuis quinze ans, résume Dominique Williams, de l’association Eau et Rivières de Bretagne. Imerys bénéficie d’une bienveillance effarante de la part des services de l’État, qui lui délivrent des arrêtés préfectoraux manifestement contraires à l’intérêt général. » En 2015, le tribunal administratif de Rennes a annulé un arrêté, jugeant qu’Imerys avait minoré les conséquences de son activité sur les zones humides et Natura 2000 situées à proximité en produisant « une étude d’impact entachée d’une insuffisance qui a nui à l’information tant de l’autorité administrative que du public ». En 2018, Imerys a été condamnée par le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc pour un déversement sauvage d’eaux chargées de métaux dans un affluent de l’Ellé, constaté en 2013 par des inspecteurs de l’environnement.

L’Autorité environnementale dira avant l’été si elle autorise l’ouverture d’une quatrième fosse. Le 15 avril dernier, dans la salle des fêtes de Glomel, 150 personnes étaient présentes à l’occasion du lancement de la coalition contre le projet ; elle réunit huit associations. « Année après année, les gens ont vu la mine s’étendre, analyse Camille, la trentaine, membre du collectif Bascule Argoat. Le fait qu’elle passe désormais de l’autre côté de la route a été un choc. On n’imaginait pas les répercussions que ça aurait sur l’environnement. Imerys présente tellement bien ! Ceux qui se font avoir, maintenant, ce sont les habitants de l’Allier, avec le projet de mine de lithium. Notre expérience doit servir d’exemple. »

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Déchets : Extinction Rebellion se cadenasse près de Stocamine

[depuis reporterre]

Le 26 avril, des opposants au projet Stocamine se sont cadenassés par le cou aux grilles d’un entrepôt proche du site de cette ancienne mine de potasse dans laquelle l’État veut confiner définitivement des déchets dangereux, dans le Haut-Rhin. « Nos livreur.euse.s vous ont déposé les clés au ministère de l’Écologie, Christophe Béchu. Vous avez les clés de notre avenir à toustes entre les mains, mais déciderez-vous de le sceller ? », a twitté Extinction Rebellion Strasbourg.

Cette action intervient au lendemain de la saisine de la procureure de la République de Strasbourg par le député Emmanuel Fernandes (La France insoumise). Ce dernier dénonce plusieurs infractions, dont « celle d’écocide prévue aux articles L231-1, L231-2 et L231-3 du Code de l’environnement ». Il alerte sur « la présence prouvée, par deux rapports distincts et des témoignages, de 1 643 tonnes de terres polluées avec une teneur en polychlorobiphényles (PCB) trois fois supérieure à la teneur autorisée ».

« Le Tribunal administratif n’a pas encore statué sur la légalité de l’enfouissement des déchets », indique aussi Emmanuel Fernandez. Il doit en effet encore se prononcer sur le fond. « Je demande au gouvernement de suspendre les travaux criminels au moins jusqu’à ce que le juge administratif se prononce sur leur légalité. »

La Cour européenne des droits de l’Homme également saisie

De leur côté, l’association Alsace Nature et cinq riverains du site et usagers de l’eau ont saisi « en urgence », le 23 avril, la Cour européenne des droits de l’Homme. Ils réclament des mesures provisoires pour faire suspendre l’enfouissement définitif des déchets.

Ces recours interviennent deux mois après un arrêt du Conseil d’État qui a ouvert la voie au début de l’enfouissement. « L’État français et les Mines de Potasse d’Alsace profitent de [cet] arrêt pour se précipiter et couler le plus de béton possible sans attendre le jugement sur le fond qui va intervenir dans les semaines à venir », dénonce l’association.

Les opposants au projet alertent depuis plusieurs années sur le risque de pollution de la plus grande nappe phréatique d’Europe occidentale, située dans cette zone, et qui alimente en eau potable plus de 6 millions de personnes en Alsace et en Allemagne.

https://reporterre.net/Stocamine-les-militants-d-Extinction-Rebellion-expulses-par-les-gendarmes

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les sites d’implantation

Les différents sites du projet EMILI :
sites implantations

Mine et usine de concentration : site de Beauvoire – commune d’Echassières
En bleu le bornage du périmète réalisé par Olivier TRUTTMANN, géomètre-expert.

perimetre site echassieres

perimetre beauvoir

Canalisation :
Le tracé envisagé pour les canalisations qui relieraient l’usine de concentration à la plateforme de chargement suivrait les routes départementales (D987, D118, D183) et voies communales ou chemins ruraux existants en descente (dénivelé approximatif de 470 mètres). Trois canalisations parallèles, enfouies à environ un mètre sous terre seraient mises en place : une première pour le concentré de mica lithinifère, une deuxième pour le concentré de feldspath, la troisième canalisation permettant le transport de l’eau qui retournerait vers l’usine de concentration. [p.16 Synthèse du dossier du maître d’ouvrage]

trace des canalisations

 

Sation de chargement :
La plateforme de chargement assure une double fonction de site de stockage et lieu de
chargement. En effet, le rythme des trains dépendant des sillons attribués par SNCF
Réseau, il est nécessaire de prévoir un espace pour stocker les produits dans l’attente de
leur chargement. Le mica lithinifère pourra enfin être transporté par trains vers l’usine
de conversion, et le feldspath vers les clients. [p.16 Synthèse du dossier du maître d’ouvrage]

La fontchambert – communes de Naves et de Saint-Bonnet de Rochefort
Parcelles hypothétiques d’après les projections d’Imerys :
Sur Nave : parcelle 03194 000 ZE 15 et parcelle 03194 000 ZE 18
Sur Saint-Bonnet de Rochefort : parcelle 03220 000 YO 71

parcelle station de chargementstation de chargement 3D

Usine de conversion :
Parcelles hypothétiques d’après les projections d’Imerys :
Sur Saint-Victor au nord de Montluçon : parcelle : 03262 000 YN 42 et parcelle 03262 000 YN 152

usine de conversion la loue          usine de conversion 3D

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calendrier previsionnel

calendrier imerys

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La première mine de lithium de France classée « d’intérêt public majeur »

[trouvé sur Reporterre]
Sur demande de plusieurs maires et présidents de communautés de communes de l’Allier, et de l’entreprise Imerys qui porte le projet, la mine de lithium baptisée « Émili » a été classée « d’intérêt national majeur » par un décret publié le 7 juillet. Ce statut, créé par la loi Industrie d’octobre 2023, est synonyme d’accélération des procédures et de dérogations administratives.

Cette décision intervient en plein débat public sur les conséquences environnementales et socioéconomiques du projet, qui doit être clôturé le 31 juillet. Contesté par des collectifs locaux, le projet colossal d’extraction de l’or blanc vise à produire, à partir de 2028, le lithium nécessaire à la fabrication des batteries de plus de 700 000 véhicules pendant vingt-cinq ans.

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