Imerys a découvert trois fois plus de lithium dans l’Allier qu’estimé et cherche des partenaires pour son projet, réévalué à 1,8 milliard d’euros

[pompé sur usinenouvelle.com]

Imerys a profité de la présentation de ses résultats semestriels, mardi 29 juillet, pour donner des nouvelles de ses plans pour le lithium de Beauvoir, dans l’Allier. Le gisement contiendrait trois fois plus d’or blanc qu’initialement estimé et pourrait être exploité 50 ans. L’industriel français cherche des partenaires pour partager l’investissement, désormais réévalué à 1,8 milliard d’euros pour une production commerciale en 2030.

Imerys réaffirme sa confiance dans le lithium made in France… tout en décalant ses plans ! A l’occasion de ses résultats semestriels, présentés mardi 29 juillet en début de soirée, le champion français des minéraux industriels a fait un point sur l’avancement de son projet de construire une mine et une raffinerie de lithium dans l’Allier, la première à Beauvoir, près du village d’Echassières, et la seconde à Montluçon. «L’étude de préfaisabilité (PFS) a confirmé la solidité des fondamentaux de [notre] projet d’exploitation du lithium», écrit l’industriel dans son communiqué de presse.

Plus de trois fois plus de lithium que prévu

Suite à plusieurs campagnes de forage, Imerys réaffirme que Beauvoir abrite un «gisement de lithium de classe mondiale». Ce dernier contiendrait 373 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 1% d’oxyde de lithium (Li2O), ainsi qu’un peu d’étain et de tantale. Une quantité plus de trois fois plus importante que celle estimée lors de l’annonce du projet, fin 2022 (117 millions de tonnes à 0,9%).

Ce chiffre estime seulement les ressources, qui indiquent la présence d’un métal d’intérêt sans se préoccuper de la possibilité ou non de l’exploiter économiquement (on parle sinon de réserves). Imerys précise que le cœur du gisement contient «69 millions de tonnes à 1,22% de Li2O, renforçant l’attrait économique du projet».

«L’augmentation des ressources et de la concentration – qui est importante pour le coût final du lithium – est une bonne nouvelle. Cela permettra notamment d’avoir une exploitation plus longue que prévue, d’une cinquantaine d’années», réagit le directeur financier du groupe, Sébastien Rouge, auprès de L’Usine Nouvelle, en pointant que des études d’exploration continuent.

La teneur, qui régit la quantité de matière à déplacer, est un facteur crucial de la compétitivité des mines (aux côtés notamment de la structure de la roche, des coproduits associés ou des technologies et des infrastructures utilisées). A titre de comparaison, Jadar que souhaite exploiter Rio Tinto en Serbie au prix de violentes controverses, abrite 143 millions de tonnes de minerai avec une teneur moyenne de 1,8% d’or blanc, et les mines rocheuses en Australie (le premier producteur mondial) oscillent entre 1 et 3%…

Projet plus cher, décalé à 2030

Imerys souligne que Beauvoir fait partie des cinq plus grands gisements de roche dure identifiés. Concernant les teneurs, «nous sommes effectivement un peu moins bons que les meilleurs gisements déjà connus aujourd’hui. Mais si l’on se compare aux nouveaux projets qui font l’objet de travaux dans le monde, nous sommes parmi les meilleurs en termes de concentration et de cash cost [coût de production]», répond Sébastien Rouge. Le coût de production de lithium pour batterie dans l’Allier se situerait vers «le bas de la fourchette de 7 à 9 €/kg précédemment annoncée».

Quelques moins bonnes nouvelles ont également été annoncées. Tout d’abord, le coût du projet est réévalué à 1,8 milliard d’euros (contre un peu plus d’un milliard anticipé en 2022) notamment en raison de normes environnementales et sociales plus strictes et de l’inflation. Le minier note toutefois être éligible à plusieurs subventions, dont 200 millions d’euros de crédit d’impôts pour l’industrie verte (C3IV), déjà sécurisées. Par ailleurs, la production commerciale est décalée de deux ans, à 2030. Ce qui implique une décision d’investissement en 2027.

En quête de partenaires

A court terme, l’entreprise minière prévoit toujours de débuter la construction d’un pilote industriel, après avoir obtenu les autorisations nécessaires, qu’elle espère dans les prochains mois. En raison du montant d’investissement nécessaire, le groupe a aussi lancé, plus tôt que prévu, une recherche de partenaires pour porter le projet.

Problème : le marché est en surproduction, plongé depuis deux ans dans ce que les analystes ont baptisé «l’hiver du lithium». Ces derniers mois, plusieurs grands noms du secteur ont freiné leur montée en puissance ou annulé des plans. Sur les six premiers mois de 2025, les cours de carbonate de lithium (la qualité standard dans les batteries) ont oscillé entre 7 et 9 euros le kilo. La plupart des analystes estiment qu’ils devraient rester stables, ou remonter légèrement (vers 10 euros le kilo), sur les 18 prochains mois.

Vers des prix plus hauts à la fin de la décennie

C’est insuffisant pour rentabiliser l’investissement, reconnaît Sébastien Rouge, qui reste optimiste en raison de l’augmentation des besoins attendus à moyen terme, avec l’essor du véhicule électrique. «La baisse a été brutale et nous sommes à un prix plancher depuis un certain temps. Mais nous nous attendons à une inversion des courbes entre offre et demande d’ici la fin de la décennie. Celle-ci s’est décalée dans le temps, ce qui fait qu’il y a un peu moins de pression pour arriver sur le marché vite, d’autant que l’écosystème européen des batteries (qui sera notre client) a pris du retard», rassure le directeur financier. Imerys devrait aussi jouer sur les bénéfices écologiques et stratégiques qu’apporterait, selon lui, la production de lithium pour batterie en France.

«Les prix de marché actuels sont insoutenables», écrit aussi Rio Tinto dans ses résultats semestriels présenté mercredi 30 juillet. Selon les chiffres du géant minier, qui parie fortement sur le lithium avec le rachat du spécialiste Arcadium pour 6,7 milliards de dollars fin 2024, il faudra plus de deux fois plus de d’or blanc en 2035 qu’en 2025, signifiant que les prix doivent augmenter pour inciter au lancement de nouveaux projets.

Ce contenu a été publié dans Allier, Connaître les ennemis, EMILI, Imerys, Imerys actu. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.