Saccage de mines

[pompé sur iaata.info]

L’état fRançais, main dans la main avec les grandes entreprises extractivistes telles qu’Imerys, envisage la création de plusieurs mines sur son territoire. Son ambition phare : une mine d’extraction de lithium à Echassières dans l’Allier. Un métal rare essentiel dans la fabrication de batteries électrique.
Elle débuterait par un projet pilote annoncé pour 2025, avec mise en place définitive pour 2028.
Dans un contexte d’épuisement des énergies fossiles et de militarisation mondiale, l’état continue son entreprise de destruction du vivant.

Les défenseurs de ce projet ne manquent pas d’arguments, « nos » renault seront bientôt écolo. Le capitalisme vert a de beaux jours devant lui puisque le cumul des productions d’énergies et la recherche d’une croissance sans fin sont renommées « transition écologique ». On entend des experts nous conter qu’en Europe les normes permettent une extraction plus propre qu’ailleurs, qu’extraire en fRance serait un geste décolonial. Lol. Que ce soit clair, une nouvelle mine en fRance ne fermera aucune mine en Amérique du Sud. Une mine reste une mine. Qu’adviendra t’il alors des forêts environnantes comme la charmante forêt des Colettes située dans et aux alentours du projet Emili ?

Dans un climat de guerre généralisée, l’état fRançais a tout intérêt a mettre la main sur l’enjeu stratégique que représente le lithium. La monopolisation de l’eau, sa pollution, l’accumulation de déchets toxiques et radioactif ainsi que tous les ravages inhérents à cette industrie sont visiblement des sacrifices admissibles afin de préserver la souveraineté nationale.
Les responsables de ces projets ont des noms, des adresses, des bureaux…
Iels sont attaquables.
En tant qu’anarchistes, nous nous opposons non seulement à ce projet de mine, mais aussi à l’existence même de toutes mines et d’une forme de société qui en dépend. Une société basée sur la domination et l’autorité.

Une lutte contre la mine d’Echassières est déjà en cours. Ailleurs, d’autres révolté•e•s se bougent contre l’extractivisme. On peux faire écho à leurs révoltes en s’attaquant ici aux entreprises responsables des ravages là-bas. On peux s’en prendre directement aux acteurs impliqués dans la construction de cette nouvelle mine de lithium. Le fait que ce projet soit tentaculaire le rend fragile. Ciblons l’état (BRGM, mairies, bureau des collectivités territoriales, et autres) et ses sous fifres (Iris, Géoderis, ou chercheur.euses collabos), l’industrie extractive (Imerys, Eramet pour les mines de lithium au Chili, ou de nickel en Kanaky ou en Indonésie…) et toutes les entreprises de production qui en découlent. De l’automobile à l’armement.
Il est possible de nuire à la bonne marche de ce projet.
Du tag au sabotage, du blocage à l’émeute, unissons-nous de toutes nos rages contre ce monde de mines et de cages.

 

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Appel à action contre la compagnie minière canadienne Aclara : #FueraMinera Aclara

[pompé sur mtlcounterinfo.org]

Nous voulons que les collines de Penco soient exemptes d’extractivisme.

Les communautés de Penco, Lirqué, Tomé et des environs luttent contre un projet d’exploitation minière de terres rares depuis plus de dix ans. Elle s’appelait d’abord Biolantánidos, aujourd’hui Minera Aclara. Nous avons l’intention de revitaliser cette lutte contre ces centres de mort, d’informer les communautés de ses dangers et de ses conséquences, et de tisser des réseaux actifs. Pour cette raison, avec des collectifs et des mouvements de défense des collines de Penco, nous avons créé la campagne #FueraMineraAclara, qui circule dans les médias alternatifs, les radios libres et les nouveaux sites d’Abya Yala (le soi-disant continent américain) et de la planète.

Contre une forte intervention de cette société sur Penco, la résistance se poursuit au sein d’une communauté qui aime, valorise et coexiste avec l’environnement naturel, générant une défense terrestre continue, contre les intérêts militaires et technologiques des entreprises mondiales de puissance et de dévastation. Actuellement, Penco est dans la ligne de mire de l’extractivisme mondial. La société Aclara Resource, cotée en bourse à Toronto, offrirait aux États-Unis et au Canada des niveaux de production de terres rares compétitifs par rapport à la Chine, après la construction de deux installations d’extraction, l’une à Penco (Chili) et l’autre à Goiás (Brésil). Nous appelons tout le monde à se joindre à cette campagne avec des activités, de la propagande, des discussions, des graffitis, des rassemblements et tout ce qui est dans notre imagination, pour arrêter la destruction des collines de Penco. Ce n’est que le début d’une avant-garde extractiviste à la recherche de terres rares au Sud. Rejoignez-nous et ensemble, nous défendrons les forêts et les collines de Penco.

#FueraMineraAclara

Nous voulons que les collines de Penco soient exemptes d’extractivisme.

Plus d’infos sur : https://lazarzamora.cl/

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Berlin (Allemagne) : saboter le transport des travailleurs de Tesla

[pompé sur sans nom]

Sabotage d’une ligne de train et d’une antenne-relais
Traduit de l’allemand de de.indymedia, 12 février 2025

Il y a très exactement un an, la forêt de Grünheide a été occupée près de Berlin afin d’empêcher l’extension de la Gigafactory de Tesla. Après à peine neuf mois d’existence, l’occupation a été expulsée en novembre dernier, au prétexte fallacieux d’une enquête pour possession d’armes. C’est dès ce moment-là que des pelleteuses aux ordres de la compagnie ferroviaire Deutsche Bahn, ont commencé à creuser un sillon de désolation à travers la forêt, afin de construire des voies ferrées et une gare de marchandises destinées à l’extension de la Gigafactory. Entre-temps, contre la volonté de la population du coin, Tesla avait obtenu l’autorisation d’agrandir son usine mais aussi un nouveau contrat sur l’eau, lui permettant de rejeter encore plus de déchets toxiques dans les eaux usées.

En bref : tout roule pour le techno-fasciste et fan du parti d’extrême-droite AfD, Elon Musk.

Mais nous n’allions pas non plus rester les bras croisés face à ces faits. La lutte contre Tesla a déjà donné lieu à de nombreux et merveilleux moments de résistance, et a montré qu’en combinant différentes méthodes, même l’une des entreprises les plus puissantes du monde peut être mise à genoux, au moins temporairement. Nous voulons continuer dans cette voie.

tesla-berlin-sabotage

Ce matin, nous avons interrompu la ligne de chemin de fer par laquelle transitent chaque jour des milliers d’ouvriers et d’ouvrières de Tesla entre la capitale et la zone de Grünheide [où est située l’usine Tesla], mais aussi des marchandises comme le pétrole et le gaz d’Est en Ouest, et nous avons mis le feu à une antenne-relais située à proximité immédiate du puits de câbles ferroviaires. Ce sabotage a pour cible la Deutsche Bahn et Tesla, les deux principaux responsables de l’expulsion et du défrichage de la forêt, ainsi que l’infrastructure qui constitue l’épine dorsale de la domination numérique et du contrôle.

Nous sommes conscients que les atteintes à la nature causées par ces entreprises à Grünheide ne sont qu’une petite partie de ce que le complexe technologique et industriel et la production de véhicules électriques qui en découle provoquent comme destruction dans le monde entier. L’accaparement des terres, la surexploitation, la pollution de l’environnement et l’exploitation brutale de la main-d’œuvre humaine vont toujours de pair avec l’extraction de matières premières et les infrastructures de transport nécessaires.
Les minéraux comme le lithium, le cobalt, le cuivre, etc., dont ils ont énormément besoin pour fabriquer batteries de voiture et autres technologies-clés de la transition énergétique qui nous font miroiter un développement durable, ne sont pourtant disponibles qu’en quantité limitée, et leur accès est bien entendu disputé. Il en va de même pour les produits high-tech comme les puces électroniques, qui sont intégrées dans tous les appareils techniques imaginables et ne sont produites que par une poignée d’entreprises dans le monde.
Les tensions géopolitiques qui en résultent pourraient bientôt transformer les guerres commerciales actuelles en de sérieux conflits armés. La transformation « verte » tant vantée, qui suit imperturbablement le mantra capitaliste du « plus vite, plus haut, plus loin », ne fait donc pas qu’attiser le réchauffement climatique et les catastrophes qui y sont liées, mais possède également, en interaction avec d’autres facteurs, le potentiel de conduire à nouveau l’humanité au bord du gouffre d’une guerre mondiale. Celle-ci menace pourtant de devenir aussi durable que les crises capitalistes elles-mêmes.

Les techno-fascistes comme Elon Musk profitent de ces développements et, de manière étonnante, servent de charnière idéologique entre la foule raciste de la rue, l’extrême droite des parlements et les élites économiques qui croient au progrès et vénèrent la technologie comme la panacée qui sauvera la civilisation. Face à la guerre et à la crise, le (néo)fascisme et le capital se donnent à nouveau la main et forment une alliance dangereuse qui rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire.

La Deutsche Bahn et Tesla/SpaceX font partie des nombreuses entreprises qui profitent à la fois de la catastrophe écologique et d’un scénario de guerre imminent. D’une part, parce que la fable d’une « économie verte » demeure malgré tout tenace, et sert de booster à leurs affaires au nom d’une prétendue durabilité possible. D’autre part, parce que ces deux entreprises jouent, avec leurs infrastructures et avec leurs applications technologiques, un rôle important dans la logistique de guerre des États-membres de l’OTAN, qui tournent sans cesse la roue de l’escalade dans le bras de fer mondial, afin de défendre la suprématie occidentale et de pouvoir poursuivre sans encombre l’asservissement colonial du Sud global. Si besoin par la guerre.

Pas avec nous – Pas de repos pour les profiteurs de la guerre et de l’écocide !
Salutations aux anti-fascistes qui mettent le feu à Tesla, des États-Unis jusqu’à Dresde !
Amour et force pour les prisonnier.es et celleux en cavale !

PS.: D’autres entreprises qui ont participé à l’expulsion en louant des engins de construction ou qui s’enrichissent grâce à l’extension de la Giga-Factory seront certainement heureuses de recevoir votre visite :
Matthäis Bauunternehmen GmbH & Co
STRABAG
Boels
HKL Baumaschinen

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Les îles Cook vont explorer leurs fonds marins riches en minéraux avec la Chine

Le Premier ministre des îles Cook, Mark Brown, a déclaré dans un communiqué que cet accord s’inscrivait dans le cadre du « partenariat stratégique » avec la Chine révélé il y a une semaine. Celui-ci couvre notamment le commerce, l’investissement et l’océanographie.

Selon le texte diffusé samedi, les deux pays vont travailler ensemble en matière d' »exploration » et de « recherche de ressources minérales des fonds marins » dans les eaux de ce micro-Etat de 17.000 habitants.

Le protocole négocié avec la Chine n’implique cependant aucun accord pour la délivrance de licences d’exploration ou d’exploitation à ce stade, a indiqué le gouvernement des îles Cook.

Nickel et cobalt

Trois entreprises, CIC, CIIC Seabed Resources et Moana Minerals, bénéficient depuis 2022 de licences pour explorer les fonds marins du minuscule pays insulaire, à la recherche de nodules riches en métaux tels que le nickel et le cobalt, qui sont utilisés dans les batteries des voitures électriques.

Le gouvernement des îles Cook ne compte toutefois pas donner un éventuel feu vert pour l’exploitation avant d’avoir évalué les conséquences d’une telle activité, en particulier sur l’environnement.

« Notre secteur des minéraux en fonds marins reste sous surveillance réglementaire stricte, garantissant que toutes les décisions sont prises de manière transparente et dans le meilleur intérêt des îles Cook et de leur population », a assuré M. Brown dans son communiqué.

Les entreprises du secteur espèrent gagner des milliards de dollars en extrayant des fonds marins des nodules polymétalliques chargés de manganèse, cobalt, cuivre et nickel. En face, les défenseurs de l’environnement craignent que ce procédé ne ravage les écosystèmes.

Des ambitions qui font tâche d’huile

Dans la région Pacifique, la Nouvelle-Zélande soutient actuellement une interdiction internationale. Mais mi-février, le ministre des Ressources du pays, Shane Jones, a déclaré à l’AFP que Wellington n’excluait plus de changer d’avis, « alors que les minerais stratégiques ont un rôle de plus en plus important à jouer ».

En Europe, la Norvège comptait attribuer en 2025 ses premiers permis d’exploration minière sous-marine, mais son gouvernement a consenti à ne pas le faire dans ce délai, en vertu d’un accord conclu avec un petit parti allié pour faire adopter son budget.

La Chine, elle, cherche à étendre son influence militaire, économique et diplomatique dans le Pacifique en se rapprochant des micro-Etats de la région, au détriment notamment des Etats-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ou encore de la France, puissances historiques de la zone. Les îles Salomon et Kiribati y sont par exemple d’autres bénéficiaires de l’aide chinoise.

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« On n’avait pas la perception du danger. » L’histoire, en images, de l’exploitation de l’uranium en Limousin

[pompé sur franceinfo]

Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un métal lourd radioactif est trouvé en quantité dans le nord de la Haute-Vienne : l’uranium. À l’époque, l’évènement passe presque inaperçu, pourtant cette découverte va bouleverser les hommes et le territoire. Retour sur l’aventure de l’uranium en Limousin avec les archives de la télévision régionale.

Soixante-seize ans après la découverte d’uranium à Saint-Sylvestre, en Haute-Vienne, les traces du premier gisement français sont toujours visibles, au bord du lac de la Crouzille.

C’est d’abord pour produire de l’uranium à des fins militaires. Ce ne sont pas de très grandes quantités. On ne savait pas trop ce qu’allait être ce gisement. Ce n’est qu’après, quand s’est développée une filière d’uranium civil, que ça a pris toute son importance.

Philippe Grandcoing, Historien

À partir des années 70, avec le développement à marche forcée de l’électricité nucléaire, les mines d’uranium se sont multipliées dans le nord de la Haute-Vienne. De nombreux agriculteurs sont devenus des mineurs. Un travail dur dont ils ignoraient les conséquences. « On n’en avait pas conscience à l’époque, précise l’historien Philippe Grandcoing. C’est le même problème que pour l’amiante. Il y avait une ignorance complète, à l’époque, des risques liés à la radioactivité. Oui, c’était dangereux, mais on n’avait pas la perception du danger. »

Les mineurs quand ils travaillaient avaient des dosimètres, relevés chaque mois pour analyses. Des appareils qu’ils ne portaient pas toujours sur eux. En outre, ces hommes qui œuvraient au fond des mines n’avaient pas forcément connaissance des résultats. 

Le temps efface les traces

Aujourd’hui, les traces des anciennes mines d’uranium s’effacent peu à peu, recouvertes par la végétation. Cependant, les conditions de leur fermeture définitive, dans les années 2000, auront suscité de nombreuses polémiques.

À Bessines, au nord de Limoges, personne ne savait qu’entre 1968 et 1989, 200 000 fûts ayant contenu des déchets radioactifs avaient été enfouis dans les mines d’uranium de la Cogema (Compagnie générale des matières nucléaires). 88% étaient vides, mais portaient encore des traces de radioactivité, 12% contenaient de l’uranium faiblement enrichi de l’usine de Pierrelatte et de celle du Bouchet dans la région parisienne.

Ça s’y prêtait d’une certaine manière, les sites étaient déjà en profondeur. On allait enfouir, fermer ces mines. Donc, on en a profité pour enterrer des déchets.

Philippe Grandcoing, Historien

Est-ce que cela s’est fait en toute transparence ? « Non, ajoute Philippe Grandcoing, à l’époque, il n’y avait pas cette exigence-là. Cela relevait, si j’ose dire, du secret-défense qui était autour du nucléaire. »

De la radioactivité dans l’eau

Dans les années 80 et 90, la radioactivité relevée dans les sédiments des lacs de loisirs ou des réserves d’eau proches des anciennes mines d’uranium ont contraint la Cogema à curer les boues contaminées. Pour l’image de la région, le mal était fait.

C’est comparable à l’exploitation des richesses du tiers monde, puisque le Limousin n’en tire pas profit. On vient prendre une richesse que l’on va exploiter ailleurs, dont on va éventuellement tirer les bénéfices pour d’autres. Mais finalement, les intérêts locaux ne sont pas forcément beaucoup pris en compte.

Philippe grandcoing, historien

Pour la première fois, 75 ans après sa première exploitation, l’uranium va être transformé et valorisé, sur place, en Limousin.

Sur le site de l’ancienne Cogema, à Bessines, Oranomed, est en train de construire une usine de production de thorium 228, un nouveau médicament de radiothérapie destiné à soigner certains cancers.

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Exploitation des fonds marins : les îles Cook vont-elles collaborer avec la Chine ?

[pompé sur franceinfo]

Archives. Recherche sous-marine avec le robot Victor de l’Ifremer.
Tandis qu’en Polynésie Winiki Sage, président de la FAPE, redoute l’exploitation des fonds marins, les îles Cook ont entamé des discussions avec la Chine concernant « l’exploration » de ses ressources minières. Elles envisagent depuis quelque temps déjà l’exploitation minière de ses fonds marins, qui représenteraient une manne financière, un moyen de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et de s’armer contre le réchauffement climatique.

Tout porte à croire que les îles Cook pourraient dire oui à l’exploitation des fonds marins. Pour l’instant, cette petite nation autonome du Pacifique de 17 000 habitants, ancienne colonie de la Nouvelle-Zélande, en est seulement à l’exploration. Elle a accordé une licence à trois entreprises pour rechercher des nodules riches en métaux tels que le nickel et le cobalt, qui sont utilisés dans les batteries des voitures électriques.

Une manne financière pour les petits pays et géostratégique pour la Chine

« Ces conversations ont ouvert la porte à de nouveaux domaines de collaboration, » a indiqué le Premier ministre de l’archipel Mark Brown, qui a effectué une visite à Pékin. Le dirigeant, également en charge du portefeuille des minéraux des fonds marins a mis en avant le fait que ce secteur pourrait rapporter plusieurs milliards de dollars et serait un moyen de se protéger contre le changement climatique « grâce à tous les revenus que nous pouvons obtenir« . Les îles Cook travaillent sur la question depuis des décennies. Elles organisaient justement la 52ème conférence sur les minéraux sous-marins en septembre dernier.

Forcément, ces minéraux attisent les convoitises, en particulier des grandes nations. Avec en tête, la Chine qui s’intéresse à ces richesses depuis les années 1980 et souhaite en faire une industrie. D’autant que la Chine cherche à étendre son influence diplomatique, économique et militaire dans la région stratégique du Pacifique, défiant l’influence historique des Etats-Unis, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie… En décembre, les îles Cook ont accueilli le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Ma Zhaozu, pour discuter du renforcement des liens dans des domaines tels que le développement économique, la santé, l’éducation et la réponse au changement climatique. Les îles Cook disposent d’une vaste Zone économique exclusive (ZEE) dans le Pacifique Sud et sont liées par un accord de « libre association » à la Nouvelle-Zélande, qui leur apporte un soutien budgétaire et une assistance en matière d’affaires étrangères et de défense. Ses habitants jouissent de la citoyenneté néo-zélandaise.

La Nouvelle-Zélande avait justement exprimé la semaine dernière sa « vive préoccupation » concernant un accord de coopération négocié avec la Chine, dont les détails n’ont pas été publiés. En parallèle, Aotearea envisage de retirer son soutien à une interdiction internationale de l’exploitation minière des fonds marins, tel que l’a déclaré mardi à l’AFP le ministre des Ressources du pays, y voyant une manne financière pour la Nouvelle-Zélande. Ce pays est pourtant cité comme exemple en ce qui concerne la défense de l’environnement.

Les points de vue divergent en Polynésie

L’enjeu est crucial pour l’ensemble du Pacifique. Car l’exploitation des fonds marins dans un seul des pays de la zone pourrait impacter tous les autres. On ne connaît pas encore les conséquences qui pourraient survenir après avoir creusé au fond de l’Océan. Et c’est tout le problème. Les associations de protection de la nature et les scientifiques craignent que cette pratique ne détruise les écosystèmes marins, qui jouent un rôle crucial pour réguler le climat, et certaines nations ont demandé son interdiction.

Imaginez quand l’Homme va commencer à aller creuser à 4000 mètres de fond, on ne sera pas là pour voir ce qui se passe avec les impacts qui peuvent être terribles.

Winiki Sage, président de la FAPE en Polynésie

Winiki Sage, le président la fédération des associations de protection de l’environnement s’est positionné sur notre plateau en défaveur de ces exploitations. « Tout ce qui est extraction des fonds marins c’est quelque chose que l’on redoute, quand on voit comment on a traité les mines sur terre. (…) Les îles Cook sont prêtes à le faire ; il y aura un impact aussi sur notre Pays ! C’est ça qui est grave » a-t-il alerté.

Les positions divergent au niveau local, même si un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins a été voté à l’Assemblée en 2022. Moetai Brotherson ainsi que l’État sont favorables aux recherches mais pas à l’exploitation. Mais Oscar Temaru, président du Tavini, a réitéré son souhait d’exploiter les fonds marins pour y extraire les nodules polymétalliques. « [Nous sommes] un pays très très riche. Et c’est à la jeunesse de faire un choix » avait lancé le leader indépendantiste.

Un code minier devrait voir le jour courant 2025

Pour l’instant, aucun code minier n’existe. Depuis dix ans, l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) négocie pour fixer les règles d’une éventuelle exploitation de ces grands fonds marins classés « patrimoine commun de l’humanité ».

En attendant, l’AIFM a autorisé uniquement des explorations. Les recherches se poursuivent dans les fonds marins pour établir une réglementation qui corresponde à la réalité et aux enjeux. Elle devrait voir le jour courant 2025.

Mais en l’absence de code minier, les pays favorables aux extractions minières pourraient enclencher le pas. Nauru, île détruite par une surexploitation de phosphate, a affiché en juillet 2024 sa volonté de déposer un contrat d’exploitation par une entreprise canadienne avec comme objectif une mise en œuvre en 2026. Cette même entreprise a annoncé en août 2024 le lancement d’un projet d’exploitation minière en eaux profondes dans le Pacifique sud en 2026, par l’intermédiaire d’une filiale soutenue par Nauru. Selon l’AFP, la société espère ouvrir une vaste zone économique offshore pour recueillir dans les fonds marins des roches polymétalliques. Les Tonga militent également en faveur de l’extraction, tandis que les Palaos, les Samoa et les Fidji s’y opposent fermement.

Un forum des îles du Pacifique sur les minéraux sous-marins est prévu du 17 au 21 février 2025.

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Mali: au moins 48 morts dans un effondrement sur le site d’une mine d’or

[pompé sur rfi]

Au moins 48 personnes sont mortes samedi dans un effondrement sur le site d’une mine d’or illégalement exploitée dans l’ouest du Mali, un bilan particulièrement lourd dans une région coutumière des accidents dans le secteur minier.

Vue d'une mine d'or artisanale au Mali en janvier 2025.
Vue d’une mine d’or artisanale au Mali en janvier 2025. © OUSMANE MAKAVELI/ AFP

L’incident a eu lieu sur ce site d’orpaillage illégal, à la surface de cette mine anciennement exploitée par une entreprise chinoise au Mali. « Le bilan est de 48 morts à la suite de l’éboulement », a déclaré une source policière locale. Les victimes sont essentiellement des « jeunes femmes », dont une qui portait « son enfant dans le dos ».

De nombreux orpailleurs artisanaux se rendent sur ces sites dans l’espoir d’y trouver de l’or. De tels drames sur des sites d’orpaillage endeuillent régulièrement le Mali et l’Afrique de l’Ouest, où les mines artisanales prospèrent et attirent des milliers d’orpailleurs de toute la sous-région, travaillant dans des conditions précaires.

Selon un responsable local contacté au téléphone par l’AFP, « le drame a eu lieu à Bilaly Koto ». Boubacar Keita, de l’association des orpailleurs de Kenieba, décompte également au moins 48 morts sur ce site d’orpaillage illégal. « C’est un site illégal. Il y a beaucoup de complicité pour l’exploitation de ce genre de sites dans la région. Les recherches se poursuivent », selon le responsable d’une organisation locale environnementale.

Il y a un peu plus d’un an, un éboulement particulièrement meurtrier avait fait plus de 70 morts dans une mine d’or du sud du Mali. Fin janvier, au moins une dizaine d’orpailleurs ont été tués, majoritairement des femmes, à la suite de l’effondrement d’une mine dans le sud du pays. Des accidents sont également régulièrement signalés en Guinée, au Sénégal, dans des régions frontalières de l’ouest malien.

L’or attire les grands groupes étrangers qui travaillent avec l’autorisation des autorités, mais aussi des orpailleurs artisanaux de toute la région que les autorités peinent à réfréner et qui prennent des risques considérables dans l’espoir de trouver de l’or sans aucune protection.

Dans un rapport de 2023, la Banque Mondiale rappelle que le « secteur minier est un pilier fondamental de l’économie malienne ». L’or contribue à un quart du budget national du Mali. La junte a adopté en août 2023 un nouveau code minier. En négociant ou renégociant les contrats, le Mali a dégagé plus de 700 milliards de francs CFA (plus d’un milliard d’euros), disait fin décembre le ministre de l’Économie, Alousséni Sanou.

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ALERTE : la CMA annonce le début des forages.

[pompé sur stopmines87-24]

Autour du 5 février 2025, la Compagnie des Mines Arédiennes a informé les riverains des anciens sites miniers de Laurieras (Saint-Yrieix-la-Perche, La Roche l’Abeille) et Moulin de Chéni (Le Chalard et St-Yrieix-la-Perche) des futurs travaux de sondages de reconnaissance géologique.

Selon les mots de l’entreprise, la durée prévue des travaux est de 6 mois, pour un démarrage prévu fin février 2025.

La plage horaire autorisée est de 6h à 22h, du lundi au samedi, pour réaliser « 44 sondages et 29 plateformes » !

Stop Mines 87-24 a déjà relevé dans le dossier de candidature de la Compagnie des Mines Arédiennes pour ce secteur, déposé en Préfecture de Haute-Vienne, que les sondages sont des forages destructifs, qui creusent environ 100m par jour et auront une profondeur estimée entre 20 et 600 m de profondeur !

QUE FAIRE ?

> Stop Mines rappelle que les habitants ont le droit de refuser l’accès à leur terrain. Des lettres types sont disponibles : http://stopmines87.fr/2024/04/prudence/

> Faire circuler l’info, échanger avec ses élu·es, s’informer pour connaître les procédés, les impacts et les stratégies des compagnies minières afin de lutter contre la désinformation, adhérer à Stop Mines 87-24 et partager les posts FB !

> Rejoindre StopMines 87-24 : nous nous sommes réorganisé·es en commissions thématiques pour que tout le monde trouve sa place et son rythme. Il est possible de faire du « télé-bénévolat », il est possible de faire des petites missions, comme d’être partout ! C’est maintenant !

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« C’est une honte » : en Haute-Vienne, les habitants de ce hameau luttent contre des forages miniers

[pompé sur ici]

La Compagnie des Mines Arédiennes a envoyé un courrier aux habitants des anciens sites miniers de Laurièras et Moulin de Chéni, à Saint-Yrieix-la-Perche en Haute-Vienne. L’entreprise annonce le début des forages dans les prochains jours.

Les habitants de Laurièras et le collectif Stop Mines 87-24 s'inquiètent de l'annonce de ces forages.
Les habitants de Laurièras et le collectif Stop Mines 87-24 s’inquiètent de l’annonce de ces forages. © Radio France – Thibault Pointeau

De nouvelles mines d’or verront-elles le jour à Laurièras et au Moulin de Chéni ? Plus de 20 ans après la fermeture des dernières mines sur la commune de Saint-Yrieix-la-Perche, en Haute-Vienne, la Compagnie des Mines Arédiennes vient d’annoncer le début des forages. Le président de l’entreprise assure qu’il s’agit simplement d’acquérir des informations sur le sous-sol et qu’aucune exploitation n’est prévue avant 10 ans. Toutefois les habitants de Laurièras s’inquiètent et se mobilisent.

Les riverains concernés ont reçu un courrier moins d'un mois avant le début des forages.
Les riverains concernés ont reçu un courrier moins d’un mois avant le début des forages. © Radio France – Thibault Pointeau
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Entretien : Juan Pablo Gutierrez, autochtone colombien réfugié en France pour avoir résisté à l’industrie minière

[pompé sur contre-attaque.net ]

Menacé en Colombie à cause de son engagement contre l’exploitation minière et pour les droits des peuples autochtones (il a échappé à deux tentatives d’assassinat), Juan Pablo Gutierrez a dû s’exiler en France il y a quelques années. Partisan de « l’union des résistances contre la destruction », c’est aux rencontres internationalistes Peoples’ Platform Europe que nous faisons sa connaissance. L’occasion de faire entendre sa voix et celles des peuples autochtones. Entretien.


Photographie de Juan Pablo Gutierrez, activiste autochtone plein de détermination.

Peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours d’activiste depuis la Colombie jusqu’à aujourd’hui en France ?

Je m’appelle Juan Pablo Gutierrez, défenseur de la mère terre et de la vie, délégué international du peuple autochtone Yukpa et père de Inti. Je suis exilé en France depuis un peu plus de 5 ans, à cause du danger que représentait l’exercice de mon travail de défense des droits et des territoires des peuples autochtones, et du fait d’avoir dénoncé les différents acteurs impliqués dans les problématiques de ces peuples en Colombie, à savoir les entreprises multinationales et leurs pays d’origine, les groupes paramilitaires, les politiques des anciens gouvernements colombiens etc.

J’ai dû quitter la Colombie parce qu’on a essayé de m’assassiner, et je milite actuellement depuis l’Europe, toujours dans la même perspective, en essayant de positionner les peuples autochtones en tant que le nouveau sujet révolutionnaire de la page de l’histoire contemporaine. Je tente de démontrer à travers l’exemple d’organisation historique des peuples autochtones, dans leur diversité, qu’il est aussi possible de s’organiser à l’échelle européenne, aujourd’hui plus que jamais dans ce contexte de renaissance du fascisme.

En 2009, la cour constitutionnelle de Colombie déclarait qu’il y avait «un risque imminent d’extinction culturelle, mais aussi physique du peuple Yukpa». 16 ans plus tard, comment la situation a évolué ?

Oui c’est en 2009 que la cour constitutionnelle a émis cette sentence, dans laquelle elle disait que le peuple Yukpa et 34 autres peuples autochtones (soit 35 des 115 peuples autochtones de Colombie) faisaient face à un risque d’extinction culturelle et physique à cause de la destruction des territoires, en d’autres termes de la logique coloniale et capitaliste qui nous a été imposée par la force depuis plus de cinq siècles au nom du «progrès».

La situation n’a pas évolué jusqu’à aujourd’hui, parce que les différents gouvernements colombiens qui se sont succédés depuis lors n’ont rien fait et ont fait perdurer ces politiques néo-libérales, jusqu’au gouvernement actuel qui est le premier qui représente les intérêts des mouvements sociaux et populaires.

Il faut néanmoins savoir que les gouvernements précédents en Colombie ne sont pas les seuls responsables. Surtout, à l’échelle globale, il existe une pression énorme des pays du nord et des multinationales pour exploiter les ressources qui se trouvent dans nos territoires. Cette pression ne cesse de s’accroître, et ce même dans le contexte actuel de crise climatique. À titre d’exemple, il y a toujours sur le territoire Yukpa une mine de charbon à ciel ouvert, qui fait presque 3 fois la taille de la ville de Paris, malgré une crise climatique sans précédent qui risque même d’exterminer aujourd’hui l’humanité entière.

Tu as évoqué les multinationales, ainsi que les groupes armés. Est-ce a dire qu’il y a une forme d’alliance en Colombie entre ces entreprises et les groupes paramilitaire pour s’approprier les ressources et les territoires des peuples autochtones ?

Oui, contre ceux et celles qui osent s’opposer aux politiques de «développement» et de «progrès», qui en réalité sont des politiques de destruction de nos territoires, les multinationales ont recours aux groupes paramilitaires. C’est un modus operandi bien connu en Colombie (mais aussi ailleurs dans le monde) : ce qui ne peut être obtenu par voie légale ou par le consentement des peuples concernés, ils essayent de l’obtenir par une politique de terreur.

En Colombie il y a ce que l’on appelle des groupes paramilitaires : ce sont des milices armées illégales qui travaillent au service de n’importe qui contre rétribution financière. Elles arrivent pour menacer les communautés en les obligeant à se déplacer, sinon ils tuent et commettent des massacres, coupent les têtes des habitant-es, pour terroriser les populations sans distinction entre hommes, femmes et enfants. Et c’est quasiment impossible de s’y opposer… La situation du peuple Yukpa n’est pas exceptionnelle, c’est la règle pour l’ensemble des peuples autochtones, habitant les territoires les plus riches, ceux dont le nord global dépend pour maintenir leur mode de vie et leurs privilèges.

Est-ce c’est déjà arrivé en Colombie que les peuples autochtones engagent une riposte armée face à ces groupes paramilitaires et ces politiques de la terreur ? Est-ce que la lutte armée est une forme de résistance qui est envisagée par les peuples autochtones ?

À une époque, et face au poids des menaces, les peuples autochtones en Colombie ont créé une guérilla propre qui s’appelait Quintin Lame. Cela s’est terminé par un processus de paix en 1991 suite à un accord de paix. Depuis la lutte continue, c’est une lutte directe mais qui n’est plus armée.

À chaque fois, je dis qu’ici en Europe, la solution c’est de commencer à lutter pour de vrai, de faire une révolution. Les gens me demandent si je suis en train de leur dire de s’armer, et je réponds «oui», il faut s’armer de l’arme la plus puissante qui existe pour un peuple : la détermination !

La détermination d’un peuple mobilisé est telle un fleuve inarrêtable. C’est avec cette détermination que les peuples autochtones ont réussi à devenir une vraie force d’opposition. Mêmes les armes des groupes paramilitaires sont impuissantes face à la détermination d’un peuple dont les membres sont prêts à se faire tuer pour défendre leurs droits.

Tu es un partisan de «l’union des résistance face à la destruction du vivant». Aujourd’hui on se rencontre dans le cadre de la Peoples Platform Europe à Vienne. Quels sont les messages que tu viens transmettre aux organisations européennes qui sont présentes ici ?

La page actuelle de l’histoire est très particulière pour l’Europe, parce que le fascisme est en train de sortir d’une petite sieste de quelques décennies, et il s’est réveillé avec encore plus de force qu’avant. On en voit maintenant les effets dans les principaux pays d’Europe, notamment en France et en Allemagne, Dans cette situation, la seule solution pour moi doit venir de la mobilisation des masses et de l’union des multitudes des secteurs sociaux et populaires. Peoples’ Platform englobe une bonne partie des mouvements sociaux à l’échelle de l’Europe, et selon moi ces organisations doivent faire face à un choix crucial : soit elles s’unissent dès maintenant, soit elles acceptent l’idée qu’elles sont incapables de répondre à la hauteur de la gravité de ce moment historique pour l’Europe.

À travers l’exemple de la mobilisation des peuples autochtones pour leur survie, nous voulons montrer que nous avons perdu beaucoup, mais nous n’avons jamais perdu l’espoir ni la détermination, et ce après 5 siècles de résistance !

On est là pour leur dire que s’il ne tissent pas une véritable communauté de résistance sans frontières, et s’ils ne deviennent pas des multitudes profondément conscientes de leur pouvoir transformateur, ils n’arriveront jamais à devenir un contre-pouvoir qui puisse faire face à ce monstre. C’est ce message d’espoir que nous venons transmettre, pour secouer ces mouvements sociaux, parce que c’est aujourd’hui ou jamais.

Est-ce qu’il existe en Amérique Latine une dynamique d’union transfrontalière et de coordination entre les différents mouvements de libération des peuples autochtones ?

Les gens ont tendance à penser que lorsqu’on parle des peuples autochtones, on les imagine comme étant tous pareils. Mais s’il y a quelque chose qui caractérise les peuples autochtones, c’est la diversité. Tous les peuples sont différents, avec des langues différentes, des cosmovisions différentes, des manières différentes d’interpréter les phénomènes du monde, etc. Mais malgré cette diversité, à l’échelle de la Colombie, les peuples autochtones ont réussi à s’organiser et à converger vers un agenda collectif. Les luttes ont été inefficaces quand elles étaient seulement locales et réduites dans leurs territoires respectifs. C’est seulement à partir du moment où les peuples se sont unis à l’échelle du pays, dans une organisation nationale indigène, que les peuples autochtones sont devenus un contre pouvoir.

La MINGA, par exemple, dans un contexte de mobilisation, c’est l’organisation des peuples autochtones de toute la géographie colombienne pour exiger le respect des droits fondamentaux. Aujourd’hui, la MINGA a la capacité d’engager un vrai rapport de force avec le gouvernement, et de demander des réunions avec ses représentants lorsqu’il y a des sujets problématiques. Le gouvernement colombien sait bien désormais que si la MINGA se mobilise, c’est un fleuve inarrêtable qui va converger, depuis les Caraïbes jusqu’à l’Amazone en passant par la zone des Andes, et qui peut facilement bloquer tout le pays.

C’est cette diversité organisée, devenue une multitude, qui a réussi çà à l’échelle colombienne. Mais il y a aussi d’autres pays en Amérique Latine où les peuples se sont organisés de la même manière, et dans lesquels se trouvent également des organisations nationales des peuples autochtones, comme par exemple en Équateur, au Pérou ou au Brésil.

Enfin, ces peuples ont réussi à se coordonner et à articuler les luttes nationales de chacun de ces pays pour créer des organisations continentales. Il y en a deux : une qui couvre la zone recouverte par les Andes (9 pays) ; et une autre qui couvre les 12 pays de la zone amazonienne.

Il existe aussi des mouvements de libération des peuples autochtones ailleurs dans le monde, notamment en Kanaky – Nouvelle Calédonie, où la révolte de l’année dernière nous a rappelé que le mouvement de libération Kanak est toujours très vivant. Mais aussi ailleurs dans le Pacifique, en Afrique, en Asie… Avez-vous des contacts avec ces différents mouvements dans le monde ?

Oui en effet. Par exemple la Guyane «Française», c’est un cas qui nous interpelle beaucoup parce que ce sont nos frères et nos sœurs, nos voisins, mais on leur a inculqué qu’iels étaient des «français-es», et donc des «européen-nes». Une histoire aussi absurde qu’irrationnelle, impossible à croire. En Guyane, Il y a des peuples autochtones qui vivent aujourd’hui dans la forêt amazonienne, qui sont semi-nomades, chasseurs-cueilleurs et avec des langues propres vivantes.

Néanmoins, depuis la perspective légale de la République Française, iels ne sont pas considéré-es en tant que PEUPLES AUTOCHTONES mais comme de citoyen-nes de la République, comme un parisien, parce qu’en France il ne peut y avoir qu’un Peuple : le Peuple Français. Une histoire vétuste et archaïque qui ne s’adapte pas du tout aux réalités locales ni aux conditions du monde réel : divers et pluriversel. Rien à voir avec des états qui n’ont pas eu peur de regarder la diversité de face, de reconnaître leur force et de l’intégrer dans le corpus constitutionnel tels la Colombie, la Bolivie ou l’équateur.

En France, il n’y a pas de reconnaissance des particularismes de ces PEUPLES autochtones et ce au nom de «l’égalité» – terme manipulé de manière magistrale historiquement par la France pour écraser la force de la diversité des peuples au nom d’un projet national aujourd’hui obsolète et ancré dans une réalité d’il y a 3 siècles.

Avec ces peuples, on essai d’échanger, de se coordonner, car ce sont des peuples frères et sœurs qui pour moi n’ont pas d’autre horizon que leur libération. C’est la même chose pour les frères et sœurs du peuple Kanak. C’est très éloigné en effet, mais nous avons des contacts à Paris : on échange sur nos situations respectives, et sur leur entreprise libératrice.

Ton parcours t’a amené à côtoyer des organisations d’écologie radicale, comme les Soulèvements de la Terre en France. Quelles connexions fais-tu entre les luttes des peuples autochtones en Amérique Latine et avec ces mouvements d’écologie radicale en France ou en Europe ? Il y a des parallèles mais aussi des distinctions non ?

Un sage du peuple Yukpa disait que «n’importe qui – n’importe où dans le monde, qui lutte pour la défense de la Terre-Mère, sera toujours un frère ou une sœur de lutte». La Terre-Mère ne connaît pas de frontières, il n’y a pas de France ni de Colombie, çà c’est une conception moderne à l’échelle de l’humanité.

Au départ, en Europe, quand on me disait que l’on faisait partie d’une même lutte, j’y croyais. Mais je me suis rendu compte que ce n’est pas encore équivalent ou comparable. Ici en France, ce n’est pas une lutte dans un contexte de survie existentielle… Il y a pour moi une brèche éthique, politique et morale énorme, entre lutter pour la protection de la planète, d’un côté, juste pour réduire les émissions de CO2 pour que la planète ne se réchauffe pas, et le fait par ailleurs de lutter pour la défense de la Terre-Mère parce qu’on est profondément conscient que c’est notre Mère, et que la mère on la défend et on lutte pour la protéger.

On lutte depuis des siècles au sud global contre ce système capitaliste, et aujourd’hui ce monstre capitaliste s’est retourné contre ceux qui l’ont créé ici, et qui n’était pas destiné à la base contre les peuples «racialement supérieurs». Cette dynamique se retourne aujourd’hui contre les peuples des pays développés, et c’est maintenant qu’on commence à lutter ici.

Il faut se soutenir dans les luttes, et on est là pour le faire, mais malheureusement il ne s’agit pas encore de la même lutte. Il y a une brèche énorme.

Un dernier message que tu souhaiterais transmettre ?

Partout où je vais, je parle de l’importance – plus que jamais, de faire une révolution ici en Europe ! C’est un mot dont la plupart des gens ont peur, même simplement d’en parler publiquement. Pour moi je pense que c’est le mot dont tout le monde devrait, au contraire, être en train de parler partout actuellement du fait de la gravité de la situation.

Il faut que les gens n’oublient pas que les Républiques sont le fruit des révolutions, et donc aujourd’hui plus que jamais, il faut Révolutionner les Démocraties, et surtout Démocratiser les Révolutions !

À présent, nous sommes en train de vivre le moment le plus grave de notre histoire, compte tenu de la menace sur l’humanité à cause de cette crise systémique, il ne faut pas être un génie pour comprendre la nécessité vitale d’une révolution pour défendre le droit le plus important que nous avons qui est le droit de vivre

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