[pompé sur splaan]
L’affaire de pollution impliquant la mine Imerys de Glomel prend une tournure politique et judiciaire. Après nos révélations sur un important déversement de produits chimiques, plusieurs responsables publics, associations environnementales et organisations syndicales réclament davantage de transparence, un renforcement des contrôles et des comptes à rendre de la part de l’industriel comme de l’État.

Depuis nos révélations sur le déversement de 3 000 litres de produits chimiques au sol par la mine d’Imerys à Glomel (22), les réactions se sont enchaînées. Saisi par l’élu d’opposition écologiste Jean-Yves Jégo, le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une enquête préliminaire pour « déversement dans l’eau par violation délibérée avec des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune ».
Plusieurs élus sont aussi montés au créneau. À commencer par le maire, pourtant peu connu pour son opposition à la mine : il a fait voter une résolution à l’unanimité sollicitant « des éclaircissements auprès de la société Imerys sur les faits de pollution révélés ».
Le président (ex-PS) du conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a interpellé le préfet de région dans un courrier daté du 1er avril. Il lui demande « un suivi renforcé de l’état des milieux naturels par un programme d’analyse ».
Muriel Lepvraud, la députée (LFI) de la circonscription, a fait part de sa préoccupation dans un communiqué. Elle y pointe « le manque d’information et de transparence sur les sites miniers ». « J’ai moi-même visité le site de Glomel avec Imerys en 2023, poursuit-elle. Pourquoi ce bassin de flottation ne m’a-t-il pas été présenté ? Je n’ai d’ailleurs pas été informée de l’utilisation de produits chimiques pour l’exploitation de l’andalousite. »
Toujours à gauche, la section centre-bretonne du parti autonomiste UDB demande à la direction régionale de l’environnement (Dreal) un contrôle « sérieux » du site. Elle ajoute que « les services préfectoraux qui ont autorisé Imerys à étendre son site d’extraction et à ouvrir la fosse quatre malgré ces diverses pollutions devraient, tout comme la multinationale, rendre des comptes devant la justice ».
La secrétaire régionale du parti Les Écologistes, Manon Galle, considère que les faits que nous avons mis au jour « illustrent une dérive profonde poursuivant une logique extractiviste destructrice, au mépris de la biodiversité, de la santé publique et de la démocratie locale ».
Solidaires Côtes-d’Armor fait le lien avec l’affaire des intoxiqués de Triskalia (devenu Eureden), dans laquelle le syndicat s’est impliqué. « Sur les sites industriels comme celui d’Imerys, la Dreal effectue certes des contrôles, mais ceux-ci sont notoirement insuffisants et peu suivis d’effet, puisqu’il n’y a pratiquement jamais de sanction pénale en cas d’infraction constatée », écrit son porte-parole, Serge Le Quéau.
L’Association de mise en valeur des sites naturels de Glomel (AMV) a mis plus de temps à réagir. Un mois après nos révélations, ses représentants s’inquiètent dans un communiqué d’une possible « dégradation durable et profonde de la qualité des milieux de la réserve naturelle régionale de Glomel ».
Réclamant à leur tour un renforcement des contrôles, ils relèvent qu’« en décembre 2024 puis début avril 2026, des demandes de clarifications ont été adressées aux services de l’État par la Région, autorité de classement de la réserve naturelle, préconisant notamment la mise en place d’un suivi renforcé permanent des milieux naturels ».
En 2024, le président d’AMV, Yvon Le Méhauté, nous assurait que l’argent versé par Imerys à son association constituait « un deal gagnant-gagnant ».
L’industriel ne s’est pas épanché dans la presse, évitant d’attirer trop l’attention sur sa mine bretonne au moment où un projet d’ampleur se concrétise en Auvergne. Le mercredi 22 avril, Emmanuel Macron a coiffé un casque Imerys pour visiter le futur site d’extraction de lithium de la multinationale dans l’Allier, vantant une « cathédrale industrielle de l’indépendance française ».
Héritage toxique
Air Breizh élargit sa surveillance du lindane à Rennes. Pendant cinq mois, cinq nouveaux capteurs doivent mesurer la présence de cet insecticide dans différents quartiers, nous apprenait Ouest-France en février. Classé cancérogène pour l’homme et interdit en agriculture depuis 1998, il atteignait une concentration annuelle moyenne de 0,25 ng/m³ en 2023 dans le parc du Thabor, où il a jadis été employé sur les massifs fleuris.
Un niveau record à l’échelle nationale, selon le tableau de bord PhytAtmo Dataviz, mis en ligne fin mars par Atmo France. Si l’outil permet d’identifier des situations de « vigilance », il n’existe pas, à ce jour, de valeurs réglementaires pour les taux de pesticides dans l’air.
Principe de réalité
Dans le projet de loi d’urgence agricole, un article vise à limiter les mesures de compensation concernant la destruction de zones humides déjà « altérées ». Rappelons que les zones humides, réservoirs de biodiversité dont le rôle est essentiel pour lutter contre les sécheresses, sont de fait largement fragilisées par les pratiques de l’agriculture conventionnelle et par le changement climatique. Une simple « prise en compte réaliste des situations de terrain », selon le ministère de l’Agriculture.
La loi propose aussi de faciliter les projets de méga-bassines et d’irrigation. Même s’il faut pour cela passer au-dessus de la réglementation définie par les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage), jusqu’alors prescriptifs en la matière. Une fragilisation de la démocratie de l’eau, comme l’analyse Reporterre.
Traquenard à l’Assemblée
L’association Quota Climat est tombée dans un beau traquenard le 26 mars dernier. Avec l’Association française pour l’information scientifique (Afis), François de Rugy, Agnès Buzyn et l’inénarrable Géraldine Woessner, journaliste au Point, la feuille de route de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public était toute tracée : « prouver » que l’information scientifique serait de piètre qualité sur le service public d’information. Soit exactement le contraire de ce que démontre l’étude de QuotaClimat. Méthode : désinformer, propager le doute. Et surtout exclure tout journaliste scientifique.
Nickel-chrome
Les habitants d’Indre (44), à 10 km de Nantes, n’en ont pas été informés, mais ils sont exposés à un important excès de risque individuel (ERI) de développer certains cancers. Nicolas Cossic, pour le média Reporterre, révèle que l’entreprise ArcelorMittal, qui produit de l’acier destiné à fabriquer des emballages alimentaires, rejette dans l’air des quantités « anormalement élevées » de chrome VI, reconnu cancérogène depuis 1990. Le site en émet 13 fois plus qu’une usine similaire basée en Espagne.
Le maire de la commune lui-même n’avait pas connaissance de ce risque sanitaire particulièrement élevé.